mardi 16 octobre 2018

lundi 8 octobre 2018

MA MERE JUIVE D'ALGERIE

EPILOGUE

Notre enfance a vécu. Bien vécu même. Entre kemoun et richesse du coeur, entre tramousses et anisette, entre chants napolitains, andalous et musique judéo-arabe. Vibrante comme toutes les jeunesses triomphantes, mûrie au soleil d'étés resplendissants, à l'abri de l'aile protectrice d'une mère méditerranéenne, elle a si bien existé qu'elle a écrit dans nos mémoires, l'alibi irréversible du souvenir.
Tu as enveloppé notre enfance de papier rose transparent qui ne laissait filtrer que les rayons de joie, te dressant, courageuse et forte, contre les méchants et les sots.
Lorsque la nuit t'habillait de larmes, à l'abri de nos regards endormis, tu laissais libre cours à cette lassitude qui envahissait ta solitude. Le lendemain était un autre jour, et tu nous présentais le visage d'une mère juive d'Algérie heureuse, en venant nous offrir notre baiser matinal dans nos lits de sueur. Rite immuable des baisers du soir et du réveil, j'en ressens encore les effets quelques quarante cinq années plus tard. Je ferme les yeux et redeviens petit garçon. Après la douche, dans mon pyjama rose, je me glisse dans les draps de lavande. Tu passes ta main d'amour dans ma tignasse brune "qui me mange toute la figure" et m'embrasses avant de me border.
Tu es partie et tu as emporté avec toi des parcelles de mon enfance dont tu ravivais les couleurs.
Mémoire vivante de ma jeunesse, je ne mesurais pas, alors, l'importance de tes faits et gestes, de tes apparitions furtives dans la salle à manger où je faisais mes devoirs d'écolier, de cette porte de notre chambre que tu entrouvrais pour un dernier regard sur notre sommeil, de ces heures passées devant ton fourneau pour nous cuisiner nos plats préférés, de tous ces petites choses de la vie qui allongeaient les heures et nous rendaient tout simplement heureux.
Le décor de ma vie a changé. Derrière les carreaux enrhumés où la pluie colle à ma vie, je revois les hivers pointillés qui arrosaient ALGER. Seule, l'école combattait ton désir de nous garder à la maison, bien au chaud, bien au sec. En rentrant, un bon "boktof" ou une chaude "loubia" nous attendait pour lutter contre le froid pourtant si doux sur cette terre d'Afrique. Tu nous racontais l'hiver de la casbah lorsque la vieille ville qui descend en cascade vers la mer, devenait torrent à la grande joie des enfants courant après les petits bateaux de papier voguant sur l'eau des rigoles.
Et cette odeur si particulière des ruelles tortueuses et mouillées qui charriaient l'esprit de sel déversé par quelque main généreuse pour désinfecter le quartier.
En t'écoutant, nous revivions ces déluges de pluie automnale d'une enfance qui adorait recevoir cette douche céleste au grand désarroi des mamans "mauvais sang". A ce jeu, ma mère juive d'Algérie, tu ne craignais personne et pour parer à toute grippe qui te saoulerait d'inquiétude, tu nous préparais une flambée d'alcool accueillante et réparatrice.
Trésor de bonté et de mansuétude, mère adoratrice qui pardonnait tout "aux yeux de ses yeux", persuadée de notre bonne volonté, tu vivais au rythme de tes trois garçons. Poutre maîtresse de l'édifice familial, comme toutes les mamans du monde, tu étais garante de la pérennité des traditions. Ta présence permanente attisait le respect des us et coutumes où l'enfance puise la sève des connaissances et des convenances.
Ma mère juive d'Algérie, tu étais porteuse de toutes ces vertus maternelles. Fille de Moïse et femme d'Orient, tu t'abreuvais du miel de tes origines en recueillant le fruit sucré-salé de ta naissance française.
L'école de Jules Ferry t'enseigna le savoir lire, écrire et compter, ta mère comment tenir ta maison, la vie t'apprit le reste.
Fière d'être française, ma mère, tu l'étais assurément. Jusqu'à la trahison. Mais ce noble sentiment n'arrivait qu'en troisième position, précédé par sa fierté d'être enfant d'Algérie et fille d'Israël.
L'orientalisme de ma mère se vérifiait dans ses superstitions, à mi-chemin des croyances religieuses et des coutumes du pays. Si la "mezouza" trônait bien à la chambranle du seuil de la porte de sa maison juive, la main de fatmah détournait le mauvais oeil de sa maison orientale. Cet orientalisme, emprunté à ton passé judéo-arabe, colle à ma vie de déraciné comme la sciure de bois aux semelles de mes souliers. Toutes ces traditions me sont familières et il me semblerait trahir mes aïeux si l'une d'entre elles sombrait dans l'oubli.
Non, jamais, cet héritage ne sera dilapidé par un quelconque relâchement coupable ou un renoncement de mon passeport identitaire. Je suis juif d'Algérie comme le furent mon père, mes grands-pères, mes arrières- grands-pères et, au-delà, mes ancêtres.
Malgré le grand vent de l'histoire qui déracina mon arbre de vie et, si ma fierté française s'est quelque peu noyée en méditerranée, il me reste la plus merveilleuse des certitudes. Ancrée en moi au plus profond de mon être et de mon avoir été, elle réchauffe mes nuits et ensoleille mes jours, elle me parle au coeur plutôt qu'aux oreilles et parfume mes mots d'olive et de jasmin.
Elle est ma conscience éveillée et mon subconscient endormi. Elle chante ma vie en arabe, italien, juif et espagnol. Elle est une certitude du passé retrouvé. Je suis un juif d'Algérie comme ma mère. Avec fierté!
Mais une fierté enfouie en moi. Sans flagornerie mais sans pudeur. Sans la crier sur les toits mais sans la taire. Sans ostentation mais sans ambages.
Ma peau mate et mes cheveux noirs, mon accent de là-bas et l'amitié que je porte en souffrance, mon étoile de David et ma nostalgérie suffisent à m'identifier aux yeux des autres.
Le souvenir vit grâce à la mémoire des hommes. Bien après leur mort, les peintres, les écrivains, les grands hommes touchent encore l'âme des vivants.
Toi, ma mère juive d'Algérie, de ton passage sur cette terre ne subsistent que quelques objets qui t'ont accompagnée sur la longue route de l'existence. Sublime héritage que nous transmettrons à notre descendance afin que se perpétue la mémoire. Mais, au-delà de la matérialité émotionnelle d'une glace finement décorée de feuilles d'argent ou d'une bonbonnière de porcelaine que tu reçus le jour de tes noces, il nous reste de toi, ma mère juive d'Algérie, l'étrange sensation que tu vis en nous, dans notre mémoire assassinée et dans notre comportement.
"Les chats ne font pas des chiens!" telle était ta façon de concevoir la filiation et la similitude de raisonnement entre un père et son fils, une mère et sa fille.
A l'école de ta vie, nous avons appris la superstition et le goût du travail bien fait, l'ordre et la propreté, le respect des anciens et celui des traditions, le sens de la famille et de l'amitié. Avec en prime, une inquiétude démesurée pour nos propres enfants.
Cet héritage d'un mode de vie disparu, assorti de dogmes et de contraintes, demeure la seule richesse issue de cette nostalgérie qui voilait ton regard d'exilée.
Ton sang coule dans nos veines et tes recommandations résonnent toujours à nos oreilles, traçant la route de miel que tu désirais tant nous voir emprunter.
Oui, ma mère juive d'Algérie, tes fils portent sur leurs épaules l'histoire de ta famille, de notre famille et personne, d'où qu'il vienne, où qu'il aille, ne brisera la chaîne de la fidélité à ton peuple, à ta communauté, à ton pays, à ton souvenir.
Saurons nous transmettre à nos enfants les enseignements que tu nous léguas? Avec la même foi et la même discrétion? A force d'amour et d'abnégation?
Seul le temps le dira. Seule la vie tranchera. Mais que demeure à jamais la mémoire d'une mère juive d'Algérie, femme parmi d'autres femmes de ce pays, balayée par un vent de folie, espèce en voie de disparition que seul le souvenir sauvegardera pour toujours et à jamais.
H.Z

LE PARADIS PERDU - HUBERT ZAKINE

LE PARADIS PERDU
Un soleil généreux qui inonde la terre.
Un ciel majestueux qui tamise la misère.
Une chaleur qui pénètre les entrées et les cours ,
Les terrasses, les balcons, les issues de secours. 

Des saisons qui empruntent l’école buissonnière
Pour garder à l’été sa plus belle lumière.
Les parfums d’Arabie embaument les jardins
Entre danses espagnoles et chants napolitains.
Le vent venu de France et de Jérusalem
Complètent le tableau d’un pays de bohême.


La Méditerranée qui détourne le regard,
Surgissant de partout, surgissant de nulle part.
Au détour d’une rue, d’une place, d’un jardin
Il nous semble toujours la toucher de la main.
Une Méditerranée à l’accent pataouète.
Des cabanons sur l’eau à l’odeur d’anisette. 

Des plages de sable fin autour d’une cabassette.
Des familles réunies à la bonne franquette.
Et l’été de chez nous qui chante l’amitié,
Pour un jour, pour une heure ou pour l’éternité.


Et le rire de partout qui dévale en cascade,
Qui ricoche sur les murs et poursuit sa balade
Que reprennent tous en chœur les amis de passage
Pour l’escorter au large de tous ses paysages. 

L’avenue conquérante qui attire la jeunesse
Répercute le bruit, la fureur, l’allégresse. 

On se tape sur l’épaule pour se dire bonjour.
L’amitié à la vie, à la mort, à l’amour.
De l’école au cimetière en passant par l’enfance
Sur ce morceau de terre qui ressemble à la France


Des quartiers animés dès le petit matin,
Des enfants qui descendent jouer dans le jardin.
Un drapeau tricolore pour unique voyage,
Pour unique décor, pour unique message. 

Et la rue qui se veut école de la vie.
Où l’on apprend comment se faire des amis,
A jouer aux noyaux, à souffrir en silence,
A rendre plus joli le rêve de l’enfance.
A remplir sa jeunesse de futurs souvenirs
Quand l’espace et le temps n’auront plus d’avenir.


Le théâtre de la vie sur la scène des balcons
Ensoleille le ciel bleu, enflamme l’horizon.
Discussions animées ou échanges de menus.
Une maman qui surveille son enfant dans la rue. 

Voisinage familial qui tutoie l’amitié
Et les portes qui restent ouvertes sur le palier.
Tout concourt au bonheur malgré la pauvreté
Car la richesse du cœur est la seule monnaie.
L’étalon de l’argent semble dévalué
Sur ce morceau de France, de Méditerranée.


Le tape cinq connivence de la complicité
Et le bain de jouvence qui regorge des cafés.
On se tape la khémia pour assoiffer Musette.
On étanche sa soif à grand coup d’anisette.
La tablée de belote à la table de Camus
Semble plus animée que celle de Raimu. 

Le bras d’honneur vengeur pour une partie perdue
Au comptoir de Sauveur, l’amitié revenue.
Prolongement naturel de l’enfance disparue,
Les cafés ont un goût de paradis perdu.


La musique andalouse ou bien napolitaine
Se promène sur ses rives méditerranéennes.
Se côtoient espagnols, italiens et maltais,
Arabes, juifs, alsaciens, gitans et mahonnais.
A cette race issue un peu de n’importe où,
Le pays a offert ses rivages, ses cailloux.
En retroussant leurs manches sans jamais rechigner,
Ils ont bâti une France sur les rives d’Alger.
Un pays de lumière au soleil disparu,
Un ciel bleu, une terre, un.................. PARADIS PERDU
 

HUBERT ZAKINE

NOSTALGIE OU NOSTALGERIE ???

Je suis né en Algérie que certains prétendent bénie des dieux. J’ai commencé à écrire lorsque ma nostalgie s’est transformée en Nostalgérie. Dans ce Paris qui ne m’a jamais pris dans ses bras, j’ai arpenté ses rues inutiles pour un enfant du soleil, arraché de force à sa terre natale pour naviguer au large de ses illusions.
Pourquoi avoir couché sur papier « nostalgie » cet hommage aux anciens et à leur descendance ?
Sans doute parce que l’Algérie, cette terre natale qui me colle tant à la peau, me laisse un goût amer dans la bouche du déraciné que je suis devenu.
Mais, aussi et surtout, pour transmettre à mes enfants et petits enfants cette flamme qui luit dans mes yeux en évoquant mon pays, ma ville, mon quartier, ma maison. Afin qu’ils sachent que, devant eux, s’ouvre une immense fenêtre qui s’appelle la vie.
Qu’ils doivent croquer à belles dents.
Mais qu’ils n’oublient jamais que, là-bas, existe un pays, aux confins du désert, que leur grand père a profondément aimé et qui restera toujours dans son cœur.
Comme ses amis et sa famille dispersés aux quatre vents de l’histoire.
Pour qu’ils soient fiers d’être des enfants de « Pieds-Noirs », tout simplement !

samedi 6 octobre 2018

Quelques extraits de MA MERE JUIVE D'ALGERIE

Quelques extraits de MA MERE JUIVE D'ALGERIE
La Bar Misvah de mon frère aîné se déroula de la plus belle des façons. Le savoir-faire et le savoir-recevoir des filles DURAND compensèrent bien au delà des convenances, le manque de moyens employés. Tout le monde se retira satisfait et, après t'avoir embrassée, nous te laissâmes en tête-à-tête avec cette absence qui t'avait accompagnée tout au long de cette journée bénie. Pour la première fois depuis l'holocauste de ta vie, la maison avait résonné de cris de joie et de you-you tonitruants. Pour la première fois, une autre prière que le quaddiche avait bercé la maison
enchagrinée. Pour la première fois, les gâteaux de la fête avaient illuminé ton regard et célébré un évènement heureux.
La Bar Misvah de ton fils représentait à tes yeux beaucoup plus qu'une simple majorité religieuse. Au-delà de ce passage à l'âge adulte, elle honorait la passation de pouvoir entre le père disparu et l'enfant de l'amour.
Plus tard, beaucoup plus tard, lorsque les confidences de ma mère juive d'ALGERIE terrassèrent sa pudeur, tu me confirmas la présence de mon père à tes côtés durant cette journée et son omniprésence tout au long de ta vie. Tu lui parlais chaque jour comme je parle aujourd'hui à ton reflet dans la glace. Il te remercia d'avoir fait de son fils un homme, dans la pure tradition israélite.
Tout le monde, tout ton entourage t'avait donné la main. Le voisinage, cette famille de coeur, avait prêté les chaises, le boulanger, son four, l'épicière, son crédit. Tout le quartier avait fêté ton fils, "ton petit homme", les juifs, les catholiques, les musulmans peu nombreux, il est vrai, à Bab El Oued.
Le lendemain, lorsque s'apaisèrent les clameurs, en allant offrir au voisinage les gâteaux de la fête, comme l'exigeaient la tradition et le coeur, nous reçûmes, telle une suprême récompense, un vibrant hommage décerné à notre mère juive d'ALGERIE.
Mère-courage, nous nous fîmes alors, un plaisir de te transmettre le message de ces femmes qui, plus que d'autres, étaient à même de mesurer l'ampleur de la tâche qui t'incomba et le chemin parcouru...........................

...................Odeurs, impressions et goûts de jadis, comme vous manquez à mon besoin d'orientalisme! A mes racines orphelines de ma terre natale, pauvres racines anémiées, privées de la sève maternelle qui nourrissait à chaque saison, mon arbre de vie.
Pauvres racines qui se meurent lentement, assoiffées de récits de grands-mères et de visages oubliés au détour de la fureur et du bruit, égarées dans un monde où ses pousses dispersées s'épuisent à tenter de rassembler souvenirs et espérances.
Pauvres racines livrées à la modernité de villes inconnues et de terres incultes, impropres à la conservation du patrimoine d'un peuple voué à l'exil, à la dérive, à l'extinction. Pauvre population sacrifiée, en voie de disparition. Dans ton îlot de solitude, entre les cités dortoirs et les voies ferrées qui vomissaient tes banlieusards de fils, tu mesurais l'ampleur du désastre et t'apitoyais sur la disparition future de cette entité européenne d'Afrique du Nord que l'on nomme pied noir, sans que personne ne s'en émeuve. Les bonnes consciences parlaient de pandas et d'autres espèces condamnées à plus ou moins longue échéance, mais nul ne s'arrêtait sur cette "race méditerranéenne" possédant sa culture, sa cuisine, ses grands hommes et un passé patriotique dont la France se devait de s'enorgueillir. Le melting-pot est une mauvaise chose lorsqu'il participe à la disparition d'une entité, d'un peuple, d'un pays.



La solitude t'enfermait dans ta réflexion d'exilée et le débat durait souvent une bonne partie de la nuit. Tu maudissais ce bateau, le
" Ville d'Oran" qui nous transperça le coeur en nous emportant sur l'autre trottoir de la France. Ce trottoir où tu te sentis si mal, ma mère juive d'ALGERIE. Si mal que tu enjambais, avec souplesse, la méditerranée pour un retour à Bab El Oued en rêvassant à ce qu'eût pu être la vie, entourée de tes enfants et de tes petits enfants, dans ce pays que tu aimais tant. Une vie paisible au pays de tes ancêtres, là où étaient couchés tes parents, ton époux et tes proches. Là où tu ouvris tes beaux yeux noirs, où tu appris à lire et à écrire, là, dans ce pays qui s'ouvrit à l'émancipation que les juifs empruntèrent après mille réticences, là où les tiens s'échinèrent avec d'autres, beaucoup d'autres, à bâtir ce pays de lumière qui reflétait dans sa blancheur immaculée, la FRANCE, ta FRANCE que tu étais si fière de chanter, d'honorer, de défendre ou de pleurer, cette FRANCE que tu renias le jour où elle te déçut, le jour du bateau, le jour du renoncement et de la déchirure.
Tout bascule. Tout se meurt. Seule ton image subsiste. Ma mère juive d' ALGERIE.......................

.........................
J'adorais servir de prétexte à ton intarissable besoin de parler de ce pays qui t'offrit, au milieu de mille tourments, son ciel pervenche et sa lumière à nulle autre pareille, sa casbah judéo-arabe pour théâtre de tes jeunes années et cette méditerranée douce comme un long fleuve tranquille. Intarissable, tu l'étais. Pour toi et pour moi. Pour raviver tes souvenirs en me les faisant partager. Moi qui regrettais tant de ne pas avoir connu cette époque héroïque et bienheureuse de ton enfance. Moi qui regrette tant, aujourd'hui, de ne pas avoir vécu assez longtemps sur cette terre de feu et d'amour afin d'en conserver tant de souvenirs que ma tête et mon coeur n'y suffiraient pas. Moi qui vis mon pays par procuration.
Je t'écoutais religieusement comme on écoute la chanson du vent qui fredonne entre les jalousies des persiennes, le frémissement des feuillages taquinés par l'oiseau de toutes les couleurs, la danse sauvage de l'onde sur la grève. Je t'écoutais et je partageais ton voyage en amnésie, combattue et vaincue à chaque coin de rue dont le nom surgissait du néant, telle une offrande à ta nostalgie. Je t'écoutais et m'imaginais cette communauté israélite, orientale jusqu'au bout de son destin mais pourtant européenne, française, occidentale, que la modernité tentait de détourner du droit chemin de la synagogue. Cette communauté qui restait vigilante, fière de ses origines et de ses ancêtres, fidèle à quelques principes de vie dont la foi inébranlable en son étoile demeurait le plus beau fleuron. Je t'écoutais, t'épiais, cachée derrière tes lunettes aux verres fortement fumés, à l'abri de quelque larme à peine retenue lors de l'évocation de ce passé si doux et si douloureux à transmettre.
Cet héritage de tes souvenirs, patrimoine indispensable à l'enfant juif d'ALGERIE que j'étais, je le recevais avec autant de respect que de reconnaissance. J'enfermais ce trésor que tu me léguais, en empruntant le train bleu de jadis, avant de coucher mes impressions de voyage dans le grand livre de ma mémoire.....................
.................................A présent que ma vie est assise entre deux chaises, deux pays, deux continents, entre mon enfance tant regrettée et ma vieillesse tant redoutée, entre ton absence définitive et ta présence éternelle, je mesure la déchirure des déracinés de ta génération devant l'infamie d'un exodus à l'envers.
Déracinement sans anesthésie ni prothèse de ton arbre de vie transplanté dans un sol gelé et inhospitalier. Combien de larmes a t-il fallu verser, ma mère juive d'ALGERIE, afin que de jeunes pousses témoignent pour la postérité de sa résurrection.
Ma cinquantaine viola mon coeur d'éternel adolescent qui refusait jusqu'alors l'inexorable avancée de l'armée des années enfuies. Ton départ pour le pays aux cent mille étoiles étouffa l'irréductible jeunesse qui habitait ma maison nimbée d'autrefois, de jadis et d'antan. Elle révéla mon âge.
--" Quand je serais grand!" surprenait encore mes projets. Cette phrase de demain parfumait les rêves d'un gamin de Bab El Oued traînant derrière lui un demi-siècle d'incrédulité et d'enfance merveilleusement insatisfaite. Tous mes faits et gestes parfumés de Bébé Cadum et d'Elesca, de Vérigoud et de Crush, de Marignan et de Plaza, de café Nizière et d'Echo d'ALGER n'étaient qu'enfance retenue et bain de jouvence dans la permanence d'une idée fixe : redevenir petit.
Caché derrière le paravent de la nostalgie, je vivais le coeur à l'envers et l'esprit à l'étroit dans le cirque conventionnel de la sacro-sainte réussite sociale qui m'éloignait de mes jardins d'Arabie. Je continuais à vivre mes passions au pays d'autrefois, entre mes livres et tes récits, ma mère juive d'ALGERIE.
Aujourd'hui, je t'ai perdu et perdu définitivement mon enfance. Tu as rejoins le pays du Bon Dieu et moi celui des adultes. Dorénavant, le retour aux sources se fera solitaire, à pas lents, à pas lourds, en traînant la charrette aux souvenirs sur la longue route du déraciné. Toute volonté tendue, je ferais en sorte de ne pas dilapider ton héritage, ma mère juive d'ALGERIE..............

.................Senteurs et impressions d'autrefois, je vous respire encore aujourd'hui, captées par l'indomptable abnégation d'un enfant déraciné. Telle ton odeur de poudre de riz qui volait dans l'appartement après avoir coloré tes joues, ma mère juive d'ALGERIE.
Tout me ramène à toi et tout me ramène à ma terre natale. Vous êtes une et indivisible. Heureux, les simples d'esprit qui s'éloignent du pays des aïeux de leur propre volonté pour chercher un ailleurs illusoire. Pauvres ignorants qui avez hâte de courir le monde pour voir si l'herbe est plus verte ou la mer plus bleue, qui partez à la découverte des sept merveilles du monde, sans savoir que rien n'est plus beau que la terre, le ciel, le pays, la ville, le quartier, la rue, la maison qui vous ont vu naître, où vous avez ouvert les yeux.
A la fin de chaque récit d'une parcelle de ta gloire, ma mère juive d'ALGERIE, s'ancrait en moi l'absolue fierté de mon identité. Car elle était aussi la tienne, celle de mon père, de mes frères et de mes ancêtres. Je la porte en sautoir autour de mon cou, dans mon coeur, ma tête et le moindre de mes gestes. Elle s'est collée à moi comme une deuxième peau dès ma naissance et si elle m'a valu mille et un tourments, elle reste mon passeport invisible que mon accent prolonge à chacun de mes propos.
Je garde la mémoire vivace de mes années de prime enfance et de fin d'adolescence. Aussi, nos après midi nostalgie, cadencées par tes souvenirs à une voix, se reflétaient dans l'eau claire de mes propres réminiscences.
Témoins d'un passé merveilleux qui endimanchent de nostalgérie la solitude et patinent de bonheur le regret des jours enfuis!

MON BLOG

PETITS COMMENTAIRES SUR MON BLOG
*Je vous remercie énormément pour cet exposé extraordinaire qui restera un témoin de l'histoire pour les générations futur, vous êtes un enfant de cette Algérie qui aime sa terre natale et merci encore frère
Par Anonyme sur L 'ESPLANADE DE BAB EL OUED de Jean Brune à 13:34
*Merci pour ces précieuses informations. Dommage que la statue de J.Bertagna n'éxiste plus désormais..
Par Sabrina Djouani sur JEROME BERTAGNA  le maire de Bône 

le 28/07/10
*Bravo pour ce témoignage
Par Aschkel sur JERUSALEM, LE DERNIER REMPART le 10/07/10

*De tout coeur avec ce " goy " !!! Une autre "goy "
Par mamie chantal sur AMI D'ISRAEL le 08/07/10

*Lucien took Larry Holmes the distance. Holmes hit Lucien with shots that would have put a lot of other guys down. But Lucien never went down. Holmes was fighting him in front of his hometown crowd and wanted to give the fans a knockout. Lucien never went down. He hung in there till the end. Larry Holmes was bigger than him in every way. Holmes weighed more, was taller, and had a longer reach. But with all the advantages in Holmes' favor, Lucien went the distance like Rocky.
Par Anonyme sur LUCIEN RODRIGUEZ, le "lourd-léger" avant l'heure le 21/06/10

*Bonjour Hubert, Merci pour votre blog ! je fais une recherche historique sur Alger années 1950 à 1960 concernant les publications communautaires; quels étaient les titres de journaux principaux dans lesquels les bans de mariage juif étaient en général publiés ? Par avance merci pour votre réponse ! Carole
Par Anonyme sur SADY REBOT "papa poule de la T.V. français le 16/06/10

*Pas de problèmes. Il faudrait une armée d'écrivains et de blogueurs pour rendre hommage à ces "repères" de notre histoire... Je vais tourner encore les pages de votre site, on y atterrit de temps en temps pour lire des belles choses; l'histoire de la sieste du côté de bab el oued est super! Bonne continuation et bravo pour ce que vous faites pour entretenir la mémoire. Youssef du groupe Yafil
Par youssef sur SAUL DURAND dit MOUZINO "la musique d'hier et d'au... le 11/06/10

*Hubert , vous êtes un poète ! Personne n ' a parlé comme vous de notre pays perdu ... Continuez à nous enchanter . Merci Chantal
Par mamie chantal sur QUELQUES REFLEXIONS SUR LE TEMPS PASSE ET L'AMITIE... le 10/06/10

*Bravo pour cette analyse très juste.
Par expat-spb sur Alan M Dershowitz, professeur à la Harvard Law Sch... le 06/06/10

*Merci pour tous ces clins d ' oeil de bonheur !!
Par mamie chantal sur YAHOLELE ALBERTO STAIFFI le 26/05/10

*Bonjour, savez-vous si des archives de mariages des années 1950 ont pu être conservées ou sauvées ? Par avance merci pour votre réponse, J. Pratt
Par Anonyme sur LES SYNAGOGUES D'ALGER le 25/05/10

*Bonjour, Très honoré que, dans la publication relative à Alain Fabiani, mon Ami et extraordinaire joueur de volley des années 80, vous ayez repris le texte de mon site. Cordialement. Pierre Coquand
Par Pierre COQUAND sur LE VOLLEY BALL DES PIEDS NOIRS "Alain, Fred, Laure... le 23/05/10

*Très bonne idée. retrouver l'Algérie dans son ensemble - social, culturel, cultuel, musical -, c'est un peu une plongée dans une eau trouble mais avec un masque purificateur. Merci
Par Claude Sicsic sur NOUVELLE APPROCHE DU BLOG NOSTALGERIE le 20/05/10

*Je suis une femme, je suis née dans la maison où enrico macias a grandi à constantine et précisemment la casbah vers la prefecture, je suis musulmane, j'ai grandi dans une famille qui a vécu longtemps avec les juifs pendant le colonialisme français en algérie. Je voudrai dire que c'est injuste d'interdire enrico macias fils de constantine et toute sa culture et coutume de visiter son pays natal, vivre son enfance et sa jeunesse la meilleure période de vie chez toute personne je trouve ça injuste car elle est où la différence entre sarkozi et enrico ils sont tous les deux juifs. Du fond du coeur je vous souhaite longue vie monsieur macias et un jour vous pourrez retourner dans votre ville natale ne serait-ce pas une nuit.
Par Anonyme sur ENRICO MACIAS "l'enfant de Constantine" le 18/05/10

*QUE SOMMES NOUS SANS NOTRE PASSE? LE PASSE, CE SONT NOS PARENTS ET TOUS NOS DISPARUS, LES GENS QUE L'ON A AIMES, NOS SOUVENIRS D ENFANCE! ALORS VIVE LE PRESENT MAIS N'OUBLIONS PAS LE PASSE.
Par hubert zakine sur LETTRE ECRITE AVEC LA PLUME DU COEUR le 18/05/10

*Merci à vous tous. j'ai les larmes aux yeux en vous lisant. C 'est vrai qu'il ne faut pas vivre dans le passé, mais sans lui, nous sommes des arbres sans racine et nous ne pouvons pas vivre. amicalement brigitte
Par brigitte sur LETTRE ECRITE AVEC LA PLUME DU COEUR le 18/05/10

*Quel régal d'entendre Robert Castel ! Malheureusement c ' est terminé , on ne la trouve plus ! Aidez - nous en essayant de récuperer au moins l'enregistrement ... Merci infiniment Chantal
Par mamie chantal sur ROBERT CASTEL RACONTE BAB EL OUED le 18/05/10

*Merci infiniment pour tous ces détails ! J 'ai tant utilisé ces tramways et trolleybus pour aller de la Pointe à mon lycée ...J ai appris plein de choses . Merci beaucoup et on en demande encore Amicalement Chantal
Par mamie chantal sur LES TRANSPORTS ALGEROIS le 18/05/10

*algérien d'après l'indépendance et fan du vieil Alger. je trouve votre collection magnifique, à couper le souffle. mille merci.
Par yazid sur * QUELQUES PHOTOS DE NOTRE EPOQUE le 10/05/10

*Dieu seul le sait, peut etre en téléphonant à la SACEM !
Par hubert zakine sur EDDY MARNAY- le parolier de la chanson francaise -... le 04/05/10

elle est très bien cette lettre et surtout la nouvelle présentation plus claires les couleurs continues à enjoliver ce magnifique site Josette
Par Anonyme sur DROIT DU SOL ET DROIT DU SANG le 30/04/10

*Pour sur il écrit bien Hubert. Brigitte si tu vas sur facebook tu pourra trouver bon nombre de groupe pieds noirs et tu pourra avoir des amis. Tu as Union Rapatriés. J'ai ouvert un groupe Pieds Noirs Recettes et tchache. Alors bienvenue à toi. Rassures toi j'ai ma famille Pieds Noirs et pour autant je ne me sens pas chez moi ici. Bises Brigitte ET Hubert, continues à écrire. MERCI (JULIA ANTOINE)
Par Anonyme sur LETTRE ECRITE AVEC LA PLUME DU COEUR le 30/04/10


*Si ce nouveau livre est aussi bon que "ma mère juive d'Algerie",ça en promet.Pour moi ça a ete une vraie joie et émotion. Hubert, continue à écrire,tu nous fais revivre notre enfance, tu nous replonges dans notre paradis perdu et on économise les frais de psy. Maintenant je vais commencer "horizons bleus". Bisous.
CHANTAL TRIGANO.

*Tout à fait par hasard je trouve sur le Net un bel auteur, de belles pages qui vous plairont et même des musiques originales JEAN PIERRE BLANCHE
*Bonjour Hubert,
Merci de votre réponse. Effectivement, il doit bien s'agir de LA PATISSERIE de mon grand-père, dont j'ai toujours entendu dire qu'elle était une des meilleures d'Alger. C'est émouvant, si longtemps après, d'en retrouver quelques souvenirs sur Internet. Vous rappelez-vous du genre de gâteau qu'était ce "russe" dont vous parlez ? je n'en avais jamais entendu parler. Bien amicalement .
-Je découvre votre blog, petit à petit (il y a beaucoup à lire !). Bravo pour votre plume trempée de poésie et d'émotion. Un véritable talent littéraire, sans conteste. J'espère que la diffusion de vos ouvrages ne s'arrête pas à la seule communauté PN.
PIERRE PRAT petit fils du PATISSIER PRAT de l'avenue de la Marne.

*Je viens de terminer les deux livres que nous avions achetés à Rognes et mon fils tu m'as redonné le sourire et le rire. En effet, avec Horizons Bleus j'ai plus d'une fois rigolé de bon coeur en imaginant les situations. Et tous ces films enfouis au fond de notre mémoire et qui ont resurgis. Je ne sais pas comment finira notre Histoire, mais une chose est certaine, ces moments là ils ne pourront pas nous les enlever.
ANDRE ESCOBEDO

*Moi aussi cher Georges je me suis régalée avec le blog d'Hubert Zakine. Pendant tout le temps de la lecture, j'avais l'impression d'être toujours là-bas, avec les bruits, les rigolades, la lumière. Voilà une autre machine à remonter le temps... comme notre Es'mma, que je consulte chaque jour, et parfois même deux fois, pour voir s'il y a de nouveaux messages et Merci à ES'MMA "spécial", mais aussi à Georges LEVY, de m'avoir incité à parcourir le blog d'Hubert ZAKINE. Je ne me suis lassé de lire "ses petites histoires". Que de mots et d'expressions que je n'avais plus entendus depuis... longtemps! "Spardégna", le surnom d'un petit club de fooball, S.A.B.O., dans lequel joua mon jeune frère, André, aujourd'hui malheureusement décédé!
*Il faut vous dire que si je suis né à Guyotville, j'ai été "Bab-el-Ouedien", comme dit Hubert Zakine, de 1927 à 1948. J'ai fréquenté l'Ecole Sigwalt, anciennement rue Rochambeau, avant d'être transférée rue des Messageries, puis le cours complémentaire de l'Ecole Rochambeau, et, pour finir, l'E.P.S. du Bd Guillemin.
Il me tarde de reprendre la lecture des "oeuvres" d'Hubert Zakine, et je vous invite à m'imiter

ALGER










dimanche 30 septembre 2018

TOULON

UNE SOIREE AU MOURILLON

ALGER

PENDANT LA CONSTRUCTION DU GOUVERNEMENT GENERAL



ALGER


lundi 24 septembre 2018

mardi 18 septembre 2018

IL EST PARU


Le Théâtre des Champs Elysées comporte trois salles de spectacle : une grande salle à l’italienne de 1905 places, dédiée à l'opéra et à la musique et deux autres salles  consacrées au théâtre.

L’amour lui donnant des ailes,  Marc n’avait pas lésiné sur les moyens. Une loge située à droite de la scène les hébergea à la grande satisfaction d’Ava qui remercia son hôte d’un ardent baiser.

--Merci mon amour !

Alors que les derniers fauteuils se garnissaient, les lumières se tamisèrent sous les ah d’impatience d’un public acquis à la star américaine. Précédé de quelques morceaux de jazz célébrissimes, Tony Bennett entama « The Shadow of your smile » sous un tonnerre d’applaudissements.  Dès les premières notes, la voix éraillée du crooner enflamma un public qui ne demandait qu’à être conquis.

--Je t’aime ! murmura Ava.

Marc écoutait Tony Bennett mais n’entendait que les battements de son cœur qui lui murmuraient l’hymne à l’amour. Il la regardait, n’avait d’yeux que pour elle, peu importait Tony Bennett, son esprit vagabondait auprès de sa belle. Dans la pénombre de la salle, son visage éclairé d’une lumière orangée semblait baigné d’une grâce infinie. Elle était si belle, si rayonnante qu’il en était bouleversé. Oui, il était en présence d’une fée aux cheveux blonds dont il était fou amoureux. Il savait. Il avait compris qu’il était ce qu’il n’avait jamais été……un amour, une éternité, presqu’irréel, un coup de foudre comme au cinéma……mais là, dans la vraie vie, à n’en croire pas ses yeux, et pourtant, elle était assise à côté de lui, à applaudir son bonheur, à partager ce moment de plaisir. Un bonheur pourtant si fragile…….

Il lui caressa si tendrement la joue qu’elle en fut retournée. Elle lut dans ses yeux tant d’amour qu’elle se pencha vers lui et lui tendit ses lèvres. Alors que Tony Bennett interprétait Smile de Charlie Chaplin, il lui glissa à l’oreille : je t’aimerai toute ma vie…..et même au-delà !

Le spectacle fut à l’image de leur humeur. Tendre et chaleureux. La communion  entre un artiste et son public fut saluée par un tonnerre d’applaudissements et Ava remercia Marc dès la sortie du Théâtre des Champs Elysées.

--Comme je t’aime ! J’ignorais que l’on pouvait aimer autant et je veux perpétuer ce miracle!

--Dissocier  ton amour de mon amour serait nous rendre orphelins l’un de l’autre. Appuya Marc.

Elle se serra tout contre lui, lui caressa le visage où commençait à poindre une barbe  qui plut à Ava.

--Tu serais beau avec une barbe !

--Si tu es câline en rentrant, demain, je ne me rase pas !

--Mais j’en ai bien l’intention, que tu te rases ou non !

Soudain, la petite pluie fine qui tombait sur Paris se transforma en déluge. Marc ôta son imperméable pour protéger Ava de l’averse en l’engageant à presser le pas jusqu’à la voiture. Ils roulèrent sous une véritable barrière de grêle qui obligea Marc à garer sa voiture sous une rangée d’arbres près de la Concorde. C’est le moment que choisit Ava pour retirer son slip avec un sourire délicieux qui invita Marc à se déboutonner pour accueillir une femme prête à tout pour satisfaire son désir.


lundi 10 septembre 2018

Il y a des jours où je regrette d’être née arabe. Fawzia Zouari.

Fawzia Zouari, écrivaine, journaliste tunisienne, docteur en littérature française et comparée de la Sorbonne a publié cet article raz-le-bol dans Jeune Afrique:
"_ Il y a des jours où je regrette d’être née arabe.
Les jours où je me réveille devant le spectacle de gueules hirsutes prêtes à massacrer au nom d’Allah et où je m’endors avec le bruit des explosions diffusées sur fond de versets coraniques.
Les jours où je regarde les cadavres joncher les rues de Bagdad ou de Beyrouth par la faute des kamikazes; où des cheikhs manchots et aveugles s’arrogent le droit d’émettre des fatwas parce qu’ils sont pleins comme des outres de haine et de sang; où je vois des petites filles, les unes courir protéger de leur corps leur mère qu’on lapide, et les autres revêtir la robe de mariée à l’âge de 9 ans.
Et puis ces jours où j’entends des mamans chrétiennes confier en sanglotant que leur progéniture convertie à l’islam refuse de les toucher sous prétexte qu’elles sont impures.
Quand j’entends pleurer ce père musulman parce qu’il ne sait pas pourquoi son garçon est allé se faire tuer en Syrie.
À l’heure où celui-ci parade dans les faubourgs d’Alep, kalachnikov en bandoulière, en attendant de se repaître d’une gamine venue de la banlieue de Tunis ou de Londres, à qui l’on a fait croire que le viol est un laissez-passer pour le paradis.

Ces jours où je vois les Bill Gates dépenser leur argent pour les petits Africains et les François Pinault pour les artistes de leur continent, tandis que les cheikhs du Golfe dilapident leur fortune dans les casinos et les maisons de charme (bordels) et qu’il ne vient pas à l’idée des nababs du Maghreb de penser au chômeur qui crève la faim, au poète qui vit en clandestin, à l’artiste qui n’a pas de quoi s’acheter un pinceau.
Et tous ces croyants qui se prennent pour les inventeurs de la poudre alors qu’ils ne savent pas nouer une cravate, et je ne parle pas de leur incapacité à fabriquer une tablette ou une voiture.
Les mêmes qui dénombrent les miracles de la science dans le Coran et sont dénués du plus petit savoir capable de faire reculer les maladies.
Ces prêcheurs pleins d’arrogance qui vomissent l'Occident, bien qu’ils ne puissent se passer de ses portables, de ses médicaments, de ses progrès en tous genres.
Et la cacophonie de ces "révolutions" qui tombent entre des mains obscurantistes comme le fruit de l’arbre.
Ces islamistes qui parlent de démocratie et n’en croient pas un mot, qui clament le respect des femmes et les traitent en esclaves.

Et ces gourdes qui se voilent et se courbent au lieu de flairer le piège, qui revendiquent le statut de coépouse, de complémentaire, de moins que rien !
Et ces "niqabées" qui, en Europe, prennent un malin plaisir à choquer le bon Gaulois ou le bon Belge comme si c’était une prouesse de sortir en scaphandrier !
Comme si c’était une manière de grandir l’islam que de le présenter dans ses atours les plus rétrogrades.
Ces jours, enfin, où je cherche le salut et ne le trouve nulle part, même pas auprès d’une élite intellectuelle arabe qui sévit sur les antennes et ignore le terrain, qui vitupère le jour et finit dans les bars la nuit, qui parle principes et se vend pour une poignée de dollars, qui fait du bruit et qui ne sert à rien !

Voilà, c’était mon quart d’heure de colère contre les miens...
Souhaitons que l'Occident ouvre les yeux...."

- Fawzia Zouari
Merci à Jean-marc Ziegler

dimanche 9 septembre 2018

LES FETES JUIVES D’AUTOMNE, A ALGER

Par Caroline Elishéva REBOUH
Les derniers jours des grandes vacances, les mères de famille s’empressaient car déjà, elles programmaient les tâches ménagères à faire en prévoyaient tout ce dont elles auraient besoin pour les prochaines solennités juives d’automne : Rosh Hashana, Yom Kippour et Souccoth.
Les familles devraient se réunir autour de festins et il fallait avoir suffisamment de préparations culinaires traditionnelles à offrir aux dégustateurs et surtout en confiseries et pâtisseries qui pourraient être prêtes à l’avance. A l’époque, peu d’entre nous disposaient d’un réfrigérateur.
Les marchés proposaient aux chalands des étals débordants de fruits en tous genres mais les faveurs des ménagères se dirigeaient surtout vers les coings, les patates douces dont la chair était blanche, les figues, les raisins de couleur rosée, les figues.
Les coings étaient choisis avec soin pour être presque sûrs qu’ils n’étaient pas "visités" par d’indésirables vers. Puis, rincés, ils étaient pelés et coupés en quartiers bien que cette opération fût ardue car le fruit est dur. On en ôtait les pépins que l’on réservait à part pour la confiture et la gelée de coings particulièrement appréciée à la fin du jeûne de Kippour !
Les fruits étaient bouillis pour en attendrir la chair de façon qu’après cette opération, le sirop de sucre pénètre la chair du fruit et que le sucre reste clair. C’est lors de cette opération que l’on ajoutait les pépins (trognons de coings) pour que la pectine permette au sirop de se gélifier. Une partie des coings bouillis étaient cuits encore à feu doux et au cours de cette cuisson supplémentaire on ajoutait le sucre par petites quantités tout en remuant pour en faire une pâte de fruits.
Les figues étaient rapidement elles aussi transformées en une confiture de couleur claire et appétissante.
Les raisins : on choisissait une variété qui portait le nom de « bou amar » les grains étaient ronds relativement gros et rosés. Les mamans armaient leurs enfants de plumes neuves (sergent-major) pour épépiner les grains de raisins. Cette confiture était elle aussi d’une teinte rosée et agréable et certaines mères enfermaient dans des compresses neuves les pépins des raisins pour faire de la gelée.
Un peu plus tard apparaîtraient de petites pommes d’un vert très pâle et avec de légères tâches rosées sur les côtés que l’on employait pour le seder de Rosh Hashana et que l’on désignait : pommes kabyles et les petites pêches blanches et roses à chair ferme, tendre et si parfumées qui étaient elles aussi "kabyles" provenant sans doute de Kabylie.
A Alger, pour nous les enfants, toute la période des selihoth passait en silence. ous ne vivions cette saison qu’à travers de petits plaisirs gustatifs tels la barbe à papa, les oublies et d’autres délices.
L’été et à la fin de celui-ci, de petits étals "fleurissaient" aux coins de rue : les yaouleds (enfants ou jeunes adolescents) proposaient des figues de barbarie fraîchement cueillies qu’ils épluchaient avec dextérité et les présentaient sur des feuilles de figuier pour que nos petits doigts ne récoltent pas d’épines. D’autres yaouleds proposaient des épis de maïs grillés que nous dégustions avec plaisir sur les bancs des jardins publics où nous jouions avec nos cousins, voisins, camarades de classe.
De temps à autre, nous nous regroupions autour de petits confiseurs qui nous tentaient avec du sucre coloré de couleurs différentes et qu’ils détaillaient par petits morceaux que nous sucions en les tenant entre nos doigts puis en croquant.
Les marchands d’oublies annonçaient leur passage en agitant des planchettes de bois équipées des deux côtés de poignées de persiennes qui tintaient d’un son sec et mat.
A cette époque on appréciait les gaufres un peu plus épaisses que celles des cornets de glace et enroulées en cônes et empilées dans une sorte de contenant cylindrique d’environ un mètre de hauteur et que le marchand déposait à terre pour servir ses jeunes clients.
Mais les oublies n’étaient pas les seules gaufres prisées : chez Grosoli, glacier apprécié à Alger, les coupes de glace étaient décorées d’un éventail ou d’une cigarette russe en gaufre. La pâtisserie industrielle Bitone commercialisait aussi ce qui s’appelait "gaufrettes amusantes" sur lesquelles on pouvait lire des phrases courtes : "tu as gagné" ou bien "je t’aime".
Lorsque bien des années plus tard nous nous retrouvâmes à Marseille, nous ne pouvions plus retrouver de crèmes glacées comme celles d’Alger : la cassate, le créponné, ni les confiseries telles les beignets italiens ou les olgas de chez Roma, ni la calentita de chez Lux là-bas, à l’Estaque nous achetions des chichis fregi ou des panisses. Ni l’allure ni le goût n’y étaient mais…..
L’activité quotidienne nous semblait beaucoup plus vivante en été étant donné que nous n’avions ni climatiseurs, ni même de ventilateurs et nous laissions nos fenêtres ouvertes pour aérer et nous rafraîchir. C’est ainsi que les cris des artisans parvenaient jusqu’à nos oreilles et que nous nous précipitions au balcon pour voir les vitriers, les rémouleurs, les plombiers proposer leurs services.
Une note de folklore sympathique annonçait les troupes de danseurs noirs en provenance du Sénégal, ils agitaient entre leurs doigts des krakebs (sortes de castagnettes en cuivre). En dansant, ils agitaient des bracelets ornés de grelots attachés à leurs poignets et à leurs chevilles (sorte de ghungroo ou de salangai). Cela nous divertissait et nous leur jetions des piécettes, qu’ils saluaient en effectuant de petits tours sur eux-mêmes en accélérant les sons des krakebs en cuivre. Leur petit groupe satisfait des aumônes recueillies se déplaçaient toujours en dansant vers d’autres habitations qui leur jetteraient encore un peu d’argent.
Un autre petit métier aujourd’hui disparu au profit de machines à pièces : les petits cireurs qui faisaient briller les chaussures des messieurs en échange d’une petite pièce.
Aux abords des marchés, ceux qui avaient envie de satisfaire une petite faim pouvaient le faire en achetant des beignets arabes ou des zlabias, une portion de calentita (sorte de flan à base de farine de pois chiches) ou de la tarte aux blettes (espèce de tarte/pizza garnie de blettes cuisinées).
Les boulangers proposaient chaque jour du pain français, arabe ou espagnol (mahonnais) et, à la veille du shabbat certains d’entre eux fabriquaient du pain « juif » ou aux anis ce qui permettait aux ménagères surchargées surtout à la veille des fêtes de présenter un pain fait "maison".
Cependant, à la veille de Rosh Hashana, de Kippour ou de Souccoth, les maîtresses de maison s’efforçaient de faire elles-mêmes leur boulange en donnant aux haloth des formes différentes : en forme de clé pour la parnassa pour Rosh Hashana, en forme de grosse natte enroulée pour Yom Kippour, et en forme de hallah habituelle pour Souccoth.
Pour Yom Kippour, les familles avaient coutume de commander chez Kader des poulets vivants (des coqs pour les hommes, des poules pour les femmes, et pour une femme enceinte on sacrifiait trois volailles : deux poules et un coq ignorant le sexe de l’enfant à naître. Puis, chaque chef de famille se préoccupait de s’assurer le concours d’un shohet pour effectuer les kapparoth, et d’une ou deux femmes (fatmas) pour plumer et vider les volailles.
Comme je l’ai dit précédemment, chaque famille disposait de ses propres recettes et tous attablés dégustions les spécialités familiales. J’ai pourtant remarqué que la plupart des mets comprenaient des quantités énormes d’oignons.
La veille de kippour les plus grands d’entre nous avaient pour charge d’enfoncer des clous de girofle dans des coings ou des oranges pour nous permettre, en respirant les effluves des épices, de remettre nos sens affaiblis par le jeûne et ainsi, de faire de nombreuses bénédictions sur les bonnes odeurs. Par la suite ces clous de girofle servaient à parfumer les armoires.
Boulevard de Provence, il y avait deux pâtisseries : La Poire d’Or et la Princesse (pas la Princière qui était une autre pâtisserie située rue Michelet) dirigée par Janvier. Ils assuraient que leurs petits fours aux amandes ne contenaient rien d’autre que des œufs des amandes et du sucre, ce qui entraînait les consommateurs à augmenter le choix des pâtisseries maison proposées aux membres de la famille par des petits fours succulents d’un autre genre.
Les pâtisseries célèbres d’Alger étaient : "Fille" rue Bab Azoun, La Princesse et la Princière qui élaborait des chefs d’œuvre ornés de roses en sucre filé.
A l’heure de l’apéritif, on croquait des cacahuètes grillées ou des bliblis (pois chiches grillés) jaunes ou blancs (salés, les roses étant sucrés), on dégustait aussi de grosses olives sévillanes ou des olives maisons, puis, apparurent les olives "crespo".
Pour Yom kippour de nombreux jeunes-gens et jeunes-filles se dirigeaient vers la villa Stora (campagne Stora). Située sur les contre-bas de la colline menant à leur Dame d’Afrique, les jeunes faisaient ainsi des connaissances qui les conduisaient souvent à contracter d’heureux mariages.
Nous nous rendions à Saint Eugène et je dois reconnaître que pour nous, les enfants, le grand jardin nous permettait de nous dépenser et de grignoter nos casse-croûte sans déranger "les grands". Vers 16h00, l’affluence augmentant nous savions que nous devions rejoindre nos parents pour la birkat hakohanim entendre le son du shofar et puis, lentement rentrer à la maison. La veille, nous avions laissé à la synagogue un porte-monnaie avec un peu d’argent pour nous permettre de prendre un autobus et regagner notre foyer.
Souccoth s’annoncer mais, en fait, peu de gens avaient l’opportunité de faire une soucca.
A Marseille, ce fut pire. Mais, il y avait pratiquement toujours une soucca à l’extérieur de la synagogue où nous nous rendions. Ceux qui avaient la possibilité de construire la soucca se confrontaient parfois à des problèmes de syndic d’immeubles qui exigeaient "la remise en l’état dans les huit jours" !!! ce qui nous faisait toujours sourire puisque souccoth dure sept jours .
Caroline Elishéva REBOUH