samedi 29 mars 2014
mercredi 26 mars 2014
"MON ENFANCE A L'ESPLANADE" DE HUBERT ZAKINE
MON ENFANCE A L'ESPLANADE DE H.ZAKINE (extrait)
Comme la plupart du temps, quand on était fauchés, on cherchait comment occuper notre temps. Vers le collège Guillemin, avant que les HLM de la cité des Eucalyptus y sortent de terre, on envahissait la forêt de la rampe valée comme si c'était la forêt de Sherwood de Robin des Bois. Tu parles! Une bande de zigotos qui tailladaient les arbres pour se faire des cigarettes à bon marché! Zarmah, on étaient des grands!Moi, en chitane obéissant, je renonçais à outrepasser les interdits de Maxime Elkaïm, mon entraîneur du Racing Club Nelson. Sa devise était : cigarette ou match. Quel dilemme pour Petit Jean, Robin des Bois et consorts? Moi, ça m'en touchait une sans faire bouger l'autre parce que d'abord, je voulais pas me prendre pour un grand et en plus, j'aimais pas le tabac! Eucalyptus ou pas!
Et puis des fois, on montait à la terrasse pour admirer le panorama. Purée, dé, Cecil b. De Mille à l'Esplanade!
Comme la plupart du temps, quand on était fauchés, on cherchait comment occuper notre temps. Vers le collège Guillemin, avant que les HLM de la cité des Eucalyptus y sortent de terre, on envahissait la forêt de la rampe valée comme si c'était la forêt de Sherwood de Robin des Bois. Tu parles! Une bande de zigotos qui tailladaient les arbres pour se faire des cigarettes à bon marché! Zarmah, on étaient des grands!Moi, en chitane obéissant, je renonçais à outrepasser les interdits de Maxime Elkaïm, mon entraîneur du Racing Club Nelson. Sa devise était : cigarette ou match. Quel dilemme pour Petit Jean, Robin des Bois et consorts? Moi, ça m'en touchait une sans faire bouger l'autre parce que d'abord, je voulais pas me prendre pour un grand et en plus, j'aimais pas le tabac! Eucalyptus ou pas!
Et puis des fois, on montait à la terrasse pour admirer le panorama. Purée, dé, Cecil b. De Mille à l'Esplanade!
De Saint-Eugène à Padovani, la mer elle se tapait la sieste, sauf en hiver quand elle se prenait pour l'océan atlantique. Zarmah, je suis un érudit alors que je sais même pas où c'est l'océan atlantique! Atlan-tique, à savoir si c'est pas de la famille Atlan du jardin Guillemin? Des fois, je déraille complètement mais comme elle disait ma mère, ça fait partie de mon charme!
En hiver, et qu'on avait les poches trouées, (vous savez quand vous êtes sans le sou et que vous retournez les poches pour montrer aux copains que vous êtes fauchés comme les blés), notre distraction, c'était d'aller nous asseoir dans la salle des fêtes de Padovani. Là, bien à l'abri, on restait des heures à se taper la rigolade en regardant la pluie se déverser dans la mer; on était bien, fauchés mais bien! Nous autres, à l'Esplanade, on se contentait de peu même si les autres quartiers, y croyaient qu'on s'appelait Crésus. Tu parles, plus d'une fois et même de trois cent fois, on se tapait un petit chocolat en guise de souper. Zarmah, j'ai rajouté l'adjectif qualificatif petit pour faire pleurer Marinette (ouais, je sais normalement, quand on est pathos, on dit Margot mais moi, je suis pied noir et je le reste, dans mon accent et dans mes gestes, alors je dis Marinette et celui qui est pas content, y va se taper une olive). Victor Hugo, il a pas fait mieux avec son brin de Cosette (chof, le jeu de mots, causette et Cosette! Akoben le Goncourt!)
En hiver, et qu'on avait les poches trouées, (vous savez quand vous êtes sans le sou et que vous retournez les poches pour montrer aux copains que vous êtes fauchés comme les blés), notre distraction, c'était d'aller nous asseoir dans la salle des fêtes de Padovani. Là, bien à l'abri, on restait des heures à se taper la rigolade en regardant la pluie se déverser dans la mer; on était bien, fauchés mais bien! Nous autres, à l'Esplanade, on se contentait de peu même si les autres quartiers, y croyaient qu'on s'appelait Crésus. Tu parles, plus d'une fois et même de trois cent fois, on se tapait un petit chocolat en guise de souper. Zarmah, j'ai rajouté l'adjectif qualificatif petit pour faire pleurer Marinette (ouais, je sais normalement, quand on est pathos, on dit Margot mais moi, je suis pied noir et je le reste, dans mon accent et dans mes gestes, alors je dis Marinette et celui qui est pas content, y va se taper une olive). Victor Hugo, il a pas fait mieux avec son brin de Cosette (chof, le jeu de mots, causette et Cosette! Akoben le Goncourt!)
Mais c'est vrai l'argent on en avait pas bezef même qu'à Noël, les vélos, les trottinettes, les patins à roulettes on en voyait pas la couleur. Pour nous autres, c'étaient ni plus ni moins et d'ailleurs plus moins que plusse, des cadeaux des riches. Nous les chitanes sans le sou, on sortait de la soupente nos sacs de tchappes, de billes et de noyaux et aya zoumbo, la rue elle s'endimanchait du rire de l'innocence. Même pas on savait qu'on était pauvres! Un cinéma ou une place de stade à ouf (en resquillant) et on était heureux. Parce que, pour nous, les juifs comme les catholiques et les arabes, un Noël sans jouet c'était monnaie courante. Pour nos parents c'était différent, mais pour nous, il nous suffisait d'une pelote en chiffon et de l'amitié en pagaille, pour se croire les rois du monde.
/////
Seulement, y avait l'école qui nous pourrissait la vie. Pas assez les retenues, les devoirs et les leçons mais en plus, le grand frère y se prenait pour un commandant. Tch'as fait tes devoirs, tu connais tes leçons, combien tch'as eu à la composition, oh, purée, pas assez un maître et en plusse, on avait une sangsue derrière nous! Prenez mon frère: un véritable chef de guerre! Et attention, comme il avait été chitane avant moi, toutes les arcanes y connaissait. Alors, même si on voulait pas devenir médecin, avocat ou architecte, bon gré, mal gré, je travaillais un p'tit chouïa pour faire plaisir à ma mère. Pour qu'elle puisse dire «mon fils, le bebesso à sa mère, y travaille bien en classe! Akoben le docteur!»
Bon mais je m'égare! Le sujet, c'est l'Esplanade c'est pas ma mère la pauvre, ni mon frère aîné qu'il a oublié que les études et lui, y sont pas passés par la même porte, encore moins par la même fenêtre. Alors, revenons à nos moutons et à l'école de l'Esplanade. D'abord, pour aller à l'école, y fallait passer par les papetiers Riveil ou Pinelli de l'Avenue de la Marne qu'avant elle s'appelait avenue de Bab El Oued parce que les portes de la ville, à l'époque, elles étaient au lycée Bugeaud. (zarmah, je fais l'érudit goyen) cuila qui connaît pas le chanteur basque Rudy Hirigoyen, rien il a compris à mon jeu de mots, le r'mar!
Purée, cette ruée sur les cartables, les livres, les cahiers (je pourrais faire une liste des trousses, plumiers, plumes mais je suis pas ralah alors j'abrège) c'était pire que la ruée vers l'or.
A suivre...........
IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED DE HUBERT ZAKINE
BAB EL OUED...........
Paradis des humbles gens, Bab El Oued vivait au rythme de l’enfance. Une enfance évoluant bruyamment, accaparant les aires de jeux afin de dépenser une énergie débordante, de gesticuler, de parler à haute voix au mépris de la sieste des justes.
Une enfance heureuse bercée par les chansons douces des mamans, prolongée par la musique de l’amitié qui chantait en chœur dans le ...quartier avant de s’épanouir au sein de l’adolescence.
Les pays méditerranéens déversent dans les jardins des nuées de bambins accompagnés de leurs mamans afin de s’enivrer de senteurs poivrées, d’emmagasiner les bienfaits d’un soleil généreux, de partager le pain de l’amitié, nourriture vitale des gens de ces pays.
Une enfance heureuse bercée par les chansons douces des mamans, prolongée par la musique de l’amitié qui chantait en chœur dans le ...quartier avant de s’épanouir au sein de l’adolescence.
Les pays méditerranéens déversent dans les jardins des nuées de bambins accompagnés de leurs mamans afin de s’enivrer de senteurs poivrées, d’emmagasiner les bienfaits d’un soleil généreux, de partager le pain de l’amitié, nourriture vitale des gens de ces pays.
L’Algérie ne dérogeait pas à cette règle. Composée en majorité d’immigrés d’Espagne, de Malte et d’Italie, les nouveaux arrivants perpétuaient ainsi les coutumes et traditions de leurs pays d’origine sur une terre d’accueil qui pratiquait elle-même la vie au grand air.
Ajoutez y les juifs de la casbah qui avaient fui les appartements vétustes de leur enfance pour enfin « respirer à pleins poumons» .
Plus que tout autre quartier, Bab El Oued s’installa dans cette pratique avec d’autant plus de désinvolture que les pionniers vécurent dans des baraquements de fortune où la promiscuité et l’insalubrité les jetaient dehors à chaque occasion. Le besoin de communiquer avec « leur pays », le soir après leur dur labeur faisant le reste. Les gargottes, les tavernes, les restaurants et les cafés décoraient leurs enseignes du drapeau transalpin ou ibérique, attirant une foule de compatriotes désœuvrés, cherchant désespérément à renouer avec le passé.
Ajoutez y les juifs de la casbah qui avaient fui les appartements vétustes de leur enfance pour enfin « respirer à pleins poumons» .
Plus que tout autre quartier, Bab El Oued s’installa dans cette pratique avec d’autant plus de désinvolture que les pionniers vécurent dans des baraquements de fortune où la promiscuité et l’insalubrité les jetaient dehors à chaque occasion. Le besoin de communiquer avec « leur pays », le soir après leur dur labeur faisant le reste. Les gargottes, les tavernes, les restaurants et les cafés décoraient leurs enseignes du drapeau transalpin ou ibérique, attirant une foule de compatriotes désœuvrés, cherchant désespérément à renouer avec le passé.
Les enfants de ces déracinés profitèrent de ces coutumes aérées qui poussaient tout un chacun hors de chez lui. « Descendre en bas la rue » devint le leitmotiv d’une jeunesse athlétique qui pratiqua naturellement les jeux et disciplines sportives « indoor ».
Puisant dans le grenier des anciens, les enfants les empruntèrent à leurs aînés qui tardaient à «émanciper» leur adolescence, préférant prolonger leur statut d’éternels gamins, de « grand dadais qui jouent encore avec les p’tits ». Car à Bab El Oued, on aimait constituer des équipes de « petits » qui, fièrement, défiaient les « grands » dans d’homériques luttes intestines.
H.ZAKINE
Puisant dans le grenier des anciens, les enfants les empruntèrent à leurs aînés qui tardaient à «émanciper» leur adolescence, préférant prolonger leur statut d’éternels gamins, de « grand dadais qui jouent encore avec les p’tits ». Car à Bab El Oued, on aimait constituer des équipes de « petits » qui, fièrement, défiaient les « grands » dans d’homériques luttes intestines.
H.ZAKINE
L'ECOLE DE CHEZ NOUS .....DE HUBERT ZAKINE
L’école
Parmi les souvenirs qui ont tracé une empreinte indélébile sur nos âmes d’enfance, l’école occupe une place privilégiée dans le grenier de notre mémoire. Chacun d’entre nous conserve tout au... fond de son cœur, enfermés à double tour mais ouverts aux quatre vents de l’amitié, des tranches de vie prodiguées comme du bon pain dans ces espaces du savoir de l’école de France si bien dispensé par ceux que nous appelions familièrement mais avec un profond respect et, pour certains, une réelle et intangible affection : nos maîtres et nos maîtresses. Sévères ou magnanimes, consciencieux ou philosophes face à la décontraction de certains cancres désarmants, ils avaient hérité des anciens le goût du travail bien fait. Un élève qui ne maîtrisait pas son année, échouait au certificat d’études ou redoublait la classe, partageait l’échec avec son instituteur ou son institutrice qui endossait, par conscience professionnelle, une grande part de ce revers. Aussi, certains d’entre eux n’hésitaient pas à donner des cours gratuits aux enfants nécessiteux, pupilles de la nation ou simplement orphelins de père ou de mère. Ceux auxquels je pense ont rejoint le pays du bon D….. avec le sentiment du devoir accompli. Paix à leur âme !
Maîtres et maîtresses de Bab El Oued, nous reconnaissons aujourd’hui bien volontiers combien votre métier a du être difficile à exercer face aux garnements qui composaient vos classes surchargées Peu enclins à suivre vos cours dispensés pourtant avec autant d’attention que d’affection, ils laissaient libre cours à leur "flémingite aigüe " sans se départir de leur désinvolture. L’école, c’était pour les autres. Le rêve leur appartenait.
A leur décharge, il faut bien reconnaître que nos petites fiancées, nos rues, nos places, nos trottoirs d’avenue, nos cinémas et nos stades possédaient tant de charme que nos esprits vagabondaient souvent à l’extérieur de l’école. Nous délaissions alors les leçons de géographie, d’histoire ou de français, attirés par les bruits qui nous arrivaient du dehors. Certains plus concentrés que d’autres sur les plaines enneigées du Jura, les exploits de Vercingétorix ou les subtilités de la grammaire, parvenaient à franchir les marches de la gloire qui menaient tout droit au Lycée Bugeaud, au Lycée Lazerges ou au collège Guillemin.
Les autres, la majorité silencieuse, abandonnaient leur parcours scolaire après l’examen du certificat d’études, diplôme aussi convoité, en ces temps bénis, que la légion d’honneur, la médaille du Mérite National ou la coupe du monde de football.
En fin d’année, fiers comme Artaban d’avoir décroché le fameux certificat ou feignant, pour la galerie et les parents la désolation de l’avoir raté " d’un cheveu de fartasse ", tous les élèves se voyaient conviés à la grande fête de l’école. Prétextes à une débauche d’énergie, de rires et d’élans du cœur, ces grandes farandoles scellaient la complicité des maîtres et des maîtresses avec leurs élèves. Sans discipline et sans retenue.
L’alibi premier de ces manifestations scolaires était la récompense des bons élèves avec la distribution des prix. C’était l’occasion pour les mamans de se rencontrer et d’exhiber fièrement leur progéniture les bras chargés de beaux livres, premiers prix de français ou de géographie. Les autres élèves, afin de se donner une contenance, feignaient l’indifférence mais, en ce moment précis, regrettaient sans doute de ne pas avoir bousculé leur fainéantise durant l’année scolaire.
Le temps de faire le tri entre les bons et les mauvais souvenirs de l’année, les voyages au Tombeau de la Chrétienne », les retenues et les "zéro de conduite ", les billets de satisfaction et le tableau d’honneur, les fous rires étranglés devant un maître coléreux, les spectacles " payants " proposés à la bourse des parents parfois désargentés, les chiens savants, l’apprenti John WAYNE au lancer de lasso précis, les bagarres à la sortie de l’école pour un mot déplacé, on avait le sang chaud à Bab El Oued, toute une panoplie à emmagasiner dans la boite aux souvenirs à ressortir les jours de mauvais temps.
L’école d’Algérie nous laisse un goût amer dans la bouche et dans le cœur car le souvenir attaché à ce merveilleux laboratoire de l’enfance nous a filé entre les doigts sans que nous ayons tenté de le retenir, tellement pressé que nous étions à devenir grands, à délaisser le rivage heureux des culottes courtes, de l’Elesca, des caramels Fausta et des genoux écorchés.
Pour ma part, depuis que les soucis m’ont rendu adulte et que la nostalgie me renvoie à l’enfance, je ralentis mon pas chaque fois que je croise une école, sa cour de récréation et les cris joyeux des enfants. Je ferme les yeux et un délicieux vent de nostalgie me caresse la joue.
dimanche 16 mars 2014
Critique des Cahiers de l'Histoire de "L’Opération plume Sergent-Major : Alger 1939-1942 " de Hubert Zakine,
Les Presses du Midi, faute d’avoir une classification « littérature de jeunesse » (ils en ont une appelée "littérature enfant", qui semble d’adresser à un lectorat de six-douze ans) ne communiquent pas sur le fait que cet ouvrage est un excellent roman pour adolescents. Ceci ne veut pas dire que des adultes ne prendront pas plaisir à le lire, mais son contenu fait que tous les collégiens et lycéens amateurs d’aventures réalistes, d’univers exotiques et de comique de situation l’apprécieront.
Attention, si plusieurs passages prêtent à sourire, ce roman historique raconte un drame, celui de la situation de la communauté israélite entre l’été 1940 et l’automne 1942. Le gouvernement de Vichy retire le 7 octobre 1940 la nationalité française accordée aux juifs par le décret Crémieux (pris en 1870), et toutes les lois antisémites s’appliquent durement en Algérie.
Nous suivons la vie, entre septembre 1939 et novembre 1942, de trois jeunes juifs âgés de dix ans au début du récit. Ils habitent le quartier de Bab-El-Oued à Alger, et se nomment Richard Atlan, Norbert Bensimon et Pierrot Abergel. Nous croisons des personnages historiques tels que Robert Brunschwig, professeur à l’université d’Alger jusqu’à l’été 1940, ou le grand rabbin Maurice Eisenbeth. L’un des jeunes est déjà fort intéressé par les filles mais celui qui va mettre nombre de familles juives en difficulté par ses vantardises le fait en se confiant à un camarade de classe. Se bâtir une réputation de résistants totalement imaginaire apporte des ennuis bien réels.
Les jeunes profitent du renvoi de leur instituteur public Ayache, de confession juive, pour faire l’école buissonnière, sous le prétexte inventé que son remplaçant les discrimine. Leur enseignant d’avant l’été 1940 les scolarise alors les matins. Mais avec l’exclusion des enfants juifs de l’enseignement public élémentaire, qui suit une année après, c’est une classe qui est reconstituée dans des bâtiments de la synagogue. Du fait d’un enchaînement de circonstances, qui a son origine dans le fait qu’un des membres du trio ait trouvé des tracts appelant à la désertion des soldats juifs encore sous les drapeaux, la police soupçonne les dirigeants de l’école parallèle d’être les instigateurs d’actes divers de résistance. Afin d’éviter aux familles dont les enfants sont scolarisés là des séjours temporaires ou prolongés en prison, ces familles sont clandestinement évacuées dans une petite ville côtière appelée Cherchell. C’est « l’opération sergent-major », du nom de la plume la plus utilisée dans les écoles françaises de 1870 à 1970.
L’ancien instituteur sait le débarquement des Américains imminent. Le texte ne le dit pas, mais les 21 et 22 octobre 1942 une rencontre clandestine passée dans l’histoire sous le nom de « Conférence de Cherchell » met en présence le général américain Clark et les responsables de la résistance en Algérie, pour préparer l’opération Torch. Ayache organise alors le retour des familles sur Alger.
En conclusion, voilà un beau roman qui contient une multitude d’indices permettant de bien imaginer la vie d’une communauté juive en Algérie durant trois années de guerre.
Pour citer cet article
Référence électronique
Alain Chiron, « Hubert Zakine, L’Opération plume Sergent-Major : Alger 1939-1942 », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 122 | 2014, mis en ligne le 25 février 2014, consulté le 16 mars 2014. URL : http://chrhc.revues.org/3310
lundi 10 mars 2014
LE DESTIN FABULEUX DE LEON JUDA BEN DURAN "SIEUR DURAN D'ALGER" de hubert zakine
EXTRAIT..............
Après
deux tentatives avortées, son prédécesseur au poste honorifique de
Chef de la Nation Juive, Nephtali BUSNACH ( 3-2-1800 / 28-6-1805 ),
avait été assassiné au mois de juin à EL DJEZAIR par un
"janissaire"
dans le bureau du représentant de son ami, le Bey de CONSTANTINE.
Parvenu
à destination, David DURAN se plongea dans un bain chaud préparé
par la petite mémé. Il ôta ses vêtements européens pour une
tenue à l'ancienne qui sentait bon l'Orient, le persil arabe, la
jeunesse de sa vie, ses parents, sa terre natale. Il effaçait un
maquillage, un déguisement, une deuxième peau qu'il s'obligeait à
porter afin de paraître aux yeux des ottomans et des dignitaires
européens. Tout, en lui chantait la "kasbah",
les trouées de ciel bleu échappées des ruelles étroites, les
mélopées judéo-arabes qui parlaient à son âme, le voisinage
grandiloquent, les légendes des vieux conteurs musulmans encerclés
par la multitude d'enfants aux pieds nus, les odeurs et les saveurs
orientales, le mystère de ce peuple pauvre, besogneux, maltraité
et
pourtant, si bon enfant.
Il
enfila un ample saroual bouffant, serré aux chevilles, laissant
apparaître des hautes chaussettes noires ou blanches selon la
saison, une chemise à col ras du cou, un caftan de tissu précieux,
finement brodé de fils d'or, la "relila"
jetée sur les épaules et les sempiternelles babouches aux pieds. Il
prit place dans son fauteuil puis laissa vagabonder ses pensées vers
les évènements de juin qui bouleversèrent la communauté et
entraînèrent cette promotion pour le moins inattendue.
Suivirent
deux journées d'émeutes spontanées, encouragées, il est vrai, par
la mansuétude des autorités locales et par le vieux réflexe de
rendre les juifs responsables de toutes les exactions ou calamités
subies. En l'occurrence, le prétexte s'enchaîna à une famine qui
sévissait, alors, en EL DJEZAÏR dont Nephtali BUSNACH, exportateur
de grains pour le compte de la Régence, fut rendu responsable et le
détonateur ressembla fort à une collusion entre les janissaires, la
multitude et le dey.
Les
musulmans brûlèrent les magasins et les échoppes tenus par des
juifs, ignorant, sans doute, que les propriétaires étaient, pour la
plupart, fils d'ALLAH. La synagogue SARFATI fut saccagée et, plus
grave, quatorze fidèles y furent assassinés. La "Thora"
fut
lacérée et la meute de pillards tua tous les juifs qu'elle croisa
dans les rues d'une capitale en folie.
Le
Grand RABBIN, dépassé par les évènements, obtint, malgré tout,
du Consul de France DUBOIS-THAINVILLE qu'il hébergeât les cibles de
cette sauvagerie. Grâce à sa vigoureuse intervention, plus de deux
cents vies furent ainsi préservées.
De
leur coté, les notables de la communauté se mobilisèrent pour
soustraire un grand nombre de victimes potentielles, en versant une
taxe à la milice qui installa, alors, un semblant de protection
réussissant, néanmoins, à dissuader les "chasseurs de juifs".
Attaqué
de toutes parts, le Dey MUSTAPHA PACHA, qui avait échappé à un
attentat le 17 mars 1805, brava le corps des Janissaires en nommant,
le 30 juin 1805, Chef de la Nation Juive, Joseph COHEN-BACRI,
associé, oncle et beau-père de Nephtali BUSNACH.
Loin
de calmer les esprits, cette distinction inattendue qui ressemblait
fort à une provocation, fut reçue comme telle par les Janissaires
qui reprochaient au clan BUSNACH-BACRI de profits illégaux sur le
dos de la population ottomane . La révolte qui grondait dans les
rangs de l'"Odjac"
s'embrasa
et le 31 AOUT 1805, MUSTAPHA PACHA fut étranglé et projeté hors
les murs de la porte BAB AZOUN par l'homme qui allait lui succéder
à la Régence d'EL DJEZAIR, AHMED BEN ALI (1805-1809).
Dès
son arrivée au pouvoir, le nouveau Dey plongea son nez dans les
dossiers importants de la Régence. Il conforta son autorité en
imposant ses hommes à la tête de l'armée et de la milice, chassa
quelques dignitaires parasites proches de son prédécesseur et
examina la liste des possibles prétendants au titre de Chef de la
Nation Juive.
Une
dette restée impayée par la République française auprès du
consortium BACRI-BUSNACH et concédée par les deux israélites à
MUSTAPHA PACHA en règlement de créances dues à la Régence joua un
rôle très important dans la nomination de David DURAN
Le
Pacha d'EL DJEZAIR convoqua le nouveau "moqqadem
"
et Joseph COHEN-BACRI pour leur signifier sa ferme intention de
récupérer cette somme d'argent, emprunt dont "le vieux"
prétendait qu'il représentait un prêt personnel, hors du cadre des
affaires traitées avec la Régence turque.
Devant
l'opiniâtre refus du maître de la maison BACRI de concéder le
moindre remboursement de cette créance, AHMED BEN ALI fut à deux
doigts de commettre l'irréparable en prononçant une sentence de
mort à l'adresse de celui que la communauté appelait, avec une
crainte teintée d'affection, "le vieux"
Heureusement,
David DURAN, toutes passions éteintes, intercéda en faveur de son
coreligionnaire afin de surseoir à la sanction suprême.
--"Trop
de sang juif a coulé ces derniers jours, Monseigneur ! Donnez--moi
le temps de le convaincre. Je lui ferai entendre la voix de la raison
et, s'il le faut, la parole de l'Eternel !"
--"
Pourquoi
te préoccuper de la maison BACRI ? Vous êtes les pires ennemis.....
--
"Non ! Monseigneur ! Il s'agit, entre nous d'une guerre
commerciale pas de bataille rangée. Même dans les moments les plus
difficiles, nous n'avons jamais oublié que nous sommes, tous,
enfants de MOÏSE. Alors, Monseigneur, si vous désirez avoir à vos
cotés un véritable Chef de la Nation Israélite, donnez -m'en le
pouvoir !"
dimanche 9 mars 2014
jeudi 6 mars 2014
extrait de "IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED" de hubert zakine
Sylvio
GUALDA est né dans un modeste appartement de la rue Maxime NOIRET au
cœur de Bab El Oued. Il passe sa petite enfance à la maternelle de
la rue Rochambeau. A cette époque, son papa Maccario dirige l’un
des orchestres préférés des habitués de la piste de danse
d’Algérie. Qui n’a pas tenté sa chance sur les slows veloutés,
les tangos lascifs, les pasos endiablés, les rumbas ondoyantes de
l’orchestre MACKER.
Bon
sang ne saurait mentir. Le jeune Sylvio profite des jeudis et des
vacances que lui octroie l’enseignement primaire dont il
s’affranchit à l’école de la rue Franklin pour pousser la
chansonnette au sein de la formation de son père. Le « petit »
est doué pour le chant, donc pour la musique. Après l’étude du
piano, il se tourne sur les conseils du timbalier de Radio-Alger, le
professeur BLANQUAERT, vers la percussion. La voie royale ouvre,
alors, ses allées fleuries au jeune homme après l’obtention du
premier prix de l’Opéra d’Alger. Il quitte sa ville natale, son
quartier, sa maison pour un ailleurs indécis. Le voyage au large de
ses racines le déboussole et Paris ne le prend pas dans ses bras. La
volonté décuplée par l’adversité, Sylvio se fait un devoir de
faire découvrir la discipline de la percussion à la métropole. Le
scepticisme, voire l’incompréhension des musiciens devant ce
choix s’évanouissent au soir de son premier concert.
En
1968, à l’âge de vingt huit ans, il est nommé premier timbalier
solo de l’Orchestre National de l’Opéra de Paris. Tout
s’enchaîne alors. De grands compositeurs écrivent pour lui, il
est le premier percussionniste occidental invité par la Chine, la
SACEM lui décerne le grand prix en 1987 et après une période de
boulimie de concerts, il se consacre à l’enseignement. La France
l’honore en lui demandant de représenter son pays lors de
l’exposition universelle de Séville en 1998. Mais si l’honneur
le touche dans son approche de la musique, il sait que son pays est
là-bas, sur la rive orientale de la Méditerranée, de l’autre
côté de sa mémoire, à Bab El Oued. Son cœur alors bat la chamade
et cogne si fort qu’il croit entendre le percussionniste qui
sommeille en lui.
/////
Robert
CASTEL est le fils du maître du Chââbi, le grand, l’immense Lili
LABASSI. Bercé dès sa plus tendre enfance par la plainte des
mélopées judéo-arabes, le petit Robert MOYAL partage son temps
entre l’école Franklin, la musique orientale et le football à
l’A.S.S.E. Ses camarades de classe se souviennent de sa propension
à raconter des histoires drôles où son débit de paroles faisait
merveille. Son talent comique se révèle au grand jour au sein de
« la famille Hernandez » de Geneviève BAÏLAC dans le
rôle de « Paulo le bègue ». Sa notoriété franchit la
Méditerranée puis l’Atlantique. Après l’exode, une fantaisie
musicale écrite en collaboration avec Jacques BEDOS « la purée
de nous ôtres » lui permet d’élargir son registre de
comédien. Il interprète avec une très forte sensibilité des
chansons nostalgiques qui arrachent les larmes aux spectateurs et
spectatrices originaires de « là-bas ». Au cinéma, il
donne la réplique à Alain DELON dans « l’insoumis »
puis c’est le grand voyage aux côtés de son épouse Lucette
SAHUQUET. La mémoire au cœur, il invente un personnage, CAOUÏTO,
qui additionne les particularismes des enfants de Bab El Oued.
Cinéma, théâtre, télévision, il multiplie les apparitions qui
comblent d’aise ses compatriotes pieds noirs. Mais il n’oublie
pas pour autant la musique de son père et enregistre quelques
morceaux orientaux en jouant du violon, le corps de l’instrument
posé sur la cuisse, à la manière « Lili LABASSI ». Son
dernier enregistrement « Ô FRANCAIS DE FRANCE. » rend hommage
à son père, à son pays, à son quartier : Bab El Oued
/////
Lucky
STARWAY, alias Lucien SERROR, fait hélas partie de ceux qui
laissèrent la vie de l’autre côté de la Méditerranée. Chef
d’orchestre fortement influencé par les mélodies de Glenn MILLER,
d’où son patronyme, sa notoriété lui vaut de faire danser toute
une jeunesse au Casino de la Corniche, justement réputé par sa
situation exceptionnelle et son ambiance musicale de très haute
qualité. La bombe installée sous la scène par un employé musulman
tue et mutile à jamais ; parmi les victimes, le Chef
d’Orchestre, véritable « armoire à glace », montagne
de bonhomie et de gentillesse, musicien de talent, enfant de Bab El
Oued, de cette avenue de la Bouzaréah qu’il sillonna tant de fois
et qui résonne, encore de nos jours, de ces morceaux arrangés à la
sauce américaine.
Lucky
STARWAY fut accompagné par « son » peuple, « son »
quartier, « son » pays jusqu’à sa dernière demeure
rejoindre Glenn MILLER au Carnégie Hall de l’éternité.
/////
Philippe
CLAIR, Polo le bègue de la famille HERNANDEZ, fut l’un des
premiers enfants de Bab El Oued avec Robert CASTEL à connaître le
succès en métropole. En tapant sur « la Grande Zohra »
et les nouveaux maîtres de l’Algérie, il fit rire ses
compatriotes qui se retrouvèrent dans ses propos. Le baume au cœur
qu’il dispensait à ses frères de l’exil parvint aux oreilles
d’imprésarios qui lui firent enregistrer plusieurs 45 tours qui
s’arrachèrent. Appuyé sur un accent à couper au couteau, il se
lança dans le cinéma et plus particulièrement dans la réalisation
de films comiques. Avec Aldo MACCIONE et surtout Jerry LEWIS qui
accepta le rôle principal de « Par où t’es rentré, on t’a
pas vu sortir » (relevez la subtilité du titre !), il
connût la consécration. Le rire étant pour le français considéré
comme un art mineur, Philippe CLAIR semble avoir largué les amarres
d’avec le cinéma comme il le fit en quittant sa terre natale.
Définitivement ?
Nombreux
sont les musiciens qui sortent du rang. Lucien ATTARD, l’élégant
accordéoniste devenu chef d’orchestre à l’allure de dandy, une
rose à la boutonnière, qui charme les femmes du Tantonville où il
se produit lorsque ses contrats lui en laissent le loisir sous le
regard critique de son épouse, la chanteuse Mary Lou ; Pierre
MARC chef d’orchestre à la réputation flatteuse qui concurrence
Lucky STARWAY ; Henri RIERA qui débute à Bab El Oued avant de
réussir une brillante carrière à Paris ; Martial AYELA qui
connaît la consécration nationale en accompagnant Enrico MACIAS de
nombreuses années à l’instar de Michel GESINA de la Basséta et
qui enregistre une superbe chanson où il laisse transparaître sa
nostalgie de la ville natale « ALGER RETROVISION » ;
René COLL et son orchestre qui fait encore danser les pieds noirs
(et les autres) en métropole ; les chanteurs ne sont pas en
reste avec la douce et jolie Anita MORALES, mélange de Gloria LASSO
et DALIDA qui souffrit non pas de la comparaison mais seulement du
manque d’imprésario sérieux à Paris mais qui réussit sa
reconversion au sein de la « famille HERNANDEZ » ;
le trio LOS ALCARSON, enfants de la Basséta, à la voix de velours,
aux mandolines langoureuses et au répertoire puisant dans le large
registre de chansons hispanisantes qui, malgré quelques 45 tours de
belle facture, continue à officier dans les cafés de Bab El Oued à
la grande satisfaction d’une clientèle conquise; Luc DAVIS
« authentique pied noir » par ses origines antillaises,
cible affectueuse de Bab El Oued, à la voix chaude et envoûtante
qui cumule répertoire français et créole avec un égal bonheur,
accompagné par son pianiste de toujours, Pierre SISTE, les derniers
nés, enfants du trio RAISNER, les COMPAGNONS DE L’HARMONICA
imitent leurs aînés avec toute la fougue de leur jeunesse.
Tout
ce petit monde artistique se retrouve une fois par semaine aux
« galas du Marignan » devant une foule d’initiés ou,
plus prosaïquement, amateurs de chansons sous la houlette
d’animateurs locaux tels Jacques REDSON, Paul TRINCHANT, Jacques
BEDOS, PAULINET, le fameux chansonnier ou LANCAR surnommé DARBEZ,
de l’A.M.A.B.E.O, roi des comiques de Bab El Oued.
/////
Alger, terre de feu et de ciel, terre d’amour et de miel, de courage et de contrastes attire les artistes de tous poils. Les écrivains GIDE, MONTHERLANT, DAUDET, LOTI , FROMENTIN ouvrent la voie à toute une pléiade de plumitifs en mal d’inspiration.
Les
artistes-peintres découvrent, alors, l’exotisme aux portes de
Marseille. Un orientalisme qui va bouleverser leurs existences et par
delà, leur œuvre.
DELACROIX,
MARQUET, GERICAULT plongent en ce pays avec la force de leur peinture
dans le monde mystérieux d’un Orient fascinant. Ils enfanteront
nombres d’artistes reconnus ( DINET, LEROY, BROUTY ) qui
s’enticheront de la villa ABD EL TIF, maison mauresque sur les
hauteurs de Mustapha à la mesure de leur ambition et de leur
éblouissement. Regroupés sous le nom d’Ecole d’Alger, ces
peintres ressentent une certaine perception du pays qu’ils
délivrent au sein de leurs ouvrages. Les sculpteurs Paul BELMONDO
et André GRECK s’y rattachent, entraînant d’autres artistes
derrière eux. Des pieds noirs feront partie de cette école d’Alger.
Armand ASSUS, Emile AUBRY, Eugène DESHAYES, Marcello FABRI, Louis
FERNEZ, Augustin FERRANDO, Constant LOUCHE, Louis RANDAVEL.......
Bab
El Oued apportera sa modeste contribution à l’art pictural
algérien grâce à Sauveur GALLIANO « lauréat de la casa
VELASQUEZ », Vincent BAEDA, Yves BACARISAS qui fut également
pensionnaire de la Villa VELASQUEZ et quelques autres qui peignirent
leur terre natale avec pour seule ambition de conserver les images
heureuse du pays natal.
L’un
des plus grands compositeurs français Camille SAINT-SAENS qui se
rendit célèbre par son opéra SAMSON ET DALILA , sa DANSE
MACABRE et son CARNAVAL DES ANIMAUX s’ouvrit à ce pays avec
délectation. Il lui dédia en 1879 une SUITE ALGERIENNE majestueuse
dont nul ne sait si l’inspiration d’une telle œuvre ne lui fut
pas, pour tout ou partie, révélée par Bab El Oued qu’il arpenta
de long en large lors de ses nombreuses visites.
Il
mourut à Alger où il résidait en 1921 et la ville blanche lui
rendit hommage par son superbe Boulevard SAINT-SAENS
MON ENFANCE A L'ESPLANADE de hubert zakine
EXTRAIT.....
Prenez le marché Nelson! On monte, on descend, c'était le grand style depuis 1957 avec sa structure en fibro-ciment. (zarmah, je suis un diplômé es-architecture, total je suis archi-nul en fibro-ciment et même en fibro-autre chose). Le marché Nelson à ciel ouvert jusqu’en 1956 où les femmes elles tchortchoraient sans crier comme des marchandes de poissons, il était le rendez-vous des ménagères en goguette. En plus, tout le monde y se connaissait alors je vous dis pas combien les langues elles travaillaient. Mais toujours avec distinction! J'exagère un tant soit peu (un tant soit peu, là, je fais zarmah) mais il est vrai que le catimini était la denrée la plus courtisée dans ce haut lieu de l'Esplanade. (purée, qu'en langage châtié, ces choses sont dites!)
Les
habitants de l'Esplanade avec le marché Nelson pour se nourrir, les
jardins Guillemin pour s'enivrer de bavardages à bâtons rompus et
de cavalcades enfantines, Padovani, Prado plage et les bains des
chevaux pour les joies de la plage, la piscine olympique d'El Kettani
pour les compétitions de natation, les lycées Bugeaud, Lazerges et
le collège Guillemin pour les têtes bien faites, les cinémas
Majestic et Variétés pour la distraction, les cafés pour
l'anisette, la khémia et l'entretien de l'amitié, les écoles
Rochambeau et Lazerges pour l'enseignement du lire, écrire et
compter, la rue pour façonner l'enfance, tout était réuni pour
que chacun s'identifie à ce quartier off limits de Bab El Oued!
Prenez le marché Nelson! On monte, on descend, c'était le grand style depuis 1957 avec sa structure en fibro-ciment. (zarmah, je suis un diplômé es-architecture, total je suis archi-nul en fibro-ciment et même en fibro-autre chose). Le marché Nelson à ciel ouvert jusqu’en 1956 où les femmes elles tchortchoraient sans crier comme des marchandes de poissons, il était le rendez-vous des ménagères en goguette. En plus, tout le monde y se connaissait alors je vous dis pas combien les langues elles travaillaient. Mais toujours avec distinction! J'exagère un tant soit peu (un tant soit peu, là, je fais zarmah) mais il est vrai que le catimini était la denrée la plus courtisée dans ce haut lieu de l'Esplanade. (purée, qu'en langage châtié, ces choses sont dites!)
Notre
plage de l'Esplanade elle se trouvait à..........l'Esplanade. La
palisse, c'est mon cousin!Notre coin de paradis, il s'appelait
Padovani. Un petit bout de plage coincé entre le boulevard front de
mer et El Kettani qui venait nous taper la sérénade à Magali pour
qu'on déserte pas Bab El Oued et qu'on aille faire les beaux et les
belles à la Madrague ou à la Pointe Pescade. Les beaux et les
belles, seulement si on était un Adonis et une Vénus comme ma sœur
et moi. On est jamais si bien que par soi-même non? Tant qu'il y a
de la gêne, il y a pas de plaisir! Mais au fait, j'ai pas de sœur!
Padovani,
c'était la plage des petites gens de Bab El Oued. Nous autres,
enfants de l'Esplanade, du matin au soir, on tapait le bain. Aller et
retour jusqu'au petit rocher pour un diplôme de natation décerné
par le quartier. Notre méditerranée, câline comme une mère de
chez nous, elle nous offrait son grand lit indigo pour taper la
pancha jusqu'à plus soif. L'air de rien, on matait les petites. On
jouait les Johnny Weissmuller même si on savait pas nager. En fin
d'après midi, on remontait de la plage, exténués mais heureux. Le
corps brûlé par le soleil, on se changeait fissa
fissa (vite)
pour rejoindre le jardin Guillemin qui éclaboussait le quartier
d'exubérance.
mercredi 5 mars 2014
IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED DE HUBERT ZAKINE
CHAPITRE
PREMIER
HISTORIQUE
LA
NAISSANCE
Nous
sommes en 1845. Hors les murs de la citadelle, un nommé
LICHTEINSTEIN, de nationalité allemande, possède la jouissance d’un
terrain de vingt-cinq hectares qu’il aurait acheté, pour « une
poignée de figues », à un juif superstitieux, désirant se
débarrasser de cet ancien cimetière........ israélite.
Son
intention de créer une cité en lieu et place du conglomérat
d’habitations utiles aux travailleurs qui œuvrent à l’édification
et au renforcement des remparts de la ville est soumise au Président
du Conseil, le Ministre Nicolas SOULT. Sitôt accepté, le projet
voit le jour. La cité BUGEAUD sort de terre grâce au concours de
nombreux industriels parmi lesquels quelques aventuriers, escrocs ou
spéculateurs qui quitteront le pays, l’opprobre pour seul et
unique bagage.
Bab
El Oued naît dans la douleur. Les vieilles maisons de torchis, de
bouse, de diss et de boue ne résistent pas à l’oued M’Kacel,
lors des pluies diluviennes d’octobre qui enjambent le pont BAR
CHICHA, construit sur le tombeau de ce grand Rabbin d’El Djézaïr.
Pont qui sera détruit par l’oued, reconstruit et rebaptisé « pont
de fer ».
Mais
le ciel veille sur ce quartier qui comptera plus tard jusqu’à cent
mille âmes. Au loin, se détachant sur l’azur, une masse claire se
dresse, majestueuse et tentatrice. Cette carrière qui appartient au
Procureur de la République à Constantine, Monsieur ROUBIERE, offre
le calcaire bleu de ses entrailles pour bâtir le faubourg. Ceinturée
de fours à chaux, non loin des jardins du Dey, la montagnette est
vendue aux frères JAUBERT dont le nom restera accolé à la
construction de Bab El Oued.
Les
carriers valenciens retroussent leurs manches, imités bientôt par
les maçons piémontais; les briqueteries et les fours à chaux
tournent à plein régime, Bab El Oued troque ses habitations
éphémères pour des maisons en dur. Suivent les commerces et les
professions libérales. Les fortifications sont déplacées en 1848.
Elles avancent vers le cœur de Bab El Oued, de la place MARGUERITTE
du futur Lycée BUGEAUD à l’Esplanade NELSON, à hauteur du futur
boulevard Général FARRE , à deux pas de la mer.
Bientôt,
les écoles installent le savoir au centre du faubourg. De partout
affluent des familles. La ronde des naissances ancre définitivement
cette population issue de nulle part à ce quartier mythique.
/////
CHAPITRE
PREMIER
HISTORIQUE
LA
MORT
Bab-El-Oued
l’Européenne meurt officiellement le jour de l’indépendance de
l’Algérie. Mais ce quartier aux mille parfums d’épices, aux
amitiés éternelles et aux fausses rancunes, aux coups de colère
légendaires et aux visages burinés par le soleil et la mer a cessé
d’exister avec le départ des premiers « exilés
involontaires pour raison d’état ».
Le
coup de grâce survient au mois de mars 1962 avec la signature des
accords d’Evian, le blocus de Bab El Oued et la fusillade de la rue
d’Isly. Dés lors, chacun s’emploie à prendre un billet d’avion
ou de bateau afin de fuir la curée. Une tristesse indicible
accompagne la descente aux enfers de ce peuple qui aurait pu donner
des leçons d’optimisme et de joie de vivre au monde entier. Les
pas des derniers promeneurs qui, par reflex d’habitude, par
inconscience aussi, effectuent l’ultime « andar et venir1 »,
le dernier « paséo2 »,
la suprême « passegiata » de l’avenue de la
Bouzaréah, se perdent dans l’assourdissante résonance d’un
silence de mort. L’avenue ouverte aux quatre vents de l’amitié
d’enfance, du voisinage des balcons, de la fureur des rues et du
fou-rire de l’insouciance renvoie l’image d’un voyage au
centre de la solitude. Les magasins aux yeux clos ont, pour la
plupart, déjà tiré leur révérence. D’autres, vitrines
exsangues et patrons sur le pas de la porte, attendent l’hypothétique
clientèle. Ce petit homme au costume fané demeure à l’intérieur
de son atelier d’horlogerie, dans cette autre maison où il a vu
défiler les heures de sa vie et de son quartier. Devant sa machine à
polir inerte, il écoute la musique insolite du silence. Comment
prendre la décision de partir pour un ailleurs impossible et
dérisoire ? Comment ?...
Le
moindre bruit fait aujourd’hui sursauter des hommes et des femmes
habitués à la fureur des pays méditerranéens où l’éclat de
rire demeure le son le plus répandu. On se retourne machinalement
pour s’assurer que personne n’a de mauvaises intentions ou dans
l’espérance de voir une dernière fois un visage ami. Au détour
d’un café dont le rideau reste désespérément baissé, la
machine à remonter le temps entraîne vers la douceur des jours
heureux lorsque la multitude envahissait ces temples de l’amitié
qui s’égaraient parfois dans un verre d’anisette. Le temps s’est
arrêté aux Trois Horloges lors du blocus de Bab El Oued. Ses
aiguilles qui tricotaient la vie d’un petit peuple fier de la sueur
des aïeux, qui battaient au rythme des chansons napolitaines, des
mélopées judéo-arabes et des mandolines espagnoles avaient partagé
les petites joies et les grandes peines de cette comédia dell’arte
permanente qui sévissait dans le quartier. Elles se sont essoufflées
à tenter de suivre la course endiablée de la jeunesse et le cœur
fatigué, elles se sont éteintes avant l’heure, avant la
déchirure, avant le grand départ. A jamais. A toujours.
Le
cimetière des balcons accompagne le dernier convoi de l’exode. Des
rangées d’épingles orphelines espèrent encore la grande parade
multicolore du linge séchant au soleil. Témoignage de vie,
témoignage de Méditerranée, les terrasses ouvertes sur la mer
assistent au chaos d’un départ salvateur. Les persiennes de bois
refermées, les immeubles semblent prolonger la sieste des fantômes
du faubourg. La vie est partie de ce grand corps inerte. Le squelette
de Bab El Oued mettra des années à se désintégrer. Les murs sont
debout mais ils ne répercutent plus les bruits et les senteurs
d’autrefois. Bab El Oued la française, Bab El Oued la tricolore,
Bab El Oued l’européenne a glissé lentement de la réalité à
l’imaginaire. Elle s’est fondue dans le moule commun du souvenir
de ses enfants,
Elle
n’est plus que NOSTALGIE.
/////
CHAPITRE
DEUXIEME
ACTIVITES
INTELLECTUELLES
ARTS
ET LETTRES
Il
est admis que l’une des raisons de la prise d’ALGER est due pour
une grande part au consortium BACRI-BUSNACH. A la suite d’un tour
de passe-passe dont ils avaient le secret, les deux négociants
endettés auprès de la régence, revendirent à HUSSEIN DEY une
lettre de créance que la France avait contractée envers le
consortium. Le fameux coup d’éventail fut la conséquence de cette
affaire mais non le détonateur de la conquête.
La
« course1 »
même si elle s’essoufflait considérablement et les prisonniers
chrétiens furent selon les historiens les véritables raisons de
l’engagement de la France dans cette aventure.
Toujours
est-il que la famille BACRI a marqué de son empreinte l’histoire
de l’Algérie et tous les ouvrages traitant ce sujet ne manquent
pas de mentionner le rôle de Joseph « le vieux », Jacob
qui se rendit au devant du Maréchal DE BOURMONT en tant que Chef de
la Nation Juive dont l’intelligence influença plus d’une fois la
politique française en Afrique du Nord.
Il
me paraît tout naturel, à mon tour, de faire figurer dans cette
mémoire de Bab El Oued deux descendants de cette illustre famille
qui vécut dans la casbah judéo-arabe avant de « descendre au
faubourg » rue du Roussillon.
/////
Le
premier, car le plus âgé, est connu de tout un chacun pour ses
calembours qui éclairèrent d’un jour nouveau « le Canard
Enchaîné » de la grande époque. Il s’amusa tout au long de
ses écrits à donner ses lettres de noblesse à sa famille, à son
quartier et à sa ville natale.
Roland
BACRI, c’est de lui qu’il s’agit, auteur entre autres de « et
alors et voilà! », « le petit poète », « la
légende des siestes », « le Roro », « l’obsédé
textuel », « Trésor des racines pataouètes »,
« Le beau temps perdu », « les Rois d’Alger ».
Il s’essaya sans se prendre au sérieux à la chanson, prétexte à
des parodies désopilantes de la chanson pataouète sous le surnom de
« RORO DE BAB EL OUED ».
/////
Son
frère cadet versé, dès son plus jeune âge, dans la musique, n’est
autre que Jean CLAUDRIC, pianiste, compositeur, chef d’orchestre de
renom, arrangeur et accompagnateur des plus grandes vedettes de la
chanson française. Né au 3 rue du Roussillon, à Bab El Oued en
1930, il « fait » le conservatoire d’Alger avant
d’endosser le costume de pianiste au sein des orchestres de Lucien
ATTARD et Lucky STARWAY. A 28 ans, sa virtuosité franchit la
Méditerranée. Maurice CHEVALIER le choisit pour son prochain disque
dont il sera l’arrangeur et le chef d’orchestre.
Lui
emboîtent le pas, Joséphine BAKER, FERNANDEL, Les Compagnons de la
Chanson, Marcel AMONT, Johnny HALLYDAY, Charles AZNAVOUR, Michel
POLNAREFF, Mireille MATHIEU et bien entendu Enrico MACIAS pour lequel
il compose nombre de succès tels « les filles de mon pays »,
« les gens du Nord » entre autres. Sous le pseudonyme de
Sam CLAYTON, il écrit tous les succès de SHEILA et dirige
parallèlement les orchestres symphoniques les plus prestigieux à
travers le monde, tout en participant à de nombreux shows télé,
spectacles de variétés et Eurovision. Il reçoit le grand prix de
la SACEM en 1984.
/////
Sous
le pseudonyme de DAXELY, Marcel BOUMENDJIL fit partie de ceux que
l’on catalogua comme les acteurs fétiches du grand Marcel PAGNOL.
Remarqué par le maître sur les planches de l’Alcazar de Marseille
dont il fut pensionnaire de 1950 à 1966, il fit merveille sous la
dégaine endiablée de Garrigou, le bedeau de la chapelle des « Trois
messes basses » l’une des « Lettres de mon moulin ».
Ses compositions de grand benêt hésitant dans la première version
de « MANON DES SOURCES » ou dans celle du concierge de
« MERLUSSE » marqua les esprits. Auprès de la capiteuse
Tilda THAMAR, il tourna « La casaque dorée » avant
d’accompagner Tino ROSSI dans « NAPLES AU BAISER DE FEU »
interprétant avec talent le rôle de faire-valoir au cours d’une
tournée qui dura…….six années.
Natif
de Bab El Oued, oncle de Jean CLAUDRIC et Roland BACRI, ce comédien
repéré par le « maître » provençal du cinéma
français aurait pu faire une plus grande carrière si une sainte
horreur des mondanités que certains prirent pour de la timidité, et
un besoin viscéral de son environnement familial ne l’avaient
ramené chez lui, à ALGER, à Bab El Oued
/////
Comment
évoquer les gloires de Bab El Oued sans nommer celui qui est né le
23 Aout 1927 au quartier Guillemin, rue Thuillier exactement :
Martial SOLAL.
Celui
qui figure dans le grand dictionnaire du jazz débute à six ans. Il
rejoint très jeune l’orchestre du regretté Lucky STARWAY avnt de
passer professionnel en 1945.Il officie au sein d’orchestres
prestigieux tels ceux de Aimé BARELLI ou Benny BENNETT . Mais ce
qu’il désire avant tout c’est jouer au sein d’un quartet de
jazz. Il crée sa propre formation et rencontre un énorme succès.
En 1962, il est invité au festival de Newport
où
son talent d’improvisateur génial lui vaut d’accompagner les
plus grands, de Sydney BECHET à Django REINHARDT en passant par Art
FARMER ou Stéphane GRAPELLY. Il compose quelques musiques de films
dont « A bout de souffle » et « Léon Morin
prêtre ».
Dans
les pages de leur « Dictionnaire biographique des musiciens »
les deux éminents spécialistes du jazz que sont BAKER et SLONIMSKY
parlaient de l’enfant de Bab El Oued en ces termes : « Martial
SOLAL est un musicien de génie dont le rôle dépasse largement les
frontières du jazz et de l’Europe »
/////
A SUIVRE
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