mercredi 26 mars 2014

"MON ENFANCE A L'ESPLANADE" DE HUBERT ZAKINE

MON ENFANCE A L'ESPLANADE DE H.ZAKINE (extrait)

Comme la plupart du temps, quand on était fauchés, on cherchait comment occuper notre temps. Vers le collège Guillemin, avant que les HLM de la cité des Eucalyptus y sortent de terre, on envahissait la forêt de la rampe valée comme si c'était la forêt de Sherwood de Robin des Bois. Tu parles! Une bande de zigotos qui tailladaient les arbres pour se faire d
es cigarettes à bon marché! Zarmah, on étaient des grands!Moi, en chitane obéissant, je renonçais à outrepasser les interdits de Maxime Elkaïm, mon entraîneur du Racing Club Nelson. Sa devise était : cigarette ou match. Quel dilemme pour Petit Jean, Robin des Bois et consorts? Moi, ça m'en touchait une sans faire bouger l'autre parce que d'abord, je voulais pas me prendre pour un grand et en plus, j'aimais pas le tabac! Eucalyptus ou pas!
Et puis des fois, on montait à la terrasse pour admirer le panorama. Purée, dé, Cecil b. De Mille à l'Esplanade! 

 


 De Saint-Eugène à Padovani, la mer elle se tapait la sieste, sauf en hiver quand elle se prenait pour l'océan atlantique. Zarmah, je suis un érudit alors que je sais même pas où c'est l'océan atlantique! Atlan-tique, à savoir si c'est pas de la famille Atlan du jardin Guillemin? Des fois, je déraille complètement mais comme elle disait ma mère, ça fait partie de mon charme!
En hiver, et qu'on avait les poches trouées, (vous savez quand vous êtes sans le sou et que vous retournez les poches pour montrer aux copains que vous êtes fauchés comme les blés), notre distraction, c'était d'aller nous asseoir dans la salle des fêtes de Padovani. Là, bien à l'abri, on restait des heures à se taper la rigolade en regardant la pluie se déverser dans la mer; on était bien, fauchés mais bien! Nous autres, à l'Esplanade, on se contentait de peu même si les autres quartiers, y croyaient qu'on s'appelait Crésus. Tu parles, plus d'une fois et même de trois cent fois, on se tapait un petit chocolat en guise de souper. Zarmah, j'ai rajouté l'adjectif qualificatif petit pour faire pleurer Marinette (ouais, je sais normalement, quand on est pathos, on dit Margot mais moi, je suis pied noir et je le reste, dans mon accent et dans mes gestes, alors je dis Marinette et celui qui est pas content, y va se taper une olive). Victor Hugo, il a pas fait mieux avec son brin de Cosette (chof, le jeu de mots, causette et Cosette! Akoben le Goncourt!)



 Mais c'est vrai l'argent on en avait pas bezef même qu'à Noël, les vélos, les trottinettes, les patins à roulettes on en voyait pas la couleur. Pour nous autres, c'étaient ni plus ni moins et d'ailleurs plus moins que plusse, des cadeaux des riches. Nous les chitanes sans le sou, on sortait de la soupente nos sacs de tchappes, de billes et de noyaux et aya zoumbo, la rue elle s'endimanchait du rire de l'innocence. Même pas on savait qu'on était pauvres! Un cinéma ou une place de stade à ouf (en resquillant) et on était heureux. Parce que, pour nous, les juifs comme les catholiques et les arabes, un Noël sans jouet c'était monnaie courante. Pour nos parents c'était différent, mais pour nous, il nous suffisait d'une pelote en chiffon et de l'amitié en pagaille, pour se croire les rois du monde.

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Seulement, y avait l'école qui nous pourrissait la vie. Pas assez les retenues, les devoirs et les leçons mais en plus, le grand frère y se prenait pour un commandant. Tch'as fait tes devoirs, tu connais tes leçons, combien tch'as eu à la composition, oh, purée, pas assez un maître et en plusse, on avait une sangsue derrière nous! Prenez mon frère: un véritable chef de guerre! Et attention, comme il avait été chitane avant moi, toutes les arcanes y connaissait. Alors, même si on voulait pas devenir médecin, avocat ou architecte, bon gré, mal gré, je travaillais un p'tit chouïa pour faire plaisir à ma mère. Pour qu'elle puisse dire «mon fils, le bebesso à sa mère, y travaille bien en classe! Akoben le docteur!»
Bon mais je m'égare! Le sujet, c'est l'Esplanade c'est pas ma mère la pauvre, ni mon frère aîné qu'il a oublié que les études et lui, y sont pas passés par la même porte, encore moins par la même fenêtre. Alors, revenons à nos moutons et à l'école de l'Esplanade. D'abord, pour aller à l'école, y fallait passer par les papetiers Riveil ou Pinelli de l'Avenue de la Marne qu'avant elle s'appelait avenue de Bab El Oued parce que les portes de la ville, à l'époque, elles étaient au lycée Bugeaud. (zarmah, je fais l'érudit goyen) cuila qui connaît pas le chanteur basque Rudy Hirigoyen, rien il a compris à mon jeu de mots, le r'mar!
Purée, cette ruée sur les cartables, les livres, les cahiers (je pourrais faire une liste des trousses, plumiers, plumes mais je suis pas ralah alors j'abrège) c'était pire que la ruée vers l'or.

A suivre...........

IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED DE HUBERT ZAKINE

BAB EL OUED...........

 
 
Paradis des humbles gens, Bab El Oued vivait au rythme de l’enfance. Une enfance évoluant bruyamment, accaparant les aires de jeux afin de dépenser une énergie débordante, de gesticuler, de parler à haute voix au mépris de la sieste des justes.
Une enfance heureuse bercée par les chansons douces des mamans, prolongée par la musique de l’amitié qui chantait en chœur dans le ...
quartier avant de s’épanouir au sein de l’adolescence.
Les pays méditerranéens déversent dans les jardins des nuées de bambins accompagnés de leurs mamans afin de s’enivrer de senteurs poivrées, d’emmagasiner les bienfaits d’un soleil généreux, de partager le pain de l’amitié, nourriture vitale des gens de ces pays.
 
 
L’Algérie ne dérogeait pas à cette règle. Composée en majorité d’immigrés d’Espagne, de Malte et d’Italie, les nouveaux arrivants perpétuaient ainsi les coutumes et traditions de leurs pays d’origine sur une terre d’accueil qui pratiquait elle-même la vie au grand air.
Ajoutez y les juifs de la casbah qui avaient fui les appartements vétustes de leur enfance pour enfin « respirer à pleins poumons» .
Plus que tout autre quartier, Bab El Oued s’installa dans cette pratique avec d’autant plus de désinvolture que les pionniers vécurent dans des baraquements de fortune où la promiscuité et l’insalubrité les jetaient dehors à chaque occasion. Le besoin de communiquer avec « leur pays », le soir après leur dur labeur faisant le reste. Les gargottes, les tavernes, les restaurants et les cafés décoraient leurs enseignes du drapeau transalpin ou ibérique, attirant une foule de compatriotes désœuvrés, cherchant désespérément à renouer avec le passé.
 
 
Les enfants de ces déracinés profitèrent de ces coutumes aérées qui poussaient tout un chacun hors de chez lui. « Descendre en bas la rue » devint le leitmotiv d’une jeunesse athlétique qui pratiqua naturellement les jeux et disciplines sportives « indoor ».
Puisant dans le grenier des anciens, les enfants les empruntèrent à leurs aînés qui tardaient à «émanciper» leur adolescence, préférant prolonger leur statut d’éternels gamins, de « grand dadais qui jouent encore avec les p’tits ». Car à Bab El Oued, on aimait constituer des équipes de « petits » qui, fièrement, défiaient les « grands » dans d’homériques luttes intestines.
H.ZAKINE
 
 
 

     


L'ECOLE DE CHEZ NOUS .....DE HUBERT ZAKINE



L’école
Parmi les souvenirs qui ont tracé une empreinte indélébile sur nos âmes d’enfance, l’école occupe une place privilégiée dans le grenier de notre mémoire. Chacun d’entre nous conserve tout au...
fond de son cœur, enfermés à double tour mais ouverts aux quatre vents de l’amitié, des tranches de vie prodiguées comme du bon pain dans ces espaces du savoir de l’école de France si bien dispensé par ceux que nous appelions familièrement mais avec un profond respect et, pour certains, une réelle et intangible affection : nos maîtres et nos maîtresses. Sévères ou magnanimes, consciencieux ou philosophes face à la décontraction de certains cancres désarmants, ils avaient hérité des anciens le goût du travail bien fait. Un élève qui ne maîtrisait pas son année, échouait au certificat d’études ou redoublait la classe, partageait l’échec avec son instituteur ou son institutrice qui endossait, par conscience professionnelle, une grande part de ce revers. Aussi, certains d’entre eux n’hésitaient pas à donner des cours gratuits aux enfants nécessiteux, pupilles de la nation ou simplement orphelins de père ou de mère. Ceux auxquels je pense ont rejoint le pays du bon D….. avec le sentiment du devoir accompli. Paix à leur âme !

Maîtres et maîtresses de Bab El Oued, nous reconnaissons aujourd’hui bien volontiers combien votre métier a du être difficile à exercer face aux garnements qui composaient vos classes surchargées Peu enclins à suivre vos cours dispensés pourtant avec autant d’attention que d’affection, ils laissaient libre cours à leur "flémingite aigüe " sans se départir de leur désinvolture. L’école, c’était pour les autres. Le rêve leur appartenait.
A leur décharge, il faut bien reconnaître que nos petites fiancées, nos rues, nos places, nos trottoirs d’avenue, nos cinémas et nos stades possédaient tant de charme que nos esprits vagabondaient souvent à l’extérieur de l’école. Nous délaissions alors les leçons de géographie, d’histoire ou de français, attirés par les bruits qui nous arrivaient du dehors. Certains plus concentrés que d’autres sur les plaines enneigées du Jura, les exploits de Vercingétorix ou les subtilités de la grammaire, parvenaient à franchir les marches de la gloire qui menaient tout droit au Lycée Bugeaud, au Lycée Lazerges ou au collège Guillemin.
Les autres, la majorité silencieuse, abandonnaient leur parcours scolaire après l’examen du certificat d’études, diplôme aussi convoité, en ces temps bénis, que la légion d’honneur, la médaille du Mérite National ou la coupe du monde de football.
En fin d’année, fiers comme Artaban d’avoir décroché le fameux certificat ou feignant, pour la galerie et les parents la désolation de l’avoir raté " d’un cheveu de fartasse ", tous les élèves se voyaient conviés à la grande fête de l’école. Prétextes à une débauche d’énergie, de rires et d’élans du cœur, ces grandes farandoles scellaient la complicité des maîtres et des maîtresses avec leurs élèves. Sans discipline et sans retenue.
L’alibi premier de ces manifestations scolaires était la récompense des bons élèves avec la distribution des prix. C’était l’occasion pour les mamans de se rencontrer et d’exhiber fièrement leur progéniture les bras chargés de beaux livres, premiers prix de français ou de géographie. Les autres élèves, afin de se donner une contenance, feignaient l’indifférence mais, en ce moment précis, regrettaient sans doute de ne pas avoir bousculé leur fainéantise durant l’année scolaire.
Le temps de faire le tri entre les bons et les mauvais souvenirs de l’année, les voyages au Tombeau de la Chrétienne », les retenues et les "zéro de conduite ", les billets de satisfaction et le tableau d’honneur, les fous rires étranglés devant un maître coléreux, les spectacles " payants " proposés à la bourse des parents parfois désargentés, les chiens savants, l’apprenti John WAYNE au lancer de lasso précis, les bagarres à la sortie de l’école pour un mot déplacé, on avait le sang chaud à Bab El Oued, toute une panoplie à emmagasiner dans la boite aux souvenirs à ressortir les jours de mauvais temps.
L’école d’Algérie nous laisse un goût amer dans la bouche et dans le cœur car le souvenir attaché à ce merveilleux laboratoire de l’enfance nous a filé entre les doigts sans que nous ayons tenté de le retenir, tellement pressé que nous étions à devenir grands, à délaisser le rivage heureux des culottes courtes, de l’Elesca, des caramels Fausta et des genoux écorchés.
Pour ma part, depuis que les soucis m’ont rendu adulte et que la nostalgie me renvoie à l’enfance, je ralentis mon pas chaque fois que je croise une école, sa cour de récréation et les cris joyeux des enfants. Je ferme les yeux et un délicieux vent de nostalgie me caresse la joue.

dimanche 16 mars 2014

Critique des Cahiers de l'Histoire de "L’Opération plume Sergent-Major : Alger 1939-1942 " de Hubert Zakine,

Les Presses du Midi, faute d’avoir une classification « littérature de jeunesse » (ils en ont une appelée "littérature enfant", qui semble d’adresser à un lectorat de six-douze ans) ne communiquent pas sur le fait que cet ouvrage est un excellent roman pour adolescents. Ceci ne veut pas dire que des adultes ne prendront pas plaisir à le lire, mais son contenu fait que tous les collégiens et lycéens amateurs d’aventures réalistes, d’univers exotiques et de comique de situation l’apprécieront.
 
Attention, si plusieurs passages prêtent à sourire, ce roman historique raconte un drame, celui de la situation de la communauté israélite entre l’été 1940 et l’automne 1942. Le gouvernement de Vichy retire le 7 octobre 1940 la nationalité française accordée aux juifs par le décret Crémieux (pris en 1870), et toutes les lois antisémites s’appliquent durement en Algérie.
 
Nous suivons la vie, entre septembre 1939 et novembre 1942, de trois jeunes juifs âgés de dix ans au début du récit. Ils habitent le quartier de Bab-El-Oued à Alger, et se nomment Richard Atlan, Norbert Bensimon et Pierrot Abergel. Nous croisons des personnages historiques tels que Robert Brunschwig, professeur à l’université d’Alger jusqu’à l’été 1940, ou le grand rabbin Maurice Eisenbeth. L’un des jeunes est déjà fort intéressé par les filles mais celui qui va mettre nombre de familles juives en difficulté par ses vantardises le fait en se confiant à un camarade de classe. Se bâtir une réputation de résistants totalement imaginaire apporte des ennuis bien réels.
 
Les jeunes profitent du renvoi de leur instituteur public Ayache, de confession juive, pour faire l’école buissonnière, sous le prétexte inventé que son remplaçant les discrimine. Leur enseignant d’avant l’été 1940 les scolarise alors les matins. Mais avec l’exclusion des enfants juifs de l’enseignement public élémentaire, qui suit une année après, c’est une classe qui est reconstituée dans des bâtiments de la synagogue. Du fait d’un enchaînement de circonstances, qui a son origine dans le fait qu’un des membres du trio ait trouvé des tracts appelant à la désertion des soldats juifs encore sous les drapeaux, la police soupçonne les dirigeants de l’école parallèle d’être les instigateurs d’actes divers de résistance. Afin d’éviter aux familles dont les enfants sont scolarisés là des séjours temporaires ou prolongés en prison, ces familles sont clandestinement évacuées dans une petite ville côtière appelée Cherchell. C’est « l’opération sergent-major », du nom de la plume la plus utilisée dans les écoles françaises de 1870 à 1970.
 
L’ancien instituteur sait le débarquement des Américains imminent. Le texte ne le dit pas, mais les 21 et 22 octobre 1942 une rencontre clandestine passée dans l’histoire sous le nom de « Conférence de Cherchell » met en présence le général américain Clark et les responsables de la résistance en Algérie, pour préparer l’opération Torch. Ayache organise alors le retour des familles sur Alger.
En conclusion, voilà un beau roman qui contient une multitude d’indices permettant de bien imaginer la vie d’une communauté juive en Algérie durant trois années de guerre.

Pour citer cet article

Référence électronique

Alain Chiron, « Hubert Zakine, L’Opération plume Sergent-Major : Alger 1939-1942 », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 122 | 2014, mis en ligne le 25 février 2014, consulté le 16 mars 2014. URL : http://chrhc.revues.org/3310

lundi 10 mars 2014

LE DESTIN FABULEUX DE LEON JUDA BEN DURAN "SIEUR DURAN D'ALGER" de hubert zakine

EXTRAIT..............
 
Parvenu à destination, David DURAN se plongea dans un bain chaud préparé par la petite mémé. Il ôta ses vêtements européens pour une tenue à l'ancienne qui sentait bon l'Orient, le persil arabe, la jeunesse de sa vie, ses parents, sa terre natale. Il effaçait un maquillage, un déguisement, une deuxième peau qu'il s'obligeait à porter afin de paraître aux yeux des ottomans et des dignitaires européens. Tout, en lui chantait la "kasbah", les trouées de ciel bleu échappées des ruelles étroites, les mélopées judéo-arabes qui parlaient à son âme, le voisinage grandiloquent, les légendes des vieux conteurs musulmans encerclés par la multitude d'enfants aux pieds nus, les odeurs et les saveurs orientales, le mystère de ce peuple pauvre, besogneux, maltraité et pourtant, si bon enfant.

Il enfila un ample saroual bouffant, serré aux chevilles, laissant apparaître des hautes chaussettes noires ou blanches selon la saison, une chemise à col ras du cou, un caftan de tissu précieux, finement brodé de fils d'or, la "relila" jetée sur les épaules et les sempiternelles babouches aux pieds. Il prit place dans son fauteuil puis laissa vagabonder ses pensées vers les évènements de juin qui bouleversèrent la communauté et entraînèrent cette promotion pour le moins inattendue.

Après deux tentatives avortées, son prédécesseur au poste honorifique de Chef de la Nation Juive, Nephtali BUSNACH ( 3-2-1800 / 28-6-1805 ), avait été assassiné au mois de juin à EL DJEZAIR par un "janissaire" dans le bureau du représentant de son ami, le Bey de CONSTANTINE.

Suivirent deux journées d'émeutes spontanées, encouragées, il est vrai, par la mansuétude des autorités locales et par le vieux réflexe de rendre les juifs responsables de toutes les exactions ou calamités subies. En l'occurrence, le prétexte s'enchaîna à une famine qui sévissait, alors, en EL DJEZAÏR dont Nephtali BUSNACH, exportateur de grains pour le compte de la Régence, fut rendu responsable et le détonateur ressembla fort à une collusion entre les janissaires, la multitude et le dey.

Les musulmans brûlèrent les magasins et les échoppes tenus par des juifs, ignorant, sans doute, que les propriétaires étaient, pour la plupart, fils d'ALLAH. La synagogue SARFATI fut saccagée et, plus grave, quatorze fidèles y furent assassinés. La "Thora" fut lacérée et la meute de pillards tua tous les juifs qu'elle croisa dans les rues d'une capitale en folie.

Le Grand RABBIN, dépassé par les évènements, obtint, malgré tout, du Consul de France DUBOIS-THAINVILLE qu'il hébergeât les cibles de cette sauvagerie. Grâce à sa vigoureuse intervention, plus de deux cents vies furent ainsi préservées.

De leur coté, les notables de la communauté se mobilisèrent pour soustraire un grand nombre de victimes potentielles, en versant une taxe à la milice qui installa, alors, un semblant de protection réussissant, néanmoins, à dissuader les "chasseurs de juifs".

Attaqué de toutes parts, le Dey MUSTAPHA PACHA, qui avait échappé à un attentat le 17 mars 1805, brava le corps des Janissaires en nommant, le 30 juin 1805, Chef de la Nation Juive, Joseph COHEN-BACRI, associé, oncle et beau-père de Nephtali BUSNACH.

Loin de calmer les esprits, cette distinction inattendue qui ressemblait fort à une provocation, fut reçue comme telle par les Janissaires qui reprochaient au clan BUSNACH-BACRI de profits illégaux sur le dos de la population ottomane . La révolte qui grondait dans les rangs de l'"Odjac" s'embrasa et le 31 AOUT 1805, MUSTAPHA PACHA fut étranglé et projeté hors les murs de la porte BAB AZOUN par l'homme qui allait lui succéder à la Régence d'EL DJEZAIR, AHMED BEN ALI (1805-1809).
 
Dès son arrivée au pouvoir, le nouveau Dey plongea son nez dans les dossiers importants de la Régence. Il conforta son autorité en imposant ses hommes à la tête de l'armée et de la milice, chassa quelques dignitaires parasites proches de son prédécesseur et examina la liste des possibles prétendants au titre de Chef de la Nation Juive.
Une dette restée impayée par la République française auprès du consortium BACRI-BUSNACH et concédée par les deux israélites à MUSTAPHA PACHA en règlement de créances dues à la Régence joua un rôle très important dans la nomination de David DURAN
Le Pacha d'EL DJEZAIR convoqua le nouveau "moqqadem " et Joseph COHEN-BACRI pour leur signifier sa ferme intention de récupérer cette somme d'argent, emprunt dont "le vieux" prétendait qu'il représentait un prêt personnel, hors du cadre des affaires traitées avec la Régence turque.
Devant l'opiniâtre refus du maître de la maison BACRI de concéder le moindre remboursement de cette créance, AHMED BEN ALI fut à deux doigts de commettre l'irréparable en prononçant une sentence de mort à l'adresse de celui que la communauté appelait, avec une crainte teintée d'affection, "le vieux"
Heureusement, David DURAN, toutes passions éteintes, intercéda en faveur de son coreligionnaire afin de surseoir à la sanction suprême.
--"Trop de sang juif a coulé ces derniers jours, Monseigneur ! Donnez--moi le temps de le convaincre. Je lui ferai entendre la voix de la raison et, s'il le faut, la parole de l'Eternel !"
--" Pourquoi te préoccuper de la maison BACRI ? Vous êtes les pires ennemis.....
-- "Non ! Monseigneur ! Il s'agit, entre nous d'une guerre commerciale pas de bataille rangée. Même dans les moments les plus difficiles, nous n'avons jamais oublié que nous sommes, tous, enfants de MOÏSE. Alors, Monseigneur, si vous désirez avoir à vos cotés un véritable Chef de la Nation Israélite, donnez -m'en le pouvoir !"
 

jeudi 6 mars 2014

extrait de "IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED" de hubert zakine

Sylvio GUALDA est né dans un modeste appartement de la rue Maxime NOIRET au cœur de Bab El Oued. Il passe sa petite enfance à la maternelle de la rue Rochambeau. A cette époque, son papa Maccario dirige l’un des orchestres préférés des habitués de la piste de danse d’Algérie. Qui n’a pas tenté sa chance sur les slows veloutés, les tangos lascifs, les pasos endiablés, les rumbas ondoyantes de l’orchestre MACKER.
Bon sang ne saurait mentir. Le jeune Sylvio profite des jeudis et des vacances que lui octroie l’enseignement primaire dont il s’affranchit à l’école de la rue Franklin pour pousser la chansonnette au sein de la formation de son père. Le « petit » est doué pour le chant, donc pour la musique. Après l’étude du piano, il se tourne sur les conseils du timbalier de Radio-Alger, le professeur BLANQUAERT, vers la percussion. La voie royale ouvre, alors, ses allées fleuries au jeune homme après l’obtention du premier prix de l’Opéra d’Alger. Il quitte sa ville natale, son quartier, sa maison pour un ailleurs indécis. Le voyage au large de ses racines le déboussole et Paris ne le prend pas dans ses bras. La volonté décuplée par l’adversité, Sylvio se fait un devoir de faire découvrir la discipline de la percussion à la métropole. Le scepticisme, voire l’incompréhension des musiciens devant ce choix s’évanouissent au soir de son premier concert.
En 1968, à l’âge de vingt huit ans, il est nommé premier timbalier solo de l’Orchestre National de l’Opéra de Paris. Tout s’enchaîne alors. De grands compositeurs écrivent pour lui, il est le premier percussionniste occidental invité par la Chine, la SACEM lui décerne le grand prix en 1987 et après une période de boulimie de concerts, il se consacre à l’enseignement. La France l’honore en lui demandant de représenter son pays lors de l’exposition universelle de Séville en 1998. Mais si l’honneur le touche dans son approche de la musique, il sait que son pays est là-bas, sur la rive orientale de la Méditerranée, de l’autre côté de sa mémoire, à Bab El Oued. Son cœur alors bat la chamade et cogne si fort qu’il croit entendre le percussionniste qui sommeille en lui.
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Robert CASTEL est le fils du maître du Chââbi, le grand, l’immense Lili LABASSI. Bercé dès sa plus tendre enfance par la plainte des mélopées judéo-arabes, le petit Robert MOYAL partage son temps entre l’école Franklin, la musique orientale et le football à l’A.S.S.E. Ses camarades de classe se souviennent de sa propension à raconter des histoires drôles où son débit de paroles faisait merveille. Son talent comique se révèle au grand jour au sein de « la famille Hernandez » de Geneviève BAÏLAC dans le rôle de « Paulo le bègue ». Sa notoriété franchit la Méditerranée puis l’Atlantique. Après l’exode, une fantaisie musicale écrite en collaboration avec Jacques BEDOS « la purée de nous ôtres » lui permet d’élargir son registre de comédien. Il interprète avec une très forte sensibilité des chansons nostalgiques qui arrachent les larmes aux spectateurs et spectatrices originaires de « là-bas ». Au cinéma, il donne la réplique à Alain DELON dans « l’insoumis » puis c’est le grand voyage aux côtés de son épouse Lucette SAHUQUET. La mémoire au cœur, il invente un personnage, CAOUÏTO, qui additionne les particularismes des enfants de Bab El Oued. Cinéma, théâtre, télévision, il multiplie les apparitions qui comblent d’aise ses compatriotes pieds noirs. Mais il n’oublie pas pour autant la musique de son père et enregistre quelques morceaux orientaux en jouant du violon, le corps de l’instrument posé sur la cuisse, à la manière « Lili LABASSI ». Son dernier enregistrement « Ô FRANCAIS DE FRANCE. » rend hommage à son père, à son pays, à son quartier : Bab El Oued
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Lucky STARWAY, alias Lucien SERROR, fait hélas partie de ceux qui laissèrent la vie de l’autre côté de la Méditerranée. Chef d’orchestre fortement influencé par les mélodies de Glenn MILLER, d’où son patronyme, sa notoriété lui vaut de faire danser toute une jeunesse au Casino de la Corniche, justement réputé par sa situation exceptionnelle et son ambiance musicale de très haute qualité. La bombe installée sous la scène par un employé musulman tue et mutile à jamais ; parmi les victimes, le Chef d’Orchestre, véritable « armoire à glace », montagne de bonhomie et de gentillesse, musicien de talent, enfant de Bab El Oued, de cette avenue de la Bouzaréah qu’il sillonna tant de fois et qui résonne, encore de nos jours, de ces morceaux arrangés à la sauce américaine.
Lucky STARWAY fut accompagné par « son » peuple, « son » quartier, « son » pays jusqu’à sa dernière demeure rejoindre Glenn MILLER au Carnégie Hall de l’éternité.
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Philippe CLAIR, Polo le bègue de la famille HERNANDEZ, fut l’un des premiers enfants de Bab El Oued avec Robert CASTEL à connaître le succès en métropole. En tapant sur « la Grande Zohra » et les nouveaux maîtres de l’Algérie, il fit rire ses compatriotes qui se retrouvèrent dans ses propos. Le baume au cœur qu’il dispensait à ses frères de l’exil parvint aux oreilles d’imprésarios qui lui firent enregistrer plusieurs 45 tours qui s’arrachèrent. Appuyé sur un accent à couper au couteau, il se lança dans le cinéma et plus particulièrement dans la réalisation de films comiques. Avec Aldo MACCIONE et surtout Jerry LEWIS qui accepta le rôle principal de « Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir » (relevez la subtilité du titre !), il connût la consécration. Le rire étant pour le français considéré comme un art mineur, Philippe CLAIR semble avoir largué les amarres d’avec le cinéma comme il le fit en quittant sa terre natale. Définitivement ?
Nombreux sont les musiciens qui sortent du rang. Lucien ATTARD, l’élégant accordéoniste devenu chef d’orchestre à l’allure de dandy, une rose à la boutonnière, qui charme les femmes du Tantonville où il se produit lorsque ses contrats lui en laissent le loisir sous le regard critique de son épouse, la chanteuse Mary Lou ; Pierre MARC chef d’orchestre à la réputation flatteuse qui concurrence Lucky STARWAY ; Henri RIERA qui débute à Bab El Oued avant de réussir une brillante carrière à Paris ; Martial AYELA qui connaît la consécration nationale en accompagnant Enrico MACIAS de nombreuses années à l’instar de Michel GESINA de la Basséta et qui enregistre une superbe chanson où il laisse transparaître sa nostalgie de la ville natale « ALGER RETROVISION » ; René COLL et son orchestre qui fait encore danser les pieds noirs (et les autres) en métropole ; les chanteurs ne sont pas en reste avec la douce et jolie Anita MORALES, mélange de Gloria LASSO et DALIDA qui souffrit non pas de la comparaison mais seulement du manque d’imprésario sérieux à Paris mais qui réussit sa reconversion au sein de la « famille HERNANDEZ » ; le trio LOS ALCARSON, enfants de la Basséta, à la voix de velours, aux mandolines langoureuses et au répertoire puisant dans le large registre de chansons hispanisantes qui, malgré quelques 45 tours de belle facture, continue à officier dans les cafés de Bab El Oued à la grande satisfaction d’une clientèle conquise; Luc DAVIS « authentique pied noir » par ses origines antillaises, cible affectueuse de Bab El Oued, à la voix chaude et envoûtante qui cumule répertoire français et créole avec un égal bonheur, accompagné par son pianiste de toujours, Pierre SISTE, les derniers nés, enfants du trio RAISNER, les COMPAGNONS DE L’HARMONICA imitent leurs aînés avec toute la fougue de leur jeunesse.
Tout ce petit monde artistique se retrouve une fois par semaine aux « galas du Marignan » devant une foule d’initiés ou, plus prosaïquement, amateurs de chansons sous la houlette d’animateurs locaux tels Jacques REDSON, Paul TRINCHANT, Jacques BEDOS, PAULINET, le fameux chansonnier ou LANCAR surnommé DARBEZ, de l’A.M.A.B.E.O, roi des comiques de Bab El Oued.

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Alger, terre de feu et de ciel, terre d’amour et de miel, de courage et de contrastes attire les artistes de tous poils. Les écrivains GIDE, MONTHERLANT, DAUDET, LOTI , FROMENTIN ouvrent la voie à toute une pléiade de plumitifs en mal d’inspiration.
Les artistes-peintres découvrent, alors, l’exotisme aux portes de Marseille. Un orientalisme qui va bouleverser leurs existences et par delà, leur œuvre.
DELACROIX, MARQUET, GERICAULT plongent en ce pays avec la force de leur peinture dans le monde mystérieux d’un Orient fascinant. Ils enfanteront nombres d’artistes reconnus ( DINET, LEROY, BROUTY ) qui s’enticheront de la villa ABD EL TIF, maison mauresque sur les hauteurs de Mustapha à la mesure de leur ambition et de leur éblouissement. Regroupés sous le nom d’Ecole d’Alger, ces peintres ressentent une certaine perception du pays qu’ils délivrent au sein de leurs ouvrages. Les sculpteurs Paul BELMONDO et André GRECK s’y rattachent, entraînant d’autres artistes derrière eux. Des pieds noirs feront partie de cette école d’Alger. Armand ASSUS, Emile AUBRY, Eugène DESHAYES, Marcello FABRI, Louis FERNEZ, Augustin FERRANDO, Constant LOUCHE, Louis RANDAVEL.......
Bab El Oued apportera sa modeste contribution à l’art pictural algérien grâce à Sauveur GALLIANO « lauréat de la  casa VELASQUEZ », Vincent BAEDA, Yves BACARISAS qui fut également pensionnaire de la Villa VELASQUEZ et quelques autres qui peignirent leur terre natale avec pour seule ambition de conserver les images heureuse du pays natal.
L’un des plus grands compositeurs français Camille SAINT-SAENS qui se rendit célèbre par son opéra SAMSON ET DALILA , sa DANSE MACABRE et son CARNAVAL DES ANIMAUX s’ouvrit à ce pays avec délectation. Il lui dédia en 1879 une SUITE ALGERIENNE majestueuse dont nul ne sait si l’inspiration d’une telle œuvre ne lui fut pas, pour tout ou partie, révélée par Bab El Oued qu’il arpenta de long en large lors de ses nombreuses visites.
Il mourut à Alger où il résidait en 1921 et la ville blanche lui rendit hommage par son superbe Boulevard SAINT-SAENS

MON ENFANCE A L'ESPLANADE de hubert zakine

EXTRAIT.....
Les habitants de l'Esplanade avec le marché Nelson pour se nourrir, les jardins Guillemin pour s'enivrer de bavardages à bâtons rompus et de cavalcades enfantines, Padovani, Prado plage et les bains des chevaux pour les joies de la plage, la piscine olympique d'El Kettani pour les compétitions de natation, les lycées Bugeaud, Lazerges et le collège Guillemin pour les têtes bien faites, les cinémas Majestic et Variétés pour la distraction, les cafés pour l'anisette, la khémia et l'entretien de l'amitié, les écoles Rochambeau et Lazerges pour l'enseignement du lire, écrire et compter, la rue pour façonner l'enfance, tout était réuni pour que chacun s'identifie à ce quartier off limits de Bab El Oued!





Prenez le marché Nelson! On monte, on descend, c'était le grand style depuis 1957 avec sa structure en fibro-ciment. (zarmah, je suis un diplômé es-architecture, total je suis archi-nul en fibro-ciment et même en fibro-autre chose). Le marché Nelson à ciel ouvert jusqu’en 1956 où les femmes elles tchortchoraient sans crier comme des marchandes de poissons, il était le rendez-vous des ménagères en goguette. En plus, tout le monde y se connaissait alors je vous dis pas combien les langues elles travaillaient. Mais toujours avec distinction! J'exagère un tant soit peu (un tant soit peu, là, je fais zarmah) mais il est vrai que le catimini était la denrée la plus courtisée dans ce haut lieu de l'Esplanade. (purée, qu'en langage châtié, ces choses sont dites!)


Notre plage de l'Esplanade elle se trouvait à..........l'Esplanade. La palisse, c'est mon cousin!Notre coin de paradis, il s'appelait Padovani. Un petit bout de plage coincé entre le boulevard front de mer et El Kettani qui venait nous taper la sérénade à Magali pour qu'on déserte pas Bab El Oued et qu'on aille faire les beaux et les belles à la Madrague ou à la Pointe Pescade. Les beaux et les belles, seulement si on était un Adonis et une Vénus comme ma sœur et moi. On est jamais si bien que par soi-même non? Tant qu'il y a de la gêne, il y a pas de plaisir! Mais au fait, j'ai pas de sœur!
Padovani, c'était la plage des petites gens de Bab El Oued. Nous autres, enfants de l'Esplanade, du matin au soir, on tapait le bain. Aller et retour jusqu'au petit rocher pour un diplôme de natation décerné par le quartier. Notre méditerranée, câline comme une mère de chez nous, elle nous offrait son grand lit indigo pour taper la pancha jusqu'à plus soif. L'air de rien, on matait les petites. On jouait les Johnny Weissmuller même si on savait pas nager. En fin d'après midi, on remontait de la plage, exténués mais heureux. Le corps brûlé par le soleil, on se changeait fissa fissa (vite) pour rejoindre le jardin Guillemin qui éclaboussait le quartier d'exubérance.

mercredi 5 mars 2014

IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED DE HUBERT ZAKINE


 
 
 
 
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
LA NAISSANCE
Nous sommes en 1845. Hors les murs de la citadelle, un nommé LICHTEINSTEIN, de nationalité allemande, possède la jouissance d’un terrain de vingt-cinq hectares qu’il aurait acheté, pour « une poignée de figues », à un juif superstitieux, désirant se débarrasser de cet ancien cimetière........ israélite.
Son intention de créer une cité en lieu et place du conglomérat d’habitations utiles aux travailleurs qui œuvrent à l’édification et au renforcement des remparts de la ville est soumise au Président du Conseil, le Ministre Nicolas SOULT. Sitôt accepté, le projet voit le jour. La cité BUGEAUD sort de terre grâce au concours de nombreux industriels parmi lesquels quelques aventuriers, escrocs ou spéculateurs qui quitteront le pays, l’opprobre pour seul et unique bagage.
Bab El Oued naît dans la douleur. Les vieilles maisons de torchis, de bouse, de diss et de boue ne résistent pas à l’oued M’Kacel, lors des pluies diluviennes d’octobre qui enjambent le pont BAR CHICHA, construit sur le tombeau de ce grand Rabbin d’El Djézaïr. Pont qui sera détruit par l’oued, reconstruit et rebaptisé « pont de fer ».
Mais le ciel veille sur ce quartier qui comptera plus tard jusqu’à cent mille âmes. Au loin, se détachant sur l’azur, une masse claire se dresse, majestueuse et tentatrice. Cette carrière qui appartient au Procureur de la République à Constantine, Monsieur ROUBIERE, offre le calcaire bleu de ses entrailles pour bâtir le faubourg. Ceinturée de fours à chaux, non loin des jardins du Dey, la montagnette est vendue aux frères JAUBERT dont le nom restera accolé à la construction de Bab El Oued.
Les carriers valenciens retroussent leurs manches, imités bientôt par les maçons piémontais; les briqueteries et les fours à chaux tournent à plein régime, Bab El Oued troque ses habitations éphémères pour des maisons en dur. Suivent les commerces et les professions libérales. Les fortifications sont déplacées en 1848. Elles avancent vers le cœur de Bab El Oued, de la place MARGUERITTE du futur Lycée BUGEAUD à l’Esplanade NELSON, à hauteur du futur boulevard Général FARRE , à deux pas de la mer.
Bientôt, les écoles installent le savoir au centre du faubourg. De partout affluent des familles. La ronde des naissances ancre définitivement cette population issue de nulle part à ce quartier mythique.
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CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
LA MORT
Bab-El-Oued l’Européenne meurt officiellement le jour de l’indépendance de l’Algérie. Mais ce quartier aux mille parfums d’épices, aux amitiés éternelles et aux fausses rancunes, aux coups de colère légendaires et aux visages burinés par le soleil et la mer a cessé d’exister avec le départ des premiers « exilés involontaires pour raison d’état ».
Le coup de grâce survient au mois de mars 1962 avec la signature des accords d’Evian, le blocus de Bab El Oued et la fusillade de la rue d’Isly. Dés lors, chacun s’emploie à prendre un billet d’avion ou de bateau afin de fuir la curée. Une tristesse indicible accompagne la descente aux enfers de ce peuple qui aurait pu donner des leçons d’optimisme et de joie de vivre au monde entier. Les pas des derniers promeneurs qui, par reflex d’habitude, par inconscience aussi, effectuent l’ultime « andar et venir1 », le dernier « paséo2 », la suprême « passegiata » de l’avenue de la Bouzaréah, se perdent dans l’assourdissante résonance d’un silence de mort. L’avenue ouverte aux quatre vents de l’amitié d’enfance, du voisinage des balcons, de la fureur des rues et du fou-rire de l’insouciance renvoie l’image d’un voyage au centre de la solitude. Les magasins aux yeux clos ont, pour la plupart, déjà tiré leur révérence. D’autres, vitrines exsangues et patrons sur le pas de la porte, attendent l’hypothétique clientèle. Ce petit homme au costume fané demeure à l’intérieur de son atelier d’horlogerie, dans cette autre maison où il a vu défiler les heures de sa vie et de son quartier. Devant sa machine à polir inerte, il écoute la musique insolite du silence. Comment prendre la décision de partir pour un ailleurs impossible et dérisoire ? Comment ?...
Le moindre bruit fait aujourd’hui sursauter des hommes et des femmes habitués à la fureur des pays méditerranéens où l’éclat de rire demeure le son le plus répandu. On se retourne machinalement pour s’assurer que personne n’a de mauvaises intentions ou dans l’espérance de voir une dernière fois un visage ami. Au détour d’un café dont le rideau reste désespérément baissé, la machine à remonter le temps entraîne vers la douceur des jours heureux lorsque la multitude envahissait ces temples de l’amitié qui s’égaraient parfois dans un verre d’anisette. Le temps s’est arrêté aux Trois Horloges lors du blocus de Bab El Oued. Ses aiguilles qui tricotaient la vie d’un petit peuple fier de la sueur des aïeux, qui battaient au rythme des chansons napolitaines, des mélopées judéo-arabes et des mandolines espagnoles avaient partagé les petites joies et les grandes peines de cette comédia dell’arte permanente qui sévissait dans le quartier. Elles se sont essoufflées à tenter de suivre la course endiablée de la jeunesse et le cœur fatigué, elles se sont éteintes avant l’heure, avant la déchirure, avant le grand départ. A jamais. A toujours.
Le cimetière des balcons accompagne le dernier convoi de l’exode. Des rangées d’épingles orphelines espèrent encore la grande parade multicolore du linge séchant au soleil. Témoignage de vie, témoignage de Méditerranée, les terrasses ouvertes sur la mer assistent au chaos d’un départ salvateur. Les persiennes de bois refermées, les immeubles semblent prolonger la sieste des fantômes du faubourg. La vie est partie de ce grand corps inerte. Le squelette de Bab El Oued mettra des années à se désintégrer. Les murs sont debout mais ils ne répercutent plus les bruits et les senteurs d’autrefois. Bab El Oued la française, Bab El Oued la tricolore, Bab El Oued l’européenne a glissé lentement de la réalité à l’imaginaire. Elle s’est fondue dans le moule commun du souvenir de ses enfants,
Elle n’est plus que NOSTALGIE.

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CHAPITRE DEUXIEME
ACTIVITES INTELLECTUELLES
ARTS ET LETTRES
Il est admis que l’une des raisons de la prise d’ALGER est due pour une grande part au consortium BACRI-BUSNACH. A la suite d’un tour de passe-passe dont ils avaient le secret, les deux négociants endettés auprès de la régence, revendirent à HUSSEIN DEY une lettre de créance que la France avait contractée envers le consortium. Le fameux coup d’éventail fut la conséquence de cette affaire mais non le détonateur de la conquête.
La « course1 » même si elle s’essoufflait considérablement et les prisonniers chrétiens furent selon les historiens les véritables raisons de l’engagement de la France dans cette aventure.
Toujours est-il que la famille BACRI a marqué de son empreinte l’histoire de l’Algérie et tous les ouvrages traitant ce sujet ne manquent pas de mentionner le rôle de Joseph « le vieux », Jacob qui se rendit au devant du Maréchal DE BOURMONT en tant que Chef de la Nation Juive dont l’intelligence influença plus d’une fois la politique française en Afrique du Nord.
Il me paraît tout naturel, à mon tour, de faire figurer dans cette mémoire de Bab El Oued deux descendants de cette illustre famille qui vécut dans la casbah judéo-arabe avant de « descendre au faubourg » rue du Roussillon.
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Le premier, car le plus âgé, est connu de tout un chacun pour ses calembours qui éclairèrent d’un jour nouveau « le Canard Enchaîné » de la grande époque. Il s’amusa tout au long de ses écrits à donner ses lettres de noblesse à sa famille, à son quartier et à sa ville natale.
Roland BACRI, c’est de lui qu’il s’agit, auteur entre autres de « et alors et voilà! », « le petit poète », « la légende des siestes », « le Roro », « l’obsédé textuel », « Trésor des racines pataouètes », « Le beau temps perdu », « les Rois d’Alger ». Il s’essaya sans se prendre au sérieux à la chanson, prétexte à des parodies désopilantes de la chanson pataouète sous le surnom de « RORO DE BAB EL OUED ».
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Son frère cadet versé, dès son plus jeune âge, dans la musique, n’est autre que Jean CLAUDRIC, pianiste, compositeur, chef d’orchestre de renom, arrangeur et accompagnateur des plus grandes vedettes de la chanson française. Né au 3 rue du Roussillon, à Bab El Oued en 1930, il « fait » le conservatoire d’Alger avant d’endosser le costume de pianiste au sein des orchestres de Lucien ATTARD et Lucky STARWAY. A 28 ans, sa virtuosité franchit la Méditerranée. Maurice CHEVALIER le choisit pour son prochain disque dont il sera l’arrangeur et le chef d’orchestre.
Lui emboîtent le pas, Joséphine BAKER, FERNANDEL, Les Compagnons de la Chanson, Marcel AMONT, Johnny HALLYDAY, Charles AZNAVOUR, Michel POLNAREFF, Mireille MATHIEU et bien entendu Enrico MACIAS pour lequel il compose nombre de succès tels « les filles de mon pays », « les gens du Nord » entre autres. Sous le pseudonyme de Sam CLAYTON, il écrit tous les succès de SHEILA et dirige parallèlement les orchestres symphoniques les plus prestigieux à travers le monde, tout en participant à de nombreux shows télé, spectacles de variétés et Eurovision. Il reçoit le grand prix de la SACEM en 1984.
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Sous le pseudonyme de DAXELY, Marcel BOUMENDJIL fit partie de ceux que l’on catalogua comme les acteurs fétiches du grand Marcel PAGNOL. Remarqué par le maître sur les planches de l’Alcazar de Marseille dont il fut pensionnaire de 1950 à 1966, il fit merveille sous la dégaine endiablée de Garrigou, le bedeau de la chapelle des « Trois messes basses » l’une des « Lettres de mon moulin ». Ses compositions de grand benêt hésitant dans la première version de « MANON DES SOURCES » ou dans celle du concierge de « MERLUSSE » marqua les esprits. Auprès de la capiteuse Tilda THAMAR, il tourna « La casaque dorée » avant d’accompagner Tino ROSSI dans « NAPLES AU BAISER DE FEU » interprétant avec talent le rôle de faire-valoir au cours d’une tournée qui dura…….six années.
Natif de Bab El Oued, oncle de Jean CLAUDRIC et Roland BACRI, ce comédien repéré par le « maître » provençal du cinéma français aurait pu faire une plus grande carrière si une sainte horreur des mondanités que certains prirent pour de la timidité, et un besoin viscéral de son environnement familial ne l’avaient ramené chez lui, à ALGER, à Bab El Oued
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Comment évoquer les gloires de Bab El Oued sans nommer celui qui est né le 23 Aout 1927 au quartier Guillemin, rue Thuillier exactement : Martial SOLAL.
Celui qui figure dans le grand dictionnaire du jazz débute à six ans. Il rejoint très jeune l’orchestre du regretté Lucky STARWAY avnt de passer professionnel en 1945.Il officie au sein d’orchestres prestigieux tels ceux de Aimé BARELLI ou Benny BENNETT . Mais ce qu’il désire avant tout c’est jouer au sein d’un quartet de jazz. Il crée sa propre formation et rencontre un énorme succès. En 1962, il est invité au festival de Newport
où son talent d’improvisateur génial lui vaut d’accompagner les plus grands, de Sydney BECHET à Django REINHARDT en passant par Art FARMER ou Stéphane GRAPELLY. Il compose quelques musiques de films dont « A bout de souffle » et « Léon Morin prêtre ».
Dans les pages de leur « Dictionnaire biographique des musiciens » les deux éminents spécialistes du jazz que sont BAKER et SLONIMSKY parlaient de l’enfant de Bab El Oued en ces termes : « Martial SOLAL est un musicien de génie dont le rôle dépasse largement les frontières du jazz et de l’Europe »
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A SUIVRE