jeudi 31 décembre 2009

JEROME BERTAGNA " le maire de Bône "


Né à Alger le 12 mai 1843, sa famille s'était fixée à Bône en 1852, alors qu'il n'avait que neuf ans.
Après avoir appartenu pendant quelque temps a l'administration des Ponts et Chaussées, Jérôme Bertagna prit la succession de son père a la mort de celui-ci et entra dans le commerce des farines et, de là, dans la politique
C'est peu de temps après la proclamation de la République qu'il fut appelé à faire partie du conseil municipal, dont il devait être en 1881, le premier adjoint.En février 1888, il succéda comme maire à Prosper Dubourg, qui venait de mourir après avoir occupé ce poste pendant dix années. Jérôme Bertagna devait, à son tour, demeurer quinze ans à la tête de la municipalité de Bône.
Au mois d'août 1903, en une fin de chaude après-midi de dimanche, la nouvelle de la mort de Jérôme Bertagna se répandit dans les cafés et courut par la ville comme le feu sur une traînée de poudre.Le maire de Bône, qui était aussi le président du Conseil général de Constantine depuis de nombreuses années était décédé dans sa villa de Mont-Riant, à Saint-Cloud-les-Plages, tout près de l'embouchure de l’Oued-Kouba.Le nom de Jérôme Bertagna restera lié à la transformation du port de Bône, on pourrait presque dire, à la création du port de Bône, car cet organe essentiel de la prospérité économique du pays se trouvait jusqu'alors confiné dans les limites de la petite darse, au bas du Cours. L'agrandissement du port est son œuvre exclusive, bien qu'il ne fût encore que premier adjoint au maire lorsqu'elle fut entreprise.

Jérôme Bertagna pensait avant tout à l'avenir de la ville qu'il administrait. Il usait en toute occasion de son influence et de son autorité qui étaient reconnues, pour drainer vers Bône la plus grande partie possible des disponibilités financières de l'Algérie. C'est dans cet esprit que fut érigée en 1907, quatre années après sa mort, la monumentale statue qui domine notre Cours, lequel à partir de cet événement a changé de nom pour la troisième fois, pour devenir le "Cours J.- Bertagna" après avoir été successivement 'Les Allées" et le "Cours National".
Basilique de Saint Augustin à HipponeLe monument reposait entièrement sur la partie gagnée sur la chaussée. Il était placé sur le chemin que suivait chaque jour l'ancien maire pour aller des bureaux de sa maison de commerce, située au 29 de la rue Mesmer à l'hôtel de ville.Jérôme Bertagna passait en effet régulièrement entre le théâtre et le café Saint-Martin, rendez-vous officiel de tous ses partisans et amis.Le sculpteur Sicard a fait un monument grandiose où les traits et la stature de Jérôme Bertagna sont fidèlement reproduits dans le bronze.. Il fut solennellement inauguré en avril 1907, par une hargneuse journée pluvieuse sous un ciel infiniment bas, gris et triste. C'est le gouverneur général Célestin Jonnart qui vint lui-même présider la cérémonie, au milieu d'une foule innombrable.Comme tous les hommes d'action, Jérôme Bertagna avait eu naturellement de nombreux adversaires et des contempteurs sournois et bien souvent anonymes, qui ne désarmèrent point après sa mort.Jérôme Bertagna faisait partie désormais de la religion de Bône. Son culte à lui avait été le port qui, à ses yeux, constituait tout l'intérêt qu'on devait attacher à la ville;Cette vocation de la cité, il l'avait fixée lui-même, dans le cartouche en fer forgé qui orne chacun des deux battants de la grande porte de l'hôtel de ville, où l’on voit la lettre "B", initiale de la ville, traversée de haut en bas, par une ancre, symbole du port et symbole de l'espérance.

GEORGES CRAVENNE ' l'inventeur des César '


Georges Cravenne, né Joseph Raoul Cohen, le 24 janvier 1914 à Kairouan (Tunisie), mort le 10 janvier 2009 (94 ans) à Paris, est un producteur et publicitaire français. Il est le créateur des César du cinéma.
Georges Cravenne est né le 24 janvier 1914 à Kairouan (Tunisie).
Clapman sur un le tournage d'un film de Fernandel en 1934, il débute sa carrière dans le journalisme en 1935 comme critique à la revue Ciné-Magazine dirigé par Marcel Carné, puis en créant et dirigeant la rubrique cinéma du quotidien Paris-Soir. Il participe alors, en 1937, à la création du Prix Louis-Delluc. Parvenant à échapper à la Gestapo durant ses années de Résistance, il participe à la réouverture du Lido en 1946 et écrit pour L'Intransigeant en 1947.
Pionnier français des
relations publiques, il ouvre son agence en 1948 et devient l'attaché de presse des grands réalisateurs et acteurs français tels que Jean Renoir, Max Ophuls, Henri-Georges Clouzot, Gérard Oury, Brigitte Bardot, et des grands films français des décennies 1950 à 1970 mais aussi du Parrain. Il célèbre la sortie des films par de grandes fêtes qui réunissent le Tout-Paris, et se fait remarquer en organisant des coups médiatiques, tel l'inauguration de l'escalier mécanique du Grand Rex en 1957 par Gary Cooper ou le concert de Maria Callas peu après le scandale de son annulation de Norma à l'Opéra de Rome en janvier 1958. En 1956, il épouse l'actrice Françoise Arnoul, rencontrée deux ans plus tôt, et dont il se sépare en 1964.

Après avoir fondé l'Académie des arts et techniques du cinéma en
1975, dont il est secrétaire général pendant 30 ans, il cherche à monter un événement similaire aux Oscars de Hollywood. La cérémonie prend le nom du sculpteur qui réalise des trophées : les César du cinéma dont la première édition se tient en 1976. Il accompagne ensuite la naissance des cérémonies des 7 d'or et des Molières.
En
1980, il touche à la production avec Pile ou face de Robert Enrico.
Il a reçu un
César d'honneur en 2000. Élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur en juillet 2008, il était également commandeur des Arts et des Lettres et dans l'ordre national du Mérite.
Georges Cravenne meurt à 94 ans. Il est inhumé le 14 janvier 2009 au
cimetière du Montparnasse (21e division) où plusieurs personnalités assistent à la cérémonie.

Georges Cravenne : l’inventeur des Césars
Georges Cravenne, de son vrai nom Joseph Raoul Cohen est né le 24 janvier 1914 en Tunisie. Arrivé en France, il s’essaye au métier de journaliste cinématographique. Il voue une véritable passion au cinéma français et crée en 1975 l’Académie des arts et techniques du cinéma. Obsédé depuis l’âge de 13 ans par les cérémonies des Oscars à Hollywood, il décide de créer l’équivalence en France. Il décerne dès l’année suivante les Césars pour le meilleur film, meilleur acteur, meilleur producteur...C’est aussi Georges Cravenne qui est à l’origine des premiers Molières du théâtre.
Considéré comme le pionner de la relation publique en France, Georges Cravenne est une figure marquante du cinéma français. Le président Nicolas Sarkozy l’a élevé, l’année dernière au rang de Grand Officier de la Légion d’Honneur. L’Académie des arts et techniques lui rendra hommage lors de la trente quatrième cérémonie des Césars. Elle est prévue pour le 27 février prochain au théâtre du Châtelet et sera présidée par Charlotte Gainsbourg.
« Les Césars est la chose la plus importante que j’ai réalisée, le don que j’aurai fait à la profession ». Georges Cravenne

XAVIER IACONO - la passion de l'histoire de l'Algérie -


Né le 28 mars 1912 à Alger Belcourt, Xavier Yacono s'est éteint le 4 octobre 1990 à l'hôpital Mignot au Chesnay, près de Versailles, après une longue série de maladies diverses qui avaient fini par le priver de l'une de ses raisons de vivre, la recherche historique.
Dès son plus jeune âge, ses maîtres, découvrant en lui un élève de qualité, l'orientent systématiquement vers l'enseignement dont le prestige, à cette époque, exerce un attrait réel. II entre à l'Ecole normale d'Alger-Bouzaréah en 1928, en sort en 1932, pour entrer à l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. De retour à Alger, il obtient avec aisance son diplôme d'études supérieures. C'est la voie qui mène à l'agrégation. Pourtant, une santé déjà fragile le contraint à y renoncer sur insistance médicale. L'enseignement du second degré l'accueille donc successivement à Boufarik, Orléansville, Maison Carrée, Alger. D'emblée, son auditoire est séduit par sa clarté et son habileté à faire revivre le passé historique. Mais, le métier ne suffit pas à absorber toute son activité et, pendant douze ans, il se consacre à ses deux thèses de doctorat d'Etat : Les Bureaux arabes, l'évolution des genres de vie des Indigènes dans l'ouest du Tell. Paris. Laroche. 1953, étude approfondie qui décrit, à côté d'une fonction purement militaire, l'influence exercée par certains officiers de valeur, sur l'administration, la santé, l'instruction même, d'une population ankylosée depuis plusieurs siècles dans une situation moyenâgeuse ; la colonisation des plaines du Chélif. Alger. 1955, en deux volumes, où se conjuguent l'esprit d'analyse et l'esprit de synthèse.
Ces deux thèses lui ouvrent l'accès à l'Université d'Alger, puis, après l'exil de 1962, à l'Université de Toulouse, sur des chaires spécialisées d'Histoire de la colonisation. Entre temps, il publie dans la Revue africaine, en 1954, une étude intitulée " Peut-on évaluer la population de l'Algérie en 1830 ? ", qui prend un caractère quasi mathématique puisqu'elle doit extrapoler vers une période dépourvue de tout recensement. II y répond par le chiffre de 3 millions, avec une approximation raisonnable. Auprès des 8,5 millions de musulmans de l'époque, ce chiffre attire l'attention sur ce " syndrome démographique " qui pèsera sur la destinée de l'Algérie française, aussi bien que sur celle de l'Algérie indépendante et probablement sur le traitement des problèmes d'immigration et d'intégration en France.
A Alger comme à Toulouse les amphithéâtres de Yacono sont bondés. Aussi fait-il paraître une sorte de synthèse de ses cours : Histoire de la colonisation française. Paris. P U F, 3e édition 1979. Les étapes de la décolonisation françaises. Paris PUF 3e édition 1982.
L'an dernier, en 1989, il publie un ouvrage très vite remarqué : De Gaulle et le F.L.N. 1958-1962. L'échec dune politique et ses prolongements. Versailles. L'Atlanthrope. 1989. II y donne la mesure d'une objectivité poussée à l'extrême, sur un sujet encombré par des déclarations et supputations contradictoires propres à réfracter l'opinion publique dans des directions opposées. Fidèle à son attitude positiviste, il ne prend appui que sur des faits non réfutables répartis dans une bibliographie de 70 titres, ce qui lui vaut les félicitations du ministre Jacques Soustelle, en particulier.
Membre de l'Académie des Sciences d'outre-mer, il y présente des analyses d'ouvrages historiques, avec le même souci de précision et d'impartialité. De nombreuses revues ont diffusé ses textes.

mercredi 30 décembre 2009

LA LANGUE DE CHEZ NOUS -6-

LE SQUARE GUILLEMIN EN 1950. JE ME SOUVIENS AVOIR JOUE AUTOUR ET SUR L'ESPECE DE MAUSOLEE EN BAS ET A DROITE DE LA PHOTO MAIS J'AVAIS SIX ANS ET JE NE SAIS PAS CE QU'IL REPRESENTAIT NI POUR QUELLE RAISON IL A ETE DEMOLI. JE SUIS PRENEUR DE TOUT RENSEIGNEMENT. hubertdalger@hotmail.com -MERCI-


BI-CITRON : les pathos y z’appellent ça un diabolo-citron. N’importe quoi !

BILLAGATE : Y avait les billes de pauvres et les billagates avec plein de desseins dedans et qu’elles coûtaient plus cher. Des billes en agathe quoi !

BLAOUETTE : un poisson de chez nous que les pathos y nomment, zarmah, des mulets !Qué des mulets !
« A Bab-blaouète, on pêche des blaouète qu’on mange en tapant l’anisette avec des pataouètes ! »

BLI BLI :
Ce pois chiche on le mange grillé nature quand on est pauvre ou en technicolor quand c’est la fête (un mariage, une communion ou une naissance) On le trempe, alors, dans un sucre vanillé bleu ou rose et on se prend pour Cecil B. De Mille (ou trois mille comme tu veux, tu choises !)

BLOC :
Un bloc c’était la fille qu’elle avait des bosses et des creux partout où y fallait. Même que les gobieux,y z’en pouvaient plus ! C’était un mèlange de Gina Lollo-brigida, Silvana Pampanini et Jayne Mansfield avec en plus un zeste de Sophia Loren. Et ouais, y faut en laisser pour les autres.

BLOFFE – BLOFFEUR :
Le bloffeur, tout il a fait et tout y sait faire.C’est surtout un menteur comme un arracheur de dents.
Le bloffe, comme on est pas des américains alors on dit c’est le bloffe au lieu de bluff.

B.N.C.I. :
Les meilleurs volleyeurs de France c’était nous autres. L’A.S.MAIRIE d’ALGER, le G.S.A.HYDRA et la B.N.C.I. ALGER , qui c’est les plus forts (avec le P.U.C). Et les petits pieds noirs (et même les grands) les tennis blancs, on les appelait des « B.N.C.I..

lundi 28 décembre 2009

LA LANGUE DE CHEZ NOUS -5-

BESSARAH :
Plusieurs sens pour ce mot
Sens obligatoire : quand tch’as bien mangé, cha,cha, tu rôtes et tout le monde y dit bessarah, l’air de dire que ça te profite bien.
Sens giratoire : quand quelqu’un il achète une assiette, un fourneau,une chaussure (si ties manchot d’un pied) ou c’qu'y veut, j’m’en fous c'est pas moi qui paye, tous les jaloux y lui mettent les yeux en disant "bessarah", la chance que tch'as! Ma parole, mieux y dit "cinq dans tes yeux", c'est un conseil d'ami!


BIEN BIEN : Nous autres on était pas avares de mots. Alors on repétait deux fois au lieu qu’une pour se faire bien comprendre.
--« cuila je lui ai donné une tannée, bien bien !

BEZEF : C’est un mot arabe qui veut dire beaucoup mais nous autres, on préférait dire la tonne, c’est plus explicatif !

BADJOK : Une autre forme de babao, plus r'mar que le brèle du quartier.

BIBERINE : Poudre blanche qu’elle avait rien de la cocaïne mais qu’elle était parfumée et acidulée qu’on se morfalait avec une paille dans un sachet. Même que des fois, la paille elle était en réglisse. Purée, c’était bon !Mais nous autres, on aimait les sens interdits:

--"Tu pars pas en bli bli, tu pars en bibérine! Babao que tch'es!"

BALLON : La femme, elle avait le ballon sans jouer au football mais en jouant avec son mari un jeu interdit aux moins de 16 ans. Alors, obligé, pendant neuf mois, elle avait le ballon. Elle était enceinte. Tout y faut vous expliquer, alors. Vous voulez qu’je vous fasse un dessin. Et puis quoi encore !

BICHELAOUERE : Doublement laouère pace qu’en plus qu’il était laouère, il était larmah ! C’était un pataouète que ses yeux y se croisaient les bras.

BIZOUTCHE : Encore un guitche qui regarde de travers sans le faire exprès parce que ses yeux y sont fâchés. Un y mate l’agent de police et l’autre y joue à cinq vingt-cinq.

A SUIVRE...........

dimanche 27 décembre 2009

VICTOR YOUNG PEREZ - de Tunis à Auschvwitz -


Le tragique destin d'un "titi" juif tunisien 1911-1945. Le destin flamboyant et tragique du plus jeune champion du monde de boxe de tous les temps.
Il remporta le titre de champion de France poids mouche contre Valentin Angelman dans une salle Wagram bondée, et devint du jour au lendemain une gloire médiatique en France et en Tunisie. Celle-ci atteignit des sommets lorsque peu de temps après, en octobre 1931 il enleva le titre de champion du monde par KO. à l’américain Frankie Genaro tenant du titre, devant 16 000 spectateurs en délire, au Palais des Sports de Paris. Déclenchant une liesse populaire sans précédent dans tout Tunis, cette victoire en fit une figure incontournable du Tout-Paris. Il avait à peine 20 ans ! Le destin de Young Perez se termina à Auschwitz car il comprit trop tard. Dans le Tunis ensoleillé de 1924, Victor Perez est plus assidu au jeu de billes qu'à l'école. L'idée de devenir boxeur et champion l'habite totalement. Au sein de la communauté juive, ses propos choquent : un Juif, boxeur ?! Néanmoins, le petit rétif, souple et agile promeneur de Tunis, aime suivre les cours d'hébreu du compréhensif rabbin Choua. Il écoute aussi les anciens lui parler d'un passé de guerre 14-18 où tel Cuckzinski, venu de Pologne, combattit pour la France et que Perez rencontrera…à Auschwitz. La mère de Perez, toute de tradition, de piété et de superstition, ne comprend pas son fils qui s'est choisi un prénom américain pour forcer la chance. et parce que c'est la mode. Pour elle, faire du sport est un loisir de riche. Pas un travail ! Et pourtant, sa première victoire rapporte de l'argent à Young Perez à quoi s'ajoute l'amour de son amie Poupette et une promenade triomphale dans Tunis dont l'auteur utilise toute la saveur de terroir pour pimenter heureusement son récit avant de suivre le jeune apprenti champion dans la métropole où il parvient avec l'aide de ses copains, celle de la camaraderie des Tunes parisiens riches de leur réussite et la férule exigeante de son entraineur. Néanmoins, il éprouve régulièrement le besoin de retourner dans ses pénates comme s'il y puisait son énergie. En 1931, devenu champion de France des poids mouche, il est fêté et tombe amoureux de Mireille Balin à la poursuite de son propre vedettariat et que l'auteur semble mépriser à juste titre. La France du futur Vichy s'annonce sans douceur. Dès 34, les combats livrés par Perez deviennent symboliques des batailles contre l'extrême-droite xénophobe et antisémite sur fond d'affaire Stavisky. La situation se tend d'autant plus que les réfugiés, chassés et fuyant l'Allemagne hitlérienne, affluent. Quant à Mireille Balin, elle avait tourné plus que les yeux vers son partenaire Tino Rossi et un nationalisme frileux augurant de la mentalité collabo. Combats perdus, recyclage malheureux dans les affaires: à court d'argent, Perez accepte un combat à Berlin et y arrive le 9 novembre 1938 pour découvrir une ville maculée de croix gammées et dont le sol est jonché du résultat de la Kristallnacht. En 40, toujours hésitant à quitter Paris, il se retrouve sur les routes de l'exode, puis, fiché … Dénoncé, le voici à Drancy d'où on le met dans le train le 9 octobre 43. A Auschwitz, obligé de livrer un ultime match de boxe, il va s'acheminer petit à petit vers le néant où la longue marche de janvier 45 le précipitera avec une rafale de fusil. Victor Young Perez (1911-1945) - Champion de monde de boxe poids "mouche" en octobre 1931

CHRISTIAN VEBEL - l'arme des mots -

Christian Vebel est Né le 12 janvier 1911 à Bougie (Algérie)

A LIRE ET A RELIRE
Un être humain, voyez-vous, est une bien petite chose, perdue dans l'humanité. Un individu, pour vivre heureux, a besoin de s'accrocher à des êtres semblables à lui. C'est bien pourquoi il existe la famille et la patrie. Certes, le monde de notre planète est peuplé de frères, mais j'avoue qu'un Lapon me semble un parent bien lointain. Je me sens Européen par raison, et parce que je souhaite l'abolition des guerres...
Mais... Mais comment se fait-il que d'incontestables Français ne vibrent profondément qu'en retrouvant un Breton s'ils sont de Quimper, un Corse s'ils sont d'Ajaccio, un Lillois s'ils sont du Nord, ou un Bordelais s'ils sont nés en Guyenne ?
C'est qu'on est bien à l'aise qu'avec des gens ayant les mêmes habitudes que soi, s'éclairant au même soleil, buvant les mêmes boissons, et se nourrissant des mêmes cuisines. Vous voyez peut-être où je veux en venir...
Pauvres Français d'Algérie, cruellement arrachés à la province natale bâtie par leurs ancêtres, et dans laquelle ils ne retourneront jamais, parce que tout ce qu'ils y avaient édifié s'est écroulé le jour de leur départ !
Je souris - tristement - en me souvenant de ces associations qui pullulaient en Algérie : " Les Corses d'Oran ", " Les Parisiens d'Alger ", " Les Gascons de Constantine " ! C'était un jeu charmant, prétexte à réunions joyeuses, à sauteries et à banquets... Ah ! comme on était fier de se réclamer de Paname, de Toulouse ou de Bastia !
Ils ne se doutaient guère, alors, ces Parisiens, ces Corses, ces Gascons, que rejetés brusquement dans la métropole de leurs ancêtres, ils s'y sentiraient presque étrangers parce qu'ils étaient avant tout des Français Pieds-Noirs.
Aujourd'hui; ils cherchent fébrilement à retrouver leurs compatriotes et l'on ne serait pas surpris de voir éclore à l'inverse d'autrefois des sociétés appelées " Les Oranais de Nice ", " Les Constantinois de Strasbourg ", ou " Les Algérois de Paris " !
Ces associations d'ailleurs exîstent dans une forme plus large. Et puis il y a les cafés pieds-noirs, les restaurants pieds-noirs où des petits centres se forment, des groupes d'habitués se constituent. J'y vais souvent boire l'anisette ou manger un plat de chez-nous-zotres.
L'odeur d'anis me transporte miraculeusement rue d'Isly, boulevard d'Alsace-Lorraine ou place de la Brèche... Les accents me font chaud à l'oreille et au coeur... Ah ! elle se retrouve bien là, notre Algérie, car les Pieds-Noirs l'ont emportée tout entière ! De l'autre côté de la mer, je crains qu'il n'en reste qu'un misérable cadavre.
Ce qui est touchant c'est que ces petits clubs pieds-noirs ne sont point fermés. Des métropolitains s'y agglomèrent, charmés par une atmosphère qu'ils découvrent... un peu tard, hélas ! Le couscous, à peu près inconnu à Paris il y a vingt ans, est devenu plat à la mode. Après CENT TRENTE ANNEES de labeur, c'est tout ce qui nous reste de l'Algérie. Au moins, profitons-en !
Ils ont du reste bon appétit, les Rapatriés, comme ils ont bonne santé et bon courage. Oserai-je ajouter : bonne gaieté ?
Jamais on ne rendra assez grand hommage à la manière dont ils ont fait leur rétablissement. Imaginez seulement, Monsieur Dupont (de Neuilly), Monsieur Durand (de Grenoble), Monsieur Duval (de Rennes), qu'un beau matin on vous annonce : votre boutique n'est plus à vous ; votre cinéma est nationalisé ; votre terre ne vous appartient plus. Imaginez qu'après cela on vous rende la vie tellement impossible à Rennes, à Grenoble, à Neuilly, que vous soyez contraint de partir en abandonnant tout ce que vous avez gagné, tout ce qui vous était cher, tout ce qui constituait votre vie...
Que feriez-vous alors, Messieurs Dupont, Durand et Duval ? Vous suiciderez-vous ou trépasseriez-vous de chagrin ? Peut-être trouveriez-vous au fond de votre âme une énergie du désespoir qui vous permettrait. de reprendre la vie à zéro.
C'est cela que les Pieds-Noirs ont fait. Seule solution noble, sans doute, mais courage devant lequel ceux qui n'ont jamais quitté leurs pantoufles doivent s'incliner avec beaucoup de respect.
Les mois ont passé. Des enfants de Cagayous sont déjà nés sur le sol métropolitain, et bientôt Bab-El-Oued ne sera pour cette génération qu'une vieille légende. Leurs parents leur parleront d'Alger comme jadis les premiers colons alsaciens parlaient de Colmar à leurs rejetons de la Mitidja. Mais la famille pieds-noirs demeurera longtemps unie, malgré sa maison détruite. C'est avec émotion que je vous le présente, puisqu'on m'a fait l'honneur de m'en charger.
A chaque ligne correspond un coeur qui bat sur la terre de France. Et tous ces coeurs réunis forment le grand coeur fidèle de notre Algérie bien-aimée.
FELLAGHA
Quand ma pensée s'en va vers l'Afrique du NordJe me sens tout à coup bourrelé de remords.Que l'Algérie soit une province françaiseC'est évident bien sûr... bien qu'à tous ça ne plaise.Que des hommes aient fait, d'un bled qui n'était rienCe beau pays algérien,Nul ne peut dire le contraire...Ces gens-là étaient nos grand-pères.Seulement, ces temps-ci, il faut compter là-basAvec un mécontent... un certain fellagha.Et, petit fellagha, c'est à toi que je pense,En voyant ta rancune à l'égard de la FranceJ'ai beaucoup réfléchi, et ma méditationMe décide à venir te demander pardon.Oui, pardon fellagha, pardon pour mon grand-père
Qui vint tracer la route et labourer la terre.Il est tombé chez toi et a tout chamboulé :Où poussaient des cailloux, il a foutu du blé,Et mettant après ça le comble dans l'ignoble,Où poussaient des cactus il a fait un vignoble!Pardon cher petit fellagha.Oh pardon, pour tous ses dégâts.
Et mon affreux grand-père, il faut qu'on le confesse,N'était pas seul de son espèce.Ces autres scélérats ont bâti des cités.Par surcroît de férocitéIls y ont installé l'eau, l'électricitéEt tu n'en voulais pas, c'est la claire évidence,Puisqu'avant qu'arrive la FranceTu n'avais, en dehors de la casbah d'Alger,Que la tente ou bien le gourbi pour te loger,
Et que tu t'éclairais à l'huile.Nos maisons, mais bien sûr, pour toi c'était la tuileEt l'électricité, là encor, soyons francs,Tu ne demandais pas qu'on te mette au courant.Tu t'es habitué à ces choses infâmes,Mais à regret, la mort dans l'âme...Stoïquement d'ailleurs ; supportant ces malheurs,Avec courage et bonne humeur.Même tu engraissais, mais de mauvaise graisse,Car tu prenais le car : une invention traîtresse...Ce même car que, pris d'un délire divinTu devais, un beau jour pousser dans les ravins.
Je comprends ta rancœur, je comprends ta colère.Tu n'es pas au niveau des Arabes du Caire ;Tu gagnes et vis mieux qu'un fellah égyptien !A quoi Nasser ?... Nasser à rien.Nous avons massacré tes lions, tes panthères,Nous avons asséché tes marais millénaires,Les moustiques sont morts... les poux... de profundis !Nous avons tout tué, jusqu'à la syphilis.Ah ! pardon fellagha, pour de pareils carnages.Nous avons fait tout ça... C'est bougrement dommage.
Car si d'autres Idiots l'avaient fait, inspirés,C'est nous qui, maintenant viendrions " libérer "Et bouffer les marrons cuits par ces imbéciles.Ç'aurait été moins long... et beaucoup plus facile.
Bien pardon, fellagha, de t'avoir mieux nourri ;De t'avoir vacciné pour le béribéri,Et d'avoir, à tes pieds nus, mis, ô maladresse,Ces souliers... dont tu voudrais nous botter les fesses

HUBERT FERRER du CCBEO au Tour de France -


Né en 1937 à Alger, Hubert Ferrer a débuté dans le cyclisme en 1954, au S.C.U.El Biar. Il se fait vite remarquer par des places de 2e au Premier pas Dunlop régional et au championnat de France Débutants à Strasbourg.
Licencié au C.C.Bab El Oued de 1956 à 1959, il remporte plusieurs classiques en Algérie, dont deux championnats d'Alger sur route et un autre de poursuite.
Son succès spectaculaire au championnat de France militaire à Alger en 1959 attire l'attention de Louison et Jean Bobet, qui lui font signer son premier contrat professionnel chez Mercier. Il sera ainsi le coéquipier de Poulidor jusqu'en 63, avant d'être celui de Jansen chez Pelforth (1964-66). Il terminera sa carrière en 1967 chez Mercier.
Hubert Ferrer a participé à quatre Tours de France (victoire par équipes en 64) et un Tour d'Espagne, ainsi qu'à toutes les grandes classiques internationales (dont Paris-Roubaix, Paris-Bruxelles et le Tour de Lombardie). Il compte 17 victoires chez les pros.
Après sa retraite sportive, il a fait carrière dans l'automobile (directeur commercial Peugeot pour les Pyrénées-Orientales et professeur de commerce auto dans un lycée professionnel de Perpignan).

jeudi 24 décembre 2009

MARCELLO FABRI "ARTISTE A TOUT BIEN FAIRE "





Ami de son compatriote, le peintre Augustin Ferrando,(1880-1957) avec lequel, il va planter son chevalet dans la campagne algéroise Il part à Paris en 1909 et y passera deux années, il compte parmi ses amis: le compositeur Charles Berlandier, le sculpteur Emile Gaudissard, (1872-1956), l'écrivain Robert Migot, Jean Pomier un des fondateurs du courant Algérianisme et Directeur de la revueAfrique, le peintre André Thomas Rouault, (1899-1949), les poètes Alfred Rousse et Albert Tustes.
En 1915, il épouse Geneviève Germain, musicienne et femme de lettres ayant pour nom de plume : Jacques Duvaldizier, ils auront ensemnle deux garçons: Gérard et Marcel-Henri(Mario) qui deviendra compositeur de musique.Ils s'installent à Paris en 1919 et Marcello fonde : La Revue de l'Epoque.
A la fin de 1937, il est à l'initiative de la fondation , à travers sa revue L'Age Nouveau du Prix de Poèsie que va décerner l'Académie Mallarmé en 1938. Cette revue littéraire fait une grande place aux idées philosophiques et aux préoccupations sociales du temps, y écrivent entre autres: Jean Catulle-Mendés, Valéry, Alfred Villot. Rentré à Alger à la fin du mois d'Août 1939, il doit par la force des choses exploiter un domaine pour faire face au quotidien.Il a toujours gardé le contact avec ses amis de Paris: Paul Achard, Alexandre Ballot, Georges Marcello Fabri, né Marcel Louis Faivre le 17 juin
1889 à Miliana, Duhamel etc.
Il décéde le 28 Décembre 1945, dans sa villa du Mont Hydra, des suites d'une hémorragie cérébrale. Son épouse contibuera à faire connaître, éditer et rééditer son oeuvre jusqu'à son décès.
Son tombeau en lave fut sculpté par son ami
Paul Cognasse, en taille directe à Alger. En 2001 une Association a été fondée pour promouvoir et faire connaître son oeuvre

mercredi 23 décembre 2009

TCHALEFS D UN ENFANT DE BAB EL OUED - 6 -

LA HONTE DANS LA RUE THUILLIER

Purée, les femmes de la rue Thuillier, elles en sont pas encore revenues. Les femmes et tout le quartier du reste.
Le quartier y se remettait à peine de l’explosion de la strouga qui avait dévasté Alger Républicain, le journal des «communistes». Remarquez les guillemets (comprenne qui pourra !).
Le Centre Jeunesse de la générale Massu y commençait à peine à se mettre en place. Cette grande dame, elle s’occupait des enfants que le F.L.N il avait morflé l’œil à leurs parents. Alors, obligé, les petits y z’étaient devenus des orphelins qui trainaient dans les rues de la casbah et ça faisait mauvais effet. Comment la France « grande, belle et généreuse », elle pouvait tolérer cela. Non mais ! Remarquez de nouveau les guillemets (ch’uis sûr que tout le monde, il a compris, ou sinon y faut qu’y revisitent l’Histoire avec un grand H).
Alors, pour revenir au quartier, avec tous les morceaux de tôle du rideau de Alger Républicain qui avaient valdingué jusqu’au jardin Guillemin, tout le monde y s’était donné la main pour taper le grand nettoyage de Pâques comme si on recevait la Reine d’Angleterre. Et les trottoirs y brillaient comme un sou neuf (tain, cette expression. Pourquoi un sou et pas une liasse de billets, va lui dire !) La rue elle était toute pomponnée comme si que le lendemain, elle se mariait avec la mer, même que le soleil c’était le garçon d’honneur, avec plein de you you et tout, et tout (je raconte n’importe quoi hein !). Nous, les enfants, presqu’on marche sur des œufs tellement on a peur de salir. Y nous reste que l’avenue de la Bouzaréah ou le jardin Guillemin pour taper la promenade. Toute la journée, elle se passe dans la joie et la bonne humeur, surtout que les frères et les sœurs de ma mère y se sont rappliqués et la fiesta bohémienne de Luis Mariano à côté d’une fête à la maison, c’est un enterrement. Le soir, tout le monde y rentre chez lui, qui à l’avenue Malakoff, qui à la rue Marengo, qui avenue de la Marne. Seulement, y faut descendre les ordures. C’est à celui qui subitement, il aurait mal à un trou qui fait de l’air. On va pas se la faire à la courte-paille, quand même ? Alors, mon frère ainé, le Géo-Trouvetout de la famille, le général en chef de nous autres, il a une idée lumineuse : on va descendre les ordures par la corde du balcon. Cuila qui est pas de Bab El Oued y peut pas connaître à quoi elle sert la corde du balcon. Comme on est des fainéants, on a trouvé l’astuce qu’elle aurait dû être primée au concours Lépine de l’époque. Les mères, elles dérangeaient toujours les garçons qui étaient occupés à disputer le match du siècle et les filles à se raconter des choses qui les garçons y fallait pas qu’ils écoutent. Elles faisaient, alors, descendre la corde du balcon, illico presto on achetait ça qu’elles voulaient, on le mettait dans le panier qui était attaché à la corde et hop, elles le remontaient. Et voilà le travail, mon z’ami ! Seulement on savait pas qu’on était des badjejs.
Et pourtant mon frère, le général en chef, il avait pensé à tout. Il avait pas fait une règle de trois mais c’est tout comme. Il a laissé à personne le soin de nouer la corde au bidon d’ordures et ce qui devait arriver, arriva. Badaboum ! Le nœud y se défait et toutes les ordures elles se répandent dans la rue Thuillier. La rigolade, j’vous dis pas. Le général en chef, il assume belmot
(ça veut dire un chouïa). C’est d’la faute à pas d’chance. Tout le monde aux balcons. On dirait une répétition générale des ti-ti-ti-ta-ta qui viendront plus tard quand notre malheur y sera consommé.
Le quartier, il a pas sommeil. Tout le monde en bas la rue, y recommencent le nettoyage de Pâques ou de la Trinité. Le rire en bandoulière, les voisins y se moquent du général en chef qui donne ses ordres aux nettoyeurs de la rue. On dirait Blanchette l’arroseur des rues sauf que Blanchette, sa peau elle est noire comme celle du négro d’Afric-film qui roule ses gros yeux avant les réclames au cinéma. Reusement, que la bonne humeur elle fait partie des qualités de nous z’otres, sans ça, des suicides y en aurait eu à la pelle. La pelle dans les mains du général en chef, elle passe de main en main mais pas dans celle de mon frère qui veut pas se salir son beau pyjama à rayures. Et le rire sur toutes les lèvres mais pas sur celles du général en chef l'objet de toutes les plaisnteries qu'à force, à force, mon frère, raïeb, il a pas demandé son reste et il est monté en catamini à la maison.
Quand la rue elle a eu sommeil, on est tous allés se coucher, heureux de cette belle journée, passée à rigoler de tout et de rien comme de grands enfants qu’on était et qu’on est restés malgré la bourrasque de l’indépendance.

FIN

mardi 22 décembre 2009

FRANCOISE FABIAN "élégante et mystérieuse"

Née Michèle Cortès De Leon y Fabianera le 10 mai 1933 à Alger, d'un père espagnol et d'une mère polonaise, Françoise Fabian, après avoir effectué ses études au lycée Fromentin, s'inscrit au Conservatoire, où elle étudie le piano et l'harmonie. Mais après s'être destinée à la musique, elle opte pour une carrière de comédienne, s'établit à Paris et suit des cours au Conservatoire et chez René Simon. Elle fait ses débuts en 1954 au théâtre de la Madeleine dans "Le pirate". Un an plus tard, elle fait ses premiers pas au cinéma dans Mémoires d'un flic de Pierre Foucaud. Confinée pendant près de dix ans dans des rôles de complément, elle consacre l'essentiel de ses efforts au théâtre. Mariée en 1958 à Jacques Becker, Françoise Fabian n'aura pas l'occasion de travailler sous sa direction et il lui faudra attendre Le voleur de Louis Malle, pour trouver un rôle à sa mesure. Après, Belle de jour de Luis Buñuel, elle s'impose définitivement dans Ma nuit chez Maud, d'Eric Rohmer. Incarnation de l'élégance, de la classe et de la passion, Françoise Fabian a trouvé ses meilleurs rôles dans Raphaël ou le débauché de Michel Deville, La bonne année de Claude Lelouch et Trois places pour le 26 de Jacques Demy. Elle a également beaucoup tourné en Italie, parfois aux côtés de son compagnon dans la vie pendant plus de vingt ans, Marcel Bozzuffi, qu'elle avait rencontré en 1963 sur le tournage de Maigret voit rouge. A la télévision, on a pu la voir sous la direction de Nina Companeez , Edouard Molinaro, Jean Chapot, Marcel Bozzuffi
Françoise Fabian est une actrice élégante et mystérieuse. Sa beauté est sophistiquée et insolite, son jeu est sensible. Elle a conquis quelques uns des plus grands réalisateurs français des années 70 et 80, de Claude Lelouch à Michel Deville en passant par Pierre Granier-Deferre et Jacques Demy.

IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED - 6 -

avenue du 8 novembre

CHAPITRE DEUXIEME
VIE INTELLECTUELLE
LA POLITIQUE

Bab El Oued naît de la douleur des hommes. Ceux qui l’ont bâti sont de courageux besogneux débarqués de la misère méditerranéenne. La détermination pour tout bagage, ils sont des proies faciles pour les marchands de bonheur idéologique. Le Parti Communiste s’emploie activement à la politisation des masses laborieuses qui envahissent le faubourg. L’opportunisme est le premier atout de ces missionnaires du langage et de la propagande. Si certains se laissent séduire autant par conviction que par paresse d’esprit, la majorité rejoint le mouvement pour les festivités organisées par le parti. Les cellules se fondent par communautés. Les Espagnols par antériorité et par l’arrivée des anti-franquistes en 1936, les juifs par leur culture de souffrance et au milieu, les Italiens suivent l’évolution avec circonspection et, il faut bien le dire avec un certain détachement. Les transalpins sont des travailleurs et des jouisseurs. Le corps leur semble plus important que l’intellect. Le sport devient leur champ d’investigation, leur parti, leur famille. Il n’empêche, le Parti Communiste telle une toile d’araignée tisse des liens avec la population de Bab El Oued au travers de ses cafés, de ses ateliers et de ses usines qui foisonnent dans le faubourg. La jeunesse n’est pas oubliée et les sociétés sportives ou musicales voient débarquer des théoriciens de la politique. Chaque adhérent se doit de recruter dans sa famille et dans le cercle de ses amis. La conviction profonde et sincère de quelques uns entraîne un engagement sans condition et sans restriction. Des corporations comme la médecine et l’enseignement profitent de l’aura qui les nimbe pour se faire le relais du parti. Certains perpétueront leur engagement par delà l’indépendance du pays. Tel ce professeur de médecine, Raphaël Z….., ami de TROTSKY rencontré lors d’une réunion parisienne, qui fut et demeura un fervent communiste algérien jusqu’à sa mort en 1974, date à laquelle il dirigeait une importante clinique d’ALGER.
Un journal très controversé, ALGER REPUBLICAIN s’empare de cette machine de guerre psychologique pour devenir le porte-parole des communistes et des peuples « opprimés » à dater du 6 octobre 1938 au numéro 9 de la rue KOECHLIN à Bab El Oued. Albert CAMUS y écrit ses premiers articles mais rompt sa collaboration avec l’équipe qui se vante de publier le journal des travailleurs.
Bab El Oued la rouge perd le futur prix NOBEL en septembre 1939, une quinzaine de jours après la déclaration de guerre. Le journal reparaît le 24 février 1943 et poursuit ses activités jusqu’en septembre 1955.
Mais Bab El Oued cesse de penser communiste avec les premiers attentats lorsque les commentaires des journalistes d’ALGER REPUBLICAIN se déclarent ouvertement, mais avec des mots choisis, contre la présence française et par conséquent pour l’indépendance.
Les Algérois, à l’instar de Monsieur JOURDAIN qui faisait de la prose sans le savoir, font de la politique sans en avoir le moindre doute. En effet, contrairement à une idée reçue, ces français demandent simplement à vivre en paix dans un pays qui dit haut et fort que la France s’étend de Dunkerque à Tamanrasset. Mais ils ignorent que crier une évidence reprise par les hommes politiques de tous bords leur est interdit. Cela correspond pour certains à une déclaration de guerre des nantis contre les damnés de la terre.
Le peuple de Bab El Oued, dans son immense sagesse, applique à la lettre le programme des gens heureux. Entre le travail, la famille, le café, le stade et la plage, il a de quoi trouver belle la vie. Même au plus fort des attentats urbains, il témoigne d’une capacité à rebondir que l’étranger prendrait pour de la désinvolture voire de l’insensibilité. Il s’agit simplement d’une propension au bonheur héritée des parents et d’un environnement immédiat qui répercute une volonté indomptable de ne pas se laisser abattre. Rire avant de pleurer, telle est la devise de cette race nouvelle.
Bab El Oued la rouge n’existe plus. Bab El Oued la patriote lui redonne des couleurs. Le 13 Mai 1958 l’habille de bleu-blanc-rouge. Ses balcons fleurissent de drapeaux tricolores et ses enfants entonnent la Marseillaise et les Africains d’une seule et même voix.
Mais ils ignorent que des politiciens ambitieux dupent leur incrédulité. Sous couvert de ramener au pouvoir le Général De Gaulle, ils se servent sans vergogne du drame algérien et du patriotisme des pieds noirs de toutes confessions et de toutes origines. Bab El Oued bascule dans le camp gaulliste avec la candeur qui l’a toujours habitée. Sa seule circonstance atténuante réside dans la naïveté des politiques et des militaires, pourtant rodés aux manigances et autres turpitudes des gens de pouvoir, qui n’auraient rien vu arriver. Bab El Oued déchirée tombe dans les bras de l’OAS après le blocus inhumain qui lui est infligé sur ordre de l’Elysée. Pour la première fois depuis le début des hostilités en 1954, les avions et les chars qui n’opérèrent jamais dans la casbah entrent en action contre des français qui commettent un crime d’amour envers la France. Coupables de trop aimer la mère-patrie, les Bab El Ouédiens subissent les foudres du pays « beau, grand et généreux » tant vanté par les tenants de la conquête. Les ancêtres de ces fils d’immigrés crurent sur parole leur profession de foi. Ils eurent raison! Autres temps, autres mœurs, le vieil adage « les paroles s’envolent, les écrits restent! » s’ancre définitivement dans la mémoire d’un million et demi d’individus alors, qu’au large du bateau qui les emporte vers un ailleurs intemporel, se déracine l’arbre de vie des pieds noirs, Bab El Ouédiens compris.

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BAB EL OUED ET LA GUERRE

Plus l’homme vit éloigné de la mère-patrie, plus le sentiment de lui appartenir est vivace en son cœur. Plus jeune, son pays lui inoculera cette notion d’appartenance et de dépendance, plus douloureuse lui apparaîtra la mutilation, plus injuste lui semblera la sanction. Le principe des vases communicants prend ici toute sa dimension émotionnelle.
L’histoire d’amour entre la France et ses enfants d’outre-méditerranée ressemble à toutes ces histoires tragiques où les sentiments ne valent pas cher face à la raison d’état. Le pied noir de Bab El Oued, français par amour d’une patrie dont il ignore les plaines enneigées et les rivages brumeux, les châteaux de la Loire et les tempêtes bretonnes, les cabanons de Provence et les quais de la Seine, l’enfant du faubourg aux multiples racines, aux multiples langages et aux multiples espérances, élève du savoir de France par choix d’émancipation, avoue sa préférence en un grand éclat de rire avant de lancer le cri désespéré de l’homme trahi.
Pourtant l’histoire était belle. Des hommes, des femmes, des enfants se retroussant les manches devant cet eldorado de lumière, une ville entr’aperçue, imaginée, aimée jusqu’au bout de la raison, « cette raison irraisonnée des amours impossibles », une lumière intérieure qui vient de loin pour poser sa vie quelque part, faisant confiance à l’espérance du hasard. Et l’aboutissement, le décor magique, la passion commune, Alger, Bab El Oued, le bonheur promis, au bout du chemin. Que la France est belle ! Que « cette » France est belle !
La guerre 39-45 provoque le plus fort pourcentage de mobilisation. Normal ! L’Algérie, Bab El Oued sont mobilisés à l’échelle de leur amour pour la mère-patrie ! Les hommes partent la fleur au fusil. La marseillaise en tête, le chant des Africains à pleins poumons ! Pour se donner du courage et par fierté de servir la France. Couverts de gloire, les enfants du faubourg et leurs compatriotes rentrent au pays. Pas tous, mais c’est le lot de toutes les guerres.
Bab El Oued a vécu ce conflit en subissant restrictions et bombardements ! Souvenons-nous du lycée BUGEAUD occupé par les Anglais qui subit pas mal de dégâts par l’aviation du IIIème Reich .Tous aux abris ! Sous les escaliers de la rue KOECHLIN, sous le « Mon Ciné », sous les tunnels des voies ferroviaires de la corniche, ailleurs. Des tués malgré les précautions.
Les juifs et les Italiens non naturalisés, otages de la guerre. Les uns renvoyés des administrations, des écoles, des ateliers, décret CREMIEUX entre parenthèses, les autres « déportés » à Colomb-Béchar. Heureusement le 8 novembre 1942, les Américains qui apportent la paix, le jazz et le bas Nylon. La délivrance !
Et Bab El Oued qui repart de plus belle, fier de ses enfants. Honneur et Patrie !
Les « événements » émancipent les « roumis ». Surtout après le 13 mai 1958. Berné, doublé, le petit peuple de Bab El Oued (et le reste de l’Algérie Française) mesure l’étendue de la sottise d’avoir repris le slogan du Général SALAN : « vive DE GAULLE ».
Le « blocus de Bab El Oued », les chars qui entrent dans le faubourg, écrasant tout ce qui se présente, les avions qui tirent sur les terrasses, la France qui affame le quartier, le reste de la ville qui manifeste rue d’Isly, drapeau français en tête, les balles assassines, 85 morts, 200 blessés d’avoir trop aimé la mère-patrie. Le grand départ, le cœur à l’envers.
Et depuis, LA NOSTALGERIE !












lundi 21 décembre 2009

JEAN MONTALDO -pied noir et fier de l'être -


Né(e) à : Teniet-el-Haad (Algérie) , le 06/09/1941 Jean Montaldo est un journaliste et écrivain d'investigation français.Membre d'une des plus anciennes familles pieds noirs, implantée en Algérie depuis sa conquête en 1830, Jean Montaldo est le fils du sénateur-maire d'Algérie, ancien président du Conseil Général d'Orléansville, Pierre-René Montaldo, homme politique de centre-gauche et docteur en médecine, cofondateur des HLM en France.En 1962 avec la décolonisation, Jean Montaldo quitte l'Algérie avec sa famille. Très jeune, il s'oriente vers le journalisme et travaille pour plusieurs organes de presse dont La Dépêche quotidienne d'Algérie (jusqu'à l'indépendance de cet ancien territoire français), Combat, Minute, Paris Match, L'Aurore, L'Express, Le Quotidien de Paris, Le Figaro Magazine ou Le Canard enchaîné.L'affirmation selon laquelle Jean Montaldo serait d'extrême-droite ne repose sur aucun fait mais sur deux amalgames douteux: il est né en Algérie, à l'époque où celle-ci, colonisée, était un département français, et il a écrit dans l'hebdomadaire Minute. En réalité à l'époque, Minute n'avait pas été racheté par un homme proche de l'extrême-droite. Ce n'était pas encore un journal militant. Et même pas un journal de droite. D'ailleurs, Jean-François Revel de l'académie française, dit le contraire dans ses mémoires. Possible cependant qu'il ait des amis dans ces milieux (Milieu "Algérie française" oblige). Mais comme il ne fait pas état de ce genre d'idées, bien au contraire, il est faux de le classer ainsi.
Quand à l'Algérie, le père de Jean Montaldo était maire d'Alger et parlementaire dans le même groupe que François Mitterrand. Il faisait partie du centre-gauche et des parlementaires les plus ouverts à des réformes sur la question de l'intégration des musulmans dans la République.
Montaldo ayant écrit dans la Dépêche d'Alger, si le moindre de ses articles avait émis des sentiments d'extrême-droite, il aurait déjà été exhumé des collections et présenté dans un livre ou article de presse. La thèse des deux historiens ne le fait pas car il n'existe pas d'article de Montaldo pouvant étayer ce qui n'est pas le sujet de leur thèse, consacrée au Canard Enchainé.
Les révélations de Jean Montaldo sur les finances du Parti communiste puis sur les scandales financiers des annés 80 sous Mitterrand sont à l'origine de ces accusations sans fondement. Avant ces révélations, Jean Montaldo était un journaliste salarié à l'Express, de centre-droit, ami proche de Jean-François Revel et qui n'avait jamais été soupçonné d'être proche de l'extrême-droite.

JUAN BASTOS " la cigarette de chez nous "



L'histoire commence bien avant la conquête de l'Algérie avec l'arrivée du premier BASTOS à Oran. Il s'appelle Juan ( 1817-1889 ) et vient de Malaga où il est né, bien décidé à tenter l'aventure dans ce pays neuf. Il a l'esprit entreprenant des pionniers et se lance rapidement dans la fabrication des cigarettes à son nom. Après l'arrivée des français en 1830 il adopte très vite la nationalité française et son usine est déjà bien implantée en bord de mer. La succession est assurée par toute la famille dont la lignée est assez importante. Un fils Emmanuel ( Oran 1839-1920 ) prendra la suite. Une usine à Bruxelles en Belgique vient compléter les deux usines oranaises, et la production atteint annuellement 600 millions de cigarettes !.
A cette époque il n'y avait pas de loi anti-tabac.... La publicité pouvait se faire librement: "Brune ou blonde..."
Peut-on seulement trouver aujourd'hui, un seul oranais qui ne se souvienne pas du nom de Bastos. Si l'on faisait le Top 50 des noms célèbres d'Oran, on trouverait certainement à la première place ex aequo BASTOS et GALIANA sans doute bien avant Camus ou Yves Saint Laurent....! car les oranais étaient avant tout des épicuriens. Souvenez vous....Et si vous ouvrez votre dictionnaire au mot "Bastos", vous y trouverez cette définition:Balle d'arme à feu ! Ceci proviendrait d'une altération argotique dans le langage de nos poilus car la maison BASTOS alimentait en tabac et cigarettes les troupes du front durant la première guerre mondiale !
C'est Juan BASTOS, qui débuta dés 1837 dans le commerce du tabac. Il le fit de manière très modeste d'ailleurs, comme beaucoup de grandes entreprises.
A ce jour ce sont les plus importantes manufactures de ce type de commerce (florissant) pour l'A.F.N.
Malgré sa disparition en 1889, ses héritiers afin de perpétuer sa mémoire, conservèrent son nom comme raison sociale de leur société, et sa signature figure toujours sur les paquets de cigarettes.
Après un tri sévère des tabacs en feuilles, celles-ci sont assemblées en manoques pour faciliter l'opération de coupage accomplie par de puissantes hacheuses.
Elles sont ensuite torréfiées dans de grands cylindres animés d'un mouvement de rotation. Après refroidissement, elles sont séchées dans un second cylindre et peuvent alors être livrées, soit à la main-d'œuvre féminine, soit à des machines spéciales très perfectionnées.
Les cigarettes finies sont transportées dans une autre salle pour être empaquetées. Ceux-ci sont alors reconditionnés dans des caisses qui partent pour des destinations les plus diverses et lointaines: Australie, Amériques, Indes, etc... Mais les manufactures BASTOS ne fabriquent pas que des cigarettes, mais aussi de savoureux cigares.
Après un choix, encore plus rigoureux que pour les cigarettes, les feuilles sont roulées à la main par des ouvrières. Mises dans un moule et pressées, le cigare est enfin enveloppé dans une feuille de tabac super fin, qui peut être comparé à de la soie !.
A ces dernières salles sont annexées un atelier occupé à confectionner des élégantes boîtes en bois de cèdre dans lesquelles les cigares seront précautionneusement rangés, avant de partir pour les magasins d'entreposage.
Les manufactures BASTOS pour fabriquer ses produits doit importer du tabac du monde entier. L'Algérie, grosse productrice ne suffit pas, et aussi le produit fini, comme certains vins, nécessite un mélange d'origines diverses. Aussi nous trouvons des ballots provenant de Russie, d'Allemagne, des Pays-Bas, de Turquie, des Etats-Unis, d'Uruguay, d'Argentine, des Indes, des Iles de la Sonde, etc...
Devant la demande croissante, BASTOS a dû créer des manufactures annexes dans différents pays, Belgique, Allemagne, Angleterre.
La maison a été récompensée de ses efforts de qualité de fabrication par des médailles obtenues dans de nombreuses expositions Internationales.
La manufacture produit actuellement, annuellement, six cents millions de cigarettes.

HAMOUD BOUALEM - le sélecto -



Officiellement, Hamoud Boualem voit le jour en 1878 – c’est en tout cas de cette année-là que date le plus vieux document officiel retrouvé par l’entreprise. En réalité, sa fondation remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle : Youcef Hammoud, l’aïeul fondateur, est alors établi dans les faubourgs du quartier Belcourt comme artisan « aromatiseur », c’est-à-dire comme distillateur d’arômes. Assez vite, il décide de passer le pas et, ajoutant du sucre et de l’eau gazeuse à ses essences de citron, le voilà qui se met à fabriquer de la limonade.Le succès arrive rapidement. En 1889, lors de la tenue de l’Exposition universelle à Paris, tandis que la Tour Eiffel est l’objet de toutes les polémiques, la limonade de Youcef Hammoud, elle, reçoit des félicitations unanimes et se voit récompensée d’une médaille d’or, section « hors concours ». Cette « première » limonade, qui s’appelle alors la Royale, reçut par la suite une dizaine de médailles d’or et d’argent, et même une « légion d’honneur » ! Elle existe toujours aujourd’hui : on la trouve, sous le nom de « Hamoud blanche », évidemment partout en Algérie mais aussi dans certaines épiceries et supermarchés français. Indémodable, elle reste une valeur sûre pour l’entreprise.
DE HAMMOUD À HAMOUD
C’est le petit-fils de Youcef, Boualem Hammoud qui, en 1924, crée pour de bon l’entreprise en déposant la marque « Hamoud Boualem ». Mais par la faute d’un greffier quelque peu distrait, l’entreprise Hamoud se voit privée d’un M ! Tant pis : « Hamoud » distinguera la société quand « Hammoud » qualifiera la famille – même si une telle distinction est un peu spécieuse, tant les destinées de l’une et de l’autre sont, et seront, liées. Boualem Hammoud installe son usine (qui est toujours l’adresse du siège social), aux portes d’Alger, dans ce qui est alors la zone industrielle de la ville. En quelques années, il donne un essor très important à sa fabrique, hissant sa famille parmi les notabilités du pays. Lui-même sera honoré à Paris dans les années trente, comme le fut son grand-père, non pas cette fois pour la qualité de sa limonade, mais pour avoir participé avec d’autres à la construction de la mosquée de Paris.
On ne sait pas si c’est Boualem, son père, ou son grand-père Youcef, qui présida à la création du Selecto. On sait seulement que son apparition date du début du XXe siècle – soit une vingtaine d’année après le Coca-Cola, créé en 1887 par John Pemberton, pharmacien à Atlanta. De la même couleur que le Coca-Cola, le Selecto s’appelle à ses débuts « Victoria ». Rebaptisé pour insister sur la sélection stricte des matières premières, ce soda est fabriqué à partir d’essence de pomme et, comme pour le Coca-Cola, sa recette est gardée secrète. On trouve son équivalent en Tunisie avec la Boga, une boisson qui a également un goût de cidre – avec la différence que la marque tunisienne a été rachetée depuis par la grande compagnie américaine !
LA FAILLITE
En 1942, coup de théâtre : l’entreprise Hamoud Boualem est mise en faillite et rachetée par un consortium de banques. Le talentueux Boualem Hammoud, sans doute un peu trop bon vivant, et entouré d’associés guère scrupuleux quant à la bonne tenue des finances, ne s’est pas suffisamment intéressé à la gestion de son affaire, qui prend l’eau de toutes parts. Celle-ci est donc vendue à des banquiers, qui s’empressent de la revendre à leur tour à la Compagnie des Boissons d’Algérie. D’où les publicités de l’époque qui mentionnent sous la bouteille de Selecto le nom des nouveaux propriétaires…Cette situation dure presque six ans. Six longues années à la suite desquelles un certain monsieur Hafiz se propose de racheter l’entreprise avec Youcef Hammoud, le fils de Boualem et arrière-petit-fils de Youcef le fondateur (comme beaucoup d’enfants à cette époque, il a reçu le prénom de son aïeul). Abderrahmane Hafiz n’est pas un inconnu : il s’agit du cousin germain de Youcef ; tous deux sont d’ailleurs mariés à des soeurs, ce qui ne fait que renforcer les liens ! Abderrahmane vient d’hériter de son père, décédé en 1942, un petit pécule ; trouvant dommage de le dilapider à droite et à gauche, il propose donc à son cousin de racheter avec lui les parts que possède la Compagnie des Boissons d’Algérie. Aussitôt dit, aussitôt fait (ou presque !). À eux deux, ils reprennent les rênes de l’entreprise et la transforment pour l’occasion en SARL – un statut qu’elle conservera jusqu’en 2008.
« En 1942, coup de théâtre : l’entreprise est mise en faillite et rachetée par un consortium de banques qui s’empresse de la revendre à son tour à la Compagnie des Boissons d’Algérie. »
FACE À LA CONCURRENCE
Durant la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise n’a pas seulement subi une faillite : elle s’est aussi retrouvée devant une concurrence accrue. En effet, lorsque l’armée américaine débarque à Alger, en 1942, elle amène avec elle, comme partout ailleurs, les nouveautés du chewing-gum et du Coca-Cola. En 1949, une usine fabriquant le soda américain s’implante même à Belcourt, à côté de l’usine Hamoud Boualem !
Mais les Américains ne sont pas les seuls à concurrencer le Selecto et la Royale : outre les petits limonadiers qui fabriquent une limonade artisanale, Hamoud Boualem se trouve face à des géants de la boisson comme Montserrat, célèbre négociant en vin (les pieds-noirs se souviennent sans doute du slogan « Mon vin sera Montserrat »), à qui Orangina a confié la mise en bouteille de sa boisson à l’orange. Viennent ensuite les établissements « coloniaux » : les Brasseries et glacières d’Algérie (BGA) et les Brasseries et glacières d’Indochine (BGI), devenues les Brasseries et glacières Internationales, rachetées depuis par le Groupe Castel, l’un des premier groupe viticole au monde. Bref, Hamoud Boualem n’a pas intérêt à s’endormir sur ses lauriers s’il veut continuer à garder une place de choix sur le marché national des boissons. Pour marquer le coup, l’entreprise lance le Slim, « le citron qui prime », un soda qui sera ensuite décliné sous d’autres parfums.Parallèlement, l’entreprise entreprend une stratégie de diversification. Ce choix est guidé par une raison très pratique : la saisonnalité de l’activité limonade. Les sodas et les boissons gazeuses se consomment en effet essentiellement l’été, l’hiver étant une période où la production baisse notablement. Pour équilibrer l’activité de l’entreprise, Abderrahmane Hafiz et Youcef Hammoud décident donc de créer, dans des locaux attenant à leur usine, une fabrique de pâtes alimentaires et de semoule. Et c’est ainsi qu’Hamoud Boualem devient – aussi – réputé pour son couscous ; l’on dit que les ouvrières (uniquement des femmes) roulaient alors à la main vingt à trente kilos de semoule par jour…(…)

samedi 19 décembre 2009

JEAN CLAUDE BETON - le soda de chez nous -


Jean-Claude Beton est le fils de Germaine Derai et de Léon Beton, qui élabore et commercialise des huiles essentielles de lavande et de géranium prés d'Alger et qui recherche à cette époque des débouchés pour la production d’oranges de la région. Sa visite de la foire de Marseille, à l'automne 1935, lui fera faire la rencontre de sa vie et la fortune de son fils. En effet Léon Beton rapporte à Boufarik, dans la plaine de la Mitidja, la précieuse formule à l’origine d’Orangina, inventée par un pharmacien de Valence en Espagne.
Le docteur Trigo Mirallès vient en effet de mettre au point un concentré de jus d'orange, qu’il a appelé Naranjina, « petite orange » en espagnol. La bouteille de Naranjina est un flacon ventru qui contient du concentré d'orange. Au lieu d’un bouchon ordinaire, elle est fermée par une fiole renfermant elle-même de l'huile essentielle d'orange.
En
1936, c'est ce concentré, additionné d'eau sucrée puis gazéifié, que le docteur Trigo baptise «Orangina, soda de Naranjina » et que Léon Beton présente avec un succès immédiat à la foire d’Alger. Jean-Claude, âgé alors de onze ans, accompagne son père et observe.
La bouteille n’a pas encore trouvé sa forme définitive. Léon Beton, sûr de son succès, rachète la formule au pharmacien espagnol.
1939 : tout s’arrête avec le déclenchement de la guerre.
La renaissance algérienne

1946 : Jean-Claude Beton a terminé ses études d’ingénieur agronome et son service militaire en Allemagne. Malgré son jeune âge, il décide à son retour en Algérie de relancer la marque Orangina, avec l’aide de ses deux oncles maternels Lucien et Edmond Derai, lesquels lui avancent avec son père les fonds nécessaires.
Les
années 1950 : Jean Claude Beton, à 26 ans, fonde le 23 janvier 1951 la Compagnie Française des Produits Orangina (CFPO). Convaincu que l’avenir de ce soda est tout tracé du fait de la médiocre qualité des produits distribués à cette époque, il commence par redessiner la bouteille en lui donnant cette forme unique qui deviendra célèbre, et il s’attache immédiatement à conquérir le marché algérien.
Tandis qu’il produit à Boufarik les concentrés, il accorde à deux embouteilleurs, les Ets Marin et les Ets Montserrat, des licences de fabrication et de distribution d’Orangina en Algérie. Il s’efforce de mettre en œuvre des méthodes commerciales modernes, pratiquant ce qu’on n’appelait pas encore couramment le marketing. Jean-Claude Beton comprend tout de suite qu’il doit s’attacher à gérer sa marque et sa communication. Sa formule commerciale n’est pas sans rappeler la méthode d’
une célèbre maison américaine de soda aux extraits végétaux, lorsqu’il fournit le concentré qu’il fabrique et dont il a le secret à un réseau de concessionnaires embouteilleurs. Par la suite ce système lui permettra de se développer rapidement sur plusieurs territoires à la fois en ne disposant en propre que d’une infrastructure légère. Tout en demandant aux embouteilleurs de participer aux investissements, il les encadre et les encourage à mettre en place le produit en priorité dans les bars, mais aussi dans les stades, les casernes, les bals, et d’une façon générale en toute circonstance possible, lors des fêtes populaires, des événements sportifs ou culturels. Il faut partout occuper le terrain et être visible par le consommateur. Doté d’un fort charisme et d’un sens relationnel incontesté, Jean-Claude Beton est vite adopté par la profession. Les producteurs d’orange voient en lui un homme de poids, l’homme de la situation lorsqu’il s’agit d’écouler les récoltes et de développer la production, c’est-à-dire par voie de conséquence toute une région.
Les débuts sont néanmoins difficiles pour notre homme, qui doit relever trois défis : il n’est pas facile de faire accepter aux cafetiers la bouteille boule. Par ailleurs la concurrence est vive (
Pschitt orange et citron, Vérigoud, Vittel Délice, Crusch, ainsi que de petites marques bien implantées localement). Le dernier handicap est le manque de notoriété que doit surmonter tout nouvel arrivant.
Après avoir bien installé sa marque en
Algérie, au Maroc et en Tunisie, il décide de traverser la Méditerranée pour promouvoir Orangina en métropole.
La conquête de la France métropolitaine

Jean Claude Beton signe un accord de distribution en France avec les sociétés Fruidam à Paris, Denni à Strasbourg, Milles à Perpignan et la Rhodanienne de boissons à Marseille créée à l’occasion par lui-même, ce qui donne à la marque une stature nationale, et c’est ainsi que l’on trouve, dès 1953, la fameuse boisson à la pulpe d’orange sur les Champs-Élysées.
Par une belle journée de
1952, Jean Giraudy, qui est à la tête d’un puissant réseau national d’affichage, présente à Jean-Claude Beton un peintre affichiste en devenir : Bernard Villemot. Les deux hommes sympathisent et le jeune industriel demande à l’artiste de lui proposer la maquette d’une future affiche. Il faut qu’y figure en gros plan la petite bouteille ventrue et la formule « à la pulpe d’orange ». Ainsi Jean-Claude Beton a su tourner avec ingéniosité la règlementation qui interdit aux sodas de représenter le fruit dans leur publicité : il montre la bouteille, mais sa bouteille à la forme et la couleur du fruit ! Elle n’est pas seulement belle et charmante, c’est une bouteille-fruit, une bouteille-orange, Villemot rajoutera, trait de génie, un zeste d’orange en guise de parasol. L’idée, géniale parce que simple, explique en partie le succès de l’affiche, du produit et de l’entreprise.
La première
campagne de 1953 est un succès. Elle obtient le grand prix de l’affichage et une longue collaboration va s’engager alors entre l’artiste et le jeune capitaine d’industrie. Plus de vingt-cinq affiches verront le jour. Cette collaboration ne s’arrêtera qu'à la mort de l’artiste en 1989. On reconnaît là un trait du caractère de Jean Claude Beton : sa fidélité à ceux qu’il apprécie.
Les
années 1960 : Jean Claude Beton communique sur tous les médias : les radios, la presse, l’affichage, le cinéma. Il organise des caravanes publicitaires et lance, au retour d’un voyage aux États-Unis, un nouvel emballage de six bouteilles en verre perdu, le cluster pack.
Il s’intéresse à la publicité télévisée dès ses commencements en France et réalise en 1969 son premier spot.
Les
années 1970 : Pour accompagner la montée en puissance de la grande distribution, Jean Claude Beton lance de nouveaux conditionnements et travaille avec les plus grands pour la création de nouveaux films publicitaires à succès.
Il crée la Confrérie de l’orange.
Jean-Claude Beton lance Orangina aux États-Unis sous le nom d’Orelia en 1978.
Les
années 1980 : en janvier 1984 la marque Orangina rejoint le groupe d’alcool Pernod Ricard, qui souhaite se diversifier. Jean Claude Beton devient administrateur de ce même groupe. En 1989 Françoise Beton, fille de Jean-Claude, diplômée de Sup. de co Marseille, sait capter adroitement l’air en vogue du moment, la Lambada, pour la mettre au service de la marque.
Les
années 1990 : Jean Claude Beton prend du recul et devient président d’honneur d’Orangina. Il cède son fauteuil de président à Michel Fontanes.
Aujourd’hui Jean-Claude Beton se consacre à la tête de sa société Forbees au devenir de son vignoble dans le Bordelais.
Marié le 24 juin 1957 à Madeleine Ayache. Deux enfants : Françoise et Éric

ANISETTE LIMINANA -le prix de l'amitié bis -

En 1876, Pascual LIMIÑANA fut le premier de la famille à quitter le village espagnol de Montforte del Cid. Puis ce fut le tour de son frère Manuel. La misère sévissait alors dans les campagnes espagnoles et leur père ne parvenait plus à nourrir sa nombreuse famille. Il décida de les envoyer, d'abord l'un, puis l'autre, tenter leur chance en Algérie. Ayant à peine atteint l'âge de douze ans, chaque enfant se vit remettre un peu de nourriture enveloppée dans un linge noué aux quatre coins et dut parcourir à pied les vingt kilomètres qui séparaient Montforte du port d'Alicante, tout en se remémorant les recommandations paternelles : "Si tu t'allonges en attendant le bateau, pose ta tête sur une pierre rugueuse pour ne pas t'endormir, car il repartirait sans toi. Lorsque le bateau sera là, présente-toi au Capitaine et demande-lui de te prendre à son bord". C'est ainsi qu'ils s'en allèrent l'un après l'autre pour servir dans le bar de leur oncle installé rue de la Marine à Bab-El-Oued. En échange de leur travail, ils étaient logés et nourris, mais ne recevaient aucun salaire. Manuel livrait aux clients de son oncle des tonneaux de vin qu'il faisait rouler le long des rues en pente. Il se contentait d'un sou en guise de pourboire. Lorsqu'il avait réuni quelques pièces, il se rendait au kiosque à journaux pour acheter quelques feuillets des romans de Jules Verne publiés chaque semaine par la maison d'édition Hetzel. Il les lisait le soir à la lueur d'une bougie avant de s'endormir sur une table du bar. Il se procura aussi un dictionnaire afin de mieux déchiffrer ces passionnants récits, ce qui lui permit d'acquérir peu à peu une parfaite maîtrise de la langue française. Le bar était fréquenté par de nombreux Espagnols qui, par les chaudes soirées de juillet, s'abandonnaient au souvenir mélancolique de la paloma, l'anis qui les désaltérait si agréablement dans leur pays.
Manuel et Pascual demandèrent à leur oncle de se procurer des "fleurs d'anis" afin de préparer eux-mêmes la délicieuse boisson, ainsi qu'il l'avait vu faire dans leur village.

Et cette idée eut un grand succés, les clients affluèrent dans le café. Petit à petit ils dévelopèrent ce commerce, aidés par leur oncle. Un jour Pascual regagna son Espagne natale et redevint agriculteur, Manuel s'installa au Hamma, alors séparé d'Alger par une vaste étendue d'eucalyptus. Il acheta un terrain de 350 m2 au n° 26 de la rue Caussemille et, dans un local exigu, il créa en 1884 le CRISTAL ANIS
L’étiquette d’alors ressemble beaucoup à l’étiquette actuelle.
La technique consistait à faire macérer la graine de fleur d’anis dans de l’alcool dans des chaudrons de cuivre avant d’être distillée dans un alambic. Le remplissage des bouteilles était manuel.
Il acheta une charrette et des chevaux pour répondre à la demande croissante de la clientèle. Manuel fut aidé par son fils, François qui décéda avant lui.
Lorsque Manuel disparut en 1936, la sté avait une dizaine d’employés. Ses fils, Ernest et Manuel, continuèrent l’activité.
Ils remplacèrent le remplissage manuel par un remplissage automatique et de nouveaux produits furent crées.
1948, le CRISTAL ANIS était devenue la boisson nationale de l’Algérie.
Manuel LIMINANA fils eut l’idée de soutenir le jeu de boule et créa des clubs boulistes.
1954, Il aida le théâtre aux armées et finança le lancement en France de la pièce "La famille HERNANDEZ".
En 1961, Manuel LIMINANA fut arbitrairement expulsé d’Algérie par le gouvernement de DE GAULLE et comme il avait conservé la nationalité Espagnole, dût se réfugier en Espagne.
Après l’indépendance, l’usine fut nationalisée par l’Etat algérien.
Il re-créa l’entreprise à Paris avec une succursale à Marseille qu’il dirigeat de puis l’Espagne quelques années avant d’être autorisé à revenir en France. Après des années difficiles il fit construire une nouvelle usine à Marseille qui est le Siège Social actuel.
Vers 1988 Manuel LIMINANA décéda suite à un accident mais l’entreprise est restée familiale. Quand vous buvez du CRISTAL ANIS LIMINANA vous contribuez à la vie de cette entreprise Pied-Noire.