mercredi 31 août 2011

LOS ALCARSON DE BAB EL OUED

                                                  LOS ALCARSON DE BAB EL OUED

SQUARE GUILLEMIN de Hubert Zakine -21 -

Après une nuit agitée, Bouzouz y me parle de Maryvonne, la petite de la rue Mazagran qui se verrait bien marcher avec moi. Bouzouz, c’est la nouvelle marieuse du quartier ou quoi ! La petite, elle est du genre à fréquenter les bains d’El Kettani où les filles d’officiers, de gradés et compagnie, elles sont à prendre avec des pincettes.
--Mais tch’es fou, c’est pas mon genre, une fille comme ça. On dirait qu’elle va à la messe tous les jours !
--Ouais, mais elle est classe !
--Justement, je vais  l’affoler avec ma façon de parler !
--Quelle façon de parler ?
--Sara sara, je vais lui parler en arabe !
--Et alors, elle est née à Bab El Oued !
--Ouais mais pas dans la casbah judéo-arabe !
--Et bien tch’as qu’à parler français !
--Ouais, tch’us veux pas que je me fasse tapette, aussi !
Bouzouz, il insiste lourdement.
-Nicole, elle va être jalouse comme une tigresse !
Boisis y rêve la nuit. La vérité, je le préfère en John Wayne qu’en marieuse. Même pas je suis d’accord, Bouzouz il entérine le choix. On dirait qu’il a des actions sur mon avenir. Maryvonne elle croit que c’est arrivé.
--Je lui ai dit de venir cet apreum à trois heures et demie !
--Pourquoi si tôt ?
Ce bâtard, il a pensé à tout.
--Comme ça, quand Nicole elle arrivera, elle sera là !
Purée, c’est devenu un fin tacticien. C’est pas possible, y doit lire « Nous deux », « Atout coeur », « Intimité » et « Confidences » pour connaître les ruses de l’amour !
J’en mène pas large. Premièrement comment je vais abordé Maryvonne qui semble être une fille à pèpe et deuxièmement, même si vais jouer le barbot devant Nicole, j’avais pas prévu de remarcher avec une fille si tôt. Tout ça à cause de Bouzouz ! Franchement, j’étais pas plus tranquille avant quand je me prenais pas pour un  zazou !
Voila Maryvonne ! La vérité, c’est un canus pour son âge mais justement elle fait pas son âge. On dirait qu’elle a trente ans avec son air de tout savoir. Elle parle avec l’assurance d’une "messrodah" comme elle dit ma mère! Elle a l’air de se croire mais quand je l’entends parler, on devine que  c’est une vraie fille de Bab El Oued! En plus, elle est belle elle aussi. Quel dilemme si toutes les filles elles sont plus belles les unes que les autres ! Nicole, je la vois dans son jardin. C’est vrai qu’elle doit se demander pourquoi Maryvonne, elle me tourne autour comme ça. Et pourquoi, je fais pas cas d’elle ! Elle me fait de la peine. Je parle  à "messrodah" et je regarde Nicole. On dirait qu’elle est punie assise près de la bonbonnière au milieu des copines de sa mère. Elle est pas descendue jusqu’à mon jardin comme si elle avait compris que la frontière avec l’Italie, elle était située entre les deux jardins. Capo, sa banane et son peigne, y nous rejoignent. Maryvonne, elle le regarde d’une drôle de manière en le voyant se recoiffer toutes les dix secondes. Le temps y passe trop vite et Maryvonne, pas désobéissante pour deux sous, elle rentre vite chez elle à l’heure précise fixée pas sa mère. La vérité, je préfère les gros yeux de la mère de Nicole. Bouzouz, ce bâtard, y nous invite à consommer des cacahuètes kermèches chez le marchand ambulant. Comme un fait exprès, c’est juste en face de la bonbonnière de Pasquale.  Y met en pratique ses lectures. A tous les coups, le journal « A Tout Cœur » il a dû lui conseiller de rendre jalouse Nicole ! Yaré Boisis ! On s’assoit sur l’escalier surélevé de la devanture de la pharmacie Lafarge et on mate les filles qui passent et moi je mate Nicole. Elle est restée bien sage durant toute l’après midi. Pas d’Italiens des Messageries en vue. Pas d’Espagnols ni de Vénézuéliens non plus ! Peut être que la jalousie, elle est mauvaise conseillère, à savoir. Bouzouz, y doit savoir lui avec ses lectures de femmes ! (Y vaut mieux que jamais y lise ce livre ou sinon y se fâche à mort.) C’est que Bouzouz quand y se fâche, ça peut durer des années ! Un jour, en plein hiver, Capo, Mani et moi, on le rejoint au café Scotto où y tape le match du siècle au ping-foot avec son cousin Jacky. Nous, toujours on déconne. Je lève le goal de Bouzouz et il encaisse un but. Man, la crise qui nous tape ! Y prend toutes les boules, il les jette dans le but et, sans un mot, y s’en va. Avec un autre, comme certains cucu la praline y disent, ça casse pas trois pattes à un canard, mais avec Bouzouz, c’est la guerre de cent ans qui recommence mais sans anglais, seulement avec ses amis. Y nous a boudé pendant un mois et comme on est l’un à côté de l’autre en classe, imaginez l’ambiance ! Même plus on pouvait copier ! Heureusement, le Grand Pardon y connaissait. Alors, il a réfléchi à son mauvais caractère et il a fait amende honorable. Je sais pas ce qui serait arrivé si on avait été catholiques, arabes ou vénézuéliens ! Qu’est ce que j’ai avec le Vénézuéla !Même pas je sais où c’est !
A SUIVRE.......

LES AILES BLANCHES D ALGER de Rosalind Ferrara

REPARATION DANS L’AMOUR


          Ce que l’on croit à jamais perdu, défait, se trouve peut-être à portée de main, à portée de cœur, c’est le goût du bonheur, cette propension à aimer qui vous redonne la force de vivre, la volonté tenace de ne pas se couper de la vie, de lui prodiguer chaque jour toutes les attentions que l'on accorde à une fleur précieuse et fragile pour qu’elle ne meure pas !  De même à ceux qui nous entourent. N'est-il pas nécessaire pour avancer soi-même, vivre pleinement et avoir sur les autres un regard plus humain  d'essayer de comprendre et de pardonne ?
. Même, si tout vous paraît, trop souvent dur, ardu, peu conforme à vos aspirations profondes, le fait d’être bon avec soi-même a pour effet de nous amener à envisager différemment les déplaisirs rencontrés. Alors, curieusement, et d’autant plus que  la souffrance est plus profonde, tout devient  plus beau, plus pur et vous savourez plus intensément le rayon fugitif d'une joie qui passe.
N’en doutez pas, les bons moments, les chers, les suaves vous seront rendus un jour… il vous suffit d'être toujours en accord avec sa bonté intérieure, en ouverture complète sur son moi, pour pouvoir accueillir l’autre dans ce qu’il a de meilleur. Pour lui aussi, les portes de la vie déboucheront comme par magie, sur le tendre, le compris, le pardon !...

          Ainsi, en mes jeunes années, il me fut donné de déchiffrer assez rapidement les diverses strates de l’existence, étape qu’il m’était nécessaire d’accomplir, afin d’avancer et de m’engager dans le combat intéressant de la vie, comme un sportif de haut niveau, c’est-à-dire en mettant la barre toujours plus haut. Si, grâce à mon jeune âge,  ces pensées étaient les miennes, il n’en fut pas de même pour mes grands-parents lorsqu’ils arrivèrent à quai : j’ai conservé une vieille valise qui parle de leur disgrâce, leur cœur n’avait plus la force de la continuité…

          Ils n’avaient hélas plus de projets pour eux, ni pour nous. Ils prirent le parti de se retirer de la vie sociale dans leur petit appartement de l’avenue de Mazargues à Marseille,  rythmant leur vie tristement.

          Mais moi, je voulais, même si j’en voulais à la vie !...

Durant son enfance à Alger, Rosalind a participé aux activités des « Ames Vaillantes », association catholique, jumelle côté filles des Scouts de France et des Cœurs Vaillants. Vêtue de l'uniforme obligatoire, béret, blazer, jupe plissée bleu marine et chemisier blanc très amidonné pour la circonstance, elle s’y rend chaque jeudi. Là, elle y apprend la droiture, le sens de la loyauté, du respect de soi et des autres, assujettie aux règles strictes du groupe. Excellente préparation pour l'avenir. Mais ce n'est pas sans ombre au tableau : la petite fille solitaire et, rêveuse, souffrait un peu de la promiscuité avec les petites bourgeoises d’Alger. Celles-ci, en particulier, n’avaient pas comme elle, à sa connaissance, un père absent de leur vie. Aussi, ne parle-t-elle jamais du sien, ne le citant jamais, n’osant évoquer celui qu’elle ne pouvait rencontrer qu'à  la sauvette, tel un amant de passage, comme si elle avait rendez-vous avec un fantôme, un voleur ou bien même un criminel. Rencontres interdites par son grand-père maternel qui avait pris la place de l’homme renégat qu’il lui fallait « oublier ou faire semblant d’oublier » pour ne causer de la peine à personne !
A SUIVRE....

mardi 30 août 2011

ISRAEL POUR L' ETERNITE

DES IMAGES DOULOUREUSES,  UNE CHANSON MAGNIFIQUE
 MIEUX QUE DE LONGS DISCOURS

L'EUROPE VA T-ELLE SUPPORTER CELA ENCORE LONGTEMPS?

MADRID (NOVOpress) - Le mythe de la coexistence pacifique des minorités ethniques ne résiste pas à l’épreuve des faits. Ce matin, à l’aube, un Nigérien résidant à Palma de Majorque est décédé après être tombé de son appartement au quatrième étage du 58 de la rue Tomas Rullan dans le quartier de Son Gotleu.
Cette mort a déclenché de violents affrontements entre une centaine d’Africains et la police locale, lesquels se sont traduits par de nombreuses arrestations et de nombreux dégâts.
Les émeutes ont commencé quand les policiers ont voulu s’approcher du corps de la victime. Ils en auraient été empêchés par une foule d’Africains, au motif qu’« un Blanc ne peut pas toucher le corps d’un Noir ».
L’origine du décès est difficile à déterminer, mais des Africains ont indiqué à la presse locale que l’homme aurait été poussé dans le vide par des agresseurs appartenant à la communauté gitane.
Les Africains, qui sont nombreux à résider de manière illégale à Majorque, reprochent aux forces de police de ne pas les protéger contre les agressions de nature xénophobe et raciste dont ils sont victimes de la part des Gitans établis de longue date sur l’île.
Les associations xénophiles et les partis de gauche, toujours prompts à dénoncer la moindre incivilité dont pourraient être les victimes des étrangers en situation illégale, gardent un silence prudent. De tels incidents ne trouvent pas de place dans leur grille d’analyse.
Ces émeutes démontrent à la classe politique catalane et insulaire que l’immigration illégale a un coût dont les populations locales payent le prix et suscitent la violence. Ces événements sont pain béni pour des formations populistes comme Plataforma per Catalunya, le seul parti qui dénonce clairement les dégâts commis par l’immigration incontrôlée.
 

MA MERE JUIVE D'ALGERIE de Hubert Zakine

EXTRAIT................
La mémoire des hommes est ainsi faite qu'elle sélectionne, épluche, trie les petites choses de la vie pour les enjoliver et les conserver précieusement au musée du souvenir en abandonnant, au bord du chemin, des morceaux d'existence orphelins.
Toi, ma mère juive d'ALGERIE, tu semblais posséder la merveilleuse faculté d'extraire de ta mémoire chaque heure, chaque minute, chaque seconde qui cadença l'épopée de ta vie. Pour mon plus grand bonheur.
Et si tu devenais prolixe pour enchaîner les histoires de ta ville natale, de ton pays, de ta famille et de ton quartier, seule mon insistance te décidait à personnaliser ton récit.
Tu dévoilais, ainsi, tes sentiments cachés, tes angoisses et tes chagrins qui envahirent tes jours et tes nuits, royales insomnies pendant lesquelles tu tutoyais mon père dans le silence de la pénombre.
Tu révélais ta crainte du lendemain et ta fierté que tu cachas plus d'une fois sous ton mouchoir pour obtenir le prêt d'une usurière, un crédit chez DISCOPHONE ou simplement accepter un mandat de ta soeur partie vivre à PARIS.
Puis, tu évoquas, ma mère juive d'ALGERIE, mon accident du cabanon des Horizons Bleus, petite station balnéaire à l'ouest d'ALGER, qui me valut un sacré traumatisme crânien et ce "manman" que tu m'entendis crier, alors que tu te trouvais  à quelques dix kilomètres de l'accident.
Prémonition de toutes les mamans de la terre? Ou bien, sixième sens d'une mère juive d'ALGERIE, particulièrement développé par les épreuves envoyées par la vie?
Qui peut le dire! Toujours est-il que ton amour de mère enfantait dans la douleur lorsque le sort s'acharnait sur ta petite famille. Ainsi, lors du départ de mon frère cadet, Paulo,  pour l'hôpital de Mustapha. Atteint de rhumatisme articulaire aigu, il fut le premier enfant d'ALGERIE traité à la cortisone. Ce nouveau coup du sort qui peut sembler une péripétie dans la vie d'un couple, devient vite une terrible épreuve pour une femme seule, fatiguée d'essuyer les foudres du ciel.
De nos après-midi nostalgiques, je garde le souvenir de quelques phrases solitaires, dérobées à nos plaintes d'exil, chuchotées dans le murmure de nos années algériennes, épuisées à force d'être rabâchées.
--" A chaque jour suffit sa peine!"
 YYY
 1954 s'acheva dans la joie des retrouvailles, avec le retour à la maison de notre petite famille et Paulo, guéri.
Les fêtes de fin d'année se passèrent sans le sou mais avec l'espoir au coeur.
Hélas, ton patron prétexta ton absence pour te signifier ton congé.
--" Qu'as-tu fais de ta fille?" te plaignais-tu avec une pointe de fatalité en t'adressant à ta mère disparue. Pourtant, tu reprenais vite le dessus, ma mère juive d'ALGERIE en déclamant l'un des proverbes arabes empruntés à ton enfance orientaliste.
--" Le Bon Dieu, il ouvre toujours une porte!"
Pour te donner raison, le patron de Jacky te demanda si tu étais capable de raccourcir un veston, retouché si parfaitement que tu devins la couturière attitrée des deux magasins de Belcourt. Ainsi, tout en restant chez toi, suprême récompense pour une mère juive d'ALGERIE, tu gagnas de quoi faire "bouillir la marmite de loubia".
La vie offre beaucoup mais demande davantage. Tu considérais que telle était l'exigence du passage sur cette terre et, loin de philosopher, la vérité sonnait souvent à ta porte comme à celle des éprouvés de la vie.
YYY
A présent que ma vie est assise entre deux chaises, deux pays, deux continents, entre  mon enfance tant regrettée et ma vieillesse tant redoutée, entre ton absence définitive et ta présence éternelle, je mesure la déchirure des déracinés de ta génération devant l'infamie d'un exodus à l'envers.
Déracinement sans anesthésie ni prothèse de ton arbre de vie transplanté dans un sol gelé et inhospitalier. Combien de larmes a t-il fallu verser, ma mère juive d'ALGERIE, afin que de jeunes pousses témoignent pour la postérité de sa résurrection.
Ma cinquantaine viola mon coeur d'éternel adolescent qui refusait jusqu'alors l'inexorable avancée de l'armée  des années enfuies. Ton départ pour le pays aux cent mille étoiles étouffa l'irréductible jeunesse qui habitait ma maison nimbée d'autrefois, de jadis et d'antan. Elle révéla  mon âge.

--" Quand je serais grand!" surprenait encore mes projets. Cette phrase de demain parfumait les rêves d'un gamin de Bab El Oued traînant derrière lui un demi-siècle d'incrédulité et d'enfance merveilleusement insatisfaite. Tous mes faits et gestes parfumés de Bébé Cadum et d'Elesca, de Vérigoud et de Crush, de Marignan et de Plaza, de café Nizière et d'Echo d'ALGER n'étaient qu'enfance retenue et bain de jouvence dans la permanence d'une idée fixe : redevenir petit.

Caché derrière le paravent de la nostalgie, je vivais le coeur à l'envers et l'esprit à l'étroit dans le cirque conventionnel de la sacro-sainte réussite sociale qui m'éloignait de mes jardins d'Arabie. Je continuais à vivre mes passions au pays d'autrefois, entre mes livres et tes récits, ma mère juive d'ALGERIE.

Aujourd'hui, je t'ai perdu et perdu définitivement mon enfance. Tu as rejoins le pays du Bon Dieu et moi celui des adultes. Dorénavant, le retour aux sources se fera solitaire, à pas lents, à pas lourds, en traînant la charrette aux souvenirs sur la longue route du déraciné. Toute volonté tendue, je ferais en sorte de ne pas dilapider ton héritage, ma mère juive d'ALGERIE.

Je n'oublierais jamais la leçon de mon maître d'école qui parlait de mondes engloutis et d'espèces en voie de disparition, m'assurant que seul le coeur des hommes possédait la faculté de faire oeuvre de mémoire et qu'il en était ainsi, depuis la nuit des temps.

Nulle autre ambition n'habite ces pleins et ces déliés couchés sur papier nostalgie. Faire revivre ton histoire, ma mère juive d'ALGERIE, et, à travers toi, tout ce monde disparu un matin de juin 1962, telle est l'oeuvre de mémoire que mon appartenance à la communauté juive d'ALGERIE m'impose. Je l'ai entamée dans la souffrance de ton départ et la poursuivrais dans une douloureuse sérénité où se croiseront et s'enchaîneront mille souvenirs et regrets d'antan.

Au cours de nos chevauchées en pays de là-bas, seuls sur notre île naufragée, la mère que tu étais et l'enfant que je redevenais, nous nous portions secours sans même nous en rendre compte. Notre oxygène s'appelait ALGERIE.

 FIN DE L' EXTRAIT                                                    

lundi 29 août 2011

JACQUES HELIAN JEAN MARCO ET LES ELIANES

CET HOMMAGE A JACQUES HELIAN, JEAN MARCO ET LES ELIANES POURRAIT  FAIRE SOURIRE LES PLUS JEUNES MAIS RAPPELEZ VOUS, QU' EN CE TEMPS LA, LA TEVISION EN ETAIT A SES BALBUTIEMENTS, LA MUSIQUE DES TEENAGERS N' EXISTAIT PAS ET LES ORCHESTRES DE GLENN MILLER, HARRY JAMES OU TOMMY DORSEY AVAIENT UN SUCCES FOU.
JACQUE HELIAN ET LA VOIX DE JEAN MARCO  ONT LAISSE UNE TRACE INDELEBILE DANS NOTRE MEMOIRE D'ALGERIE .

UN MOUVEMENT PLANETAIRE DE DEFENSE D’ISRAEL COMMENCE – Guy Millière

 Il se passe des choses très secondaires qui font les gros titres des journaux en France : François Hollande est désormais favori dans la primaire organisée par le Parti Socialiste. Il se passe des choses importantes et lourdes de conséquences qu’on continue obstinément à peindre en rose : la situation en Libye, par exemple. Je reviendrai sur la Libye, et sur l’évolution géopolitique du monde islamique aujourd’hui. Mais l’événement le plus important de la semaine à mes yeux a été le mouvement enclenché par Glenn Beck à partir des soirées qu’il vient d’organiser en Israël, et qui se sont achevées en apothéose mercredi 24 août.
Le discours tenu par Glenn Beck à Jérusalem a été impeccable de droiture morale et d’amitié sincère envers Israël. Je devrais le citer en entier tant chaque phrase me touche au cœur et doit être largement partagée. Je me limiterai à quelques extraits, particulièrement marquants :
« En Israël, il y a plus de courage sur un seul kilomètre carré qu’il n’y en a sur tout le territoire de l’Europe. En Israël, il y a plus de courage chez un seul soldat que dans l’ensemble des cœurs froids de tous les bureaucrates des Nations Unies ».
On ne saurait mieux dire, et je partage ces propos.
« Droits de l’homme, disent-ils. Mais sur quel pays focalisent-ils leur attention ? La Libye ? La Syrie ? La Corée du Nord ? Non. Ils condamnent Israël. Le petit Etat d’Israël. L’Etat démocratique et libre d’Israël. Israël, le pays qui accorde une valeur essentielle à la vie ».
Je partage ces propos encore. J’ajouterais seulement qu’on doit les fondements de l’idée même de droits de l’homme au judaïsme et qu’il faut une monstruosité particulière pour utiliser une idée qui doit ses fondements au judaïsme contre le peuple juif.
« Je dis que si le monde demande à savoir qui se tiendra au côté d’Israël, qui se tiendra au côté du peuple juif, de façon à savoir qui viser et qui condamner, faites savoir ceci. Condamnez-moi. Visez-moi. Je me tiens au côté d’Israël. Je me tiens au côté du peuple juif. Et si quelqu’un veut s’en prendre à nouveau au peuple juif, je lèverai la main fièrement et je dirai, il faudra m’écraser en premier ».
Je pourrais faire miens ces propos. Sans la moindre réserve.
Mille sept cent personnes seulement on assisté au discours de Glenn Beck, mais plus de mille quatre cent salles de par le monde l’ont retransmis. Et, surtout, Glenn Beck a annoncé qu’il entendait mettre en place un mouvement planétaire de soutien à Israël.
Je dirai : il est temps. Je dirai, comme l’a fait ici mon ami Jacques Kupfer : çà suffit.
Il y en a assez de la lâcheté et de l’hypocrisie des dirigeants politiques de la planète entière, à l’exception de Stephen Harper, et des candidats républicains à l’élection présidentielle américaine.
Il y en a assez de prétendre que l’Organisation des Nations Unies, ce club de dictateurs, de tyrans et de satrapes noyauté par l’islam radical, incarne en quoi que ce soit un « droit international ».
Il y en a assez des mensonges fielleux de tant de journalistes et de prétendus intellectuels qui, parce que cela leur permet d’imaginer qu’ils sont du côté du « progrès » et de la « respectabilité » crachent sans cesse sur Israël ou ne prononcent des paroles de tiède soutien à Israël que pour aussitôt les contrebalancer par quelques propos « pro-palestiniens ».
Il y en a assez d’appeler sans cesse Israël à la « retenue » face au terrorisme djihadiste.
Il faut que la vérité soit dite. Il faut que la propagande anti-israélienne qui est fondamentalement une propagande antisémite soit combattue et réfutée.
Il faut que les mensonges soient révélés pour ce qu’ils sont et que les menteurs soient démasqués.
Ce n’est pas seulement la tâche des Juifs sur toute la planète, et je trouve particulièrement détestables les insinuations de ceux qui disent à des Juifs : vous défendez Israël parce que vous êtes juif.
Ce doit être la tâche de tous les hommes dignes et droits. Tout particulièrement de ceux qui ne sont pas juifs, car ils peuvent répondre comme je le fais lorsqu’on m’interpelle sur le sujet : non, je n’ai pas l’honneur d’être juif, mais je suis humaniste, et résolument du côté de la liberté, de la démocratie et de la dignité de l’être humain, et, de surcroît, je suis absolument hostile aux falsifications de l’histoire et de l’information, cela vous dérange ? Si c’est le cas, tant mieux !
Je suis né chrétien, mais je me dis aujourd’hui agnostique. Les valeurs essentielles du judaïsme, cela dit sont les miennes. Les valeurs essentielles du christianisme sont les miennes aussi. Deux pays me sont particulièrement chers pour ce qu’ils incarnent : Israël et les Etats-Unis. J’estimerais davantage la France si je ne pensais d’elle aujourd’hui ce que Glenn Beck pense de l’Europe, et je le dis avec tristesse.
Glenn Beck est chrétien. Deux pays lui sont particulièrement chers : les Etats-Unis et Israël. Il est, de surcroît, conservateur, au sens américain du terme, comme moi.
C’est un homme qui a pris des risques pour Israël, et qui a mis sa carrière en jeu. C’est un homme qui a un auditoire vaste. Ce qu’il fait est très important. Il le fait au moment où c’est nécessaire, parce qu’il sait lui-même que c’est nécessaire.
Je souhaite plein succès à son entreprise.
Je trouve juste regrettable que certains, en Israël, aient mis sa sincérité et sa droiture en doute. Et je trouve plus regrettable encore qu’ils l’aient fait en reprenant des documents de propagande réalisés par des Juifs ennemis d’Israël travaillant aux Etats-Unis pour George Soros. Mais ce n’est pas très grave.
Je pourrais regretter que les mêmes aient, du coup, mis en doute mon amitié pour Israël et pour le peuple juif. Mais ce n’est pas grave non plus.
L’important est que la vérité avance, qu’Israël vive, et que, face aux manœuvres souvent répugnantes des ennemis d’Israël, face aux menaces d’assassins djihadistes qui, parfois, hélas, se concrétisent, quelques uns qui, je ne veux pas en douter, seront de plus en plus nombreux, se tiennent debout.
Et si quelqu’un veut s’en prendre à nouveau au peuple juif, il faudra m’écraser et me faire taire moi aussi.
J’ai fait le plein de menaces de mort diverses d’islamistes, d’insultes émanant de gauchistes, d’ « antisionistes » et de nostalgiques de Pétain, je suis boycotté par les grandes maisons d’édition et la grande presse en raison de mes position sur Israël, alors quelques attaques de plus ou de moins…
Reproduction autorisée avec la mention suivante et le lien ci dessous :
© Guy Millière pour
www.Drzz.fr

IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED de hubert zakine -39-

 CHAPITRE CINQUIEME
VIE QUOTIDIENNE
LE CINEMA
Bab El Oued découvre la magie de l’image animée un matin de juin 1905 avec l’arrivée du cinéma des Lyonnais. Installée au cœur de la Place Lelièvre, les opérateurs dressent leur matériel sous l’œil désapprobateur des boulistes qui voient ainsi leur terrain de prédilection travesti de chaises et de bancs, d’un écran blanc tendu contre la façade de l’école. Les enfants, à l’affût de la moindre découverte, renseigné par les instituteurs sur l’invention des frères LUMIERE, l’imagination en feu, profitent du laxisme de la fin de l’année scolaire pour rôder autour des trois techniciens afin d’en récolter les premières confidences. 
La séance prévue en soirée, chacun est prié par l’organisation de porter sa chaise, les premiers rangs étant réservés aux personnalités civiles et militaires invitées. L’animation de la Place ressemble aux journées taurines d’antan. Les boulistes, faussement stoïques, profitent du coin de l’œil du spectacle qui se prépare dans une cohue indescriptible. Dire que les enfants du faubourg rient des facéties de l’inénarrable BEAUCITRON, petit lutin moustachu qui annonce déjà l’immense CHARLOT serait minimiser le succès obtenu par cette lucarne magique qui écrit, ce jour là, la première page du grand roman d’amour qui unira désormais le cinéma à Bab El Oued.
Quelques années plus tard, le cinéma « plein air » gagne ses lettres de noblesse lors de soirées d’été mémorables. De Saint-Eugène à la Madrague, les opérateurs tournent leur manivelle d’un geste régulier, restituant parfaitement les déplacements des comédiens au grand bonheur des spectateurs. Pour l’instant, un piano désaccordé accompagne les tribulations hilarantes des MAX LINDER, HAROLD LOYD, LAUREL et HARDY, BUSTER KEATON  et autres comiques américains aussi turbulents que maladroits. Les midinettes se pâment devant la gestuelle exagérée d’acteurs gominés tel Rudolph Valentino, véritable bourreau des cœurs.
Le cinéma parlant détrône certaines stars du muet et Hollywood prend ses quartiers d’été à Bab El Oued qui ouvre plusieurs salles grâce aux frères SIARI et au maltais SEIBERRAS. Livré par ses propriétaires à la musique orientale lors d’entractes interminables  qui durent souvent plus longtemps que le film, le BIJOU, cinéma vétuste de la rue Rosetti, malgré une grande notoriété,  voit sa clientèle s’amenuiser et préférer le MAJESTIC, le TRIANON et le MARIGNAN, salles plus vastes, plus modernes et plus confortables.
Dans les années d’avant-guerre, le cinéma français verse dans l’exotisme.  «  Pépé le Moko «  recrute au sein de Bab El Oued de jolies filles brunes, souvent maltaises pour faire couleur locale après avoir  essuyé le refus des juives de la casbah pourtant très courtisées par le réalisateur, Marcel CARNE, mais couvées par une communauté encore repliée sur elle-même.
L’invention des frères LUMIERE trouve immédiatement sa place en ALGERIE et particulièrement dans le faubourg où l’on s’accuse sans cesse de faire du cinéma, de  taper  le « zbérote », de jouer la comédie. Il est vrai que le Bab El Ouédien est comédien dans l’âme. Les lieux publics, cafés, salons de coiffure, jardins sont envahis par des hâbleurs, des beaux parleurs, des baratineurs, des pipelettes, des midinettes aux allures de starlettes, des « tchictchiqueurs» dont l’innocence frôle la naïveté. On se bat entre hommes, en tête à tête, dans une entrée de maison,  car en ce lieu, le regard de l’autre importe énormément. De balcon en balcon, les femmes s’invectivent pour une peccadille avec le seul alibi de se faire entendre et voir. Gesticuler en ce pays semble une jouissance que l’on assouvit, escortée du plaisir ressenti par les acteurs de la comédia dell’arte.
/////
La promenade de fin d’après midi, le traditionnel « paséo » de l’avenue de la Bouzaréah ressemble à la grande parade d’un cirque au cours de laquelle  chacun tente de séduire chacune et inversement.
En sortant de l’école, du bureau, du magasin ou de l’atelier, il est de bon ton de « taper l’avenue ». Pour voir et être vu. La philosophie de la bonne image reste très vivace au sein du faubourg. Le dimanche, on sort l’habit du dimanche que l’on ne porte que le dimanche pour paraître « endimanché ». Il ne viendrait à quiconque, s’il en a les moyens, l’idée de porter un vêtement de semaine le dimanche. Comment parader sans habit de lumière? Comment se faire remarquer si l’on ressemble à tout le monde?
Quant à la jeunesse, elle s’identifie aux stars hollywoodiennes qui représentent le rêve absolu. Dans ce climat bon enfant, Bab El Oued s’émancipe cinématographiquement. Neuf salles proposent les derniers films sortis des studios de Hollywood ou de Boulogne Billancourt aux candidats spectateurs qui se bousculent pour retenir d’un dimanche sur l’autre les meilleures places, cochées par la préposée d’une croix rouge ou bleue sur le plan des salles selon le prix pratiqué.
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Le MAJESTIC ouvre ses portes en 1930, date du centenaire de l’Algérie. Considéré comme la plus grande salle d’Afrique du Nord avec ses trois mille deux cents places, son toit ouvrant les jours de grande chaleur, ses grands combats de boxe du dimanche matin et ses récitals de grandes vedettes de la chanson telles Maurice CHEVALIER, Charles TRENET, Tino ROSSI, Jacques HELIAN, ses ELIANES et son regretté chanteur d’origine Kabyle à la voix chaude, Jean MARCO, Edith PIAF, Charles AZNAVOUR, Yves MONTAND, Georges BRASSENS, DALIDA, Marino MARINI, Paul ANKA, Les PLATTERS pour ne citer que les plus représentatives de leur époque, draine une assistance, par ailleurs éprise de bons films français aux scénarios bien écrits. En fait, le MAJESTIC situé aux abords de l’Esplanade Nelson ressemble à son quartier bon chic, bon genre, avec la parenthèse musicale ou sportive qui voit déferler une jeunesse débordante de vie qui, curieusement, se tient mieux dans cette salle que dans les cinémas des autres quartiers de Bab El Oued. Le propriétaire n’a pas oublié les gens désargentés qui se payent pour une somme modique des dimanches après-midi de gala au sein du  « poulailler ». L’immense balcon, amphithéâtre qui plonge vers l’écran, donne l’occasion de faire des rencontres familiales ou de voisinage. On s’y salue comme si l’on ne s’était pas vu la veille, à grands renforts de « hou-hou » ou de coups de sifflet reconnaissables entre mille. Le désir de voir et d’être vu renverse toutes les barrières de la bienséance et du qu’en dira-t-on, pourtant très vivaces en ce pays.
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La palme du cinéma où l’on entend voler les mouches et froisser  les mouchoirs revient sans contestation possible aux « VARIETES », également situé au quartier Nelson, qui fait partie de la chaîne des cinémas appartenant au maltais SEIBERRAS. Ses programmes attirent une clientèle passionnée d’histoires mélodramatiques à forte résonance italienne avec en têtes d’affiche le beau Amédéo NAZZARI, le ténébreux Rosano BRAZZI, la pulpeuse Silvana PAMPANINI ou la séduisante Eléonora ROSSI-DRAGO. « Fils de personne », « Amis pour la vie », disputent aux films français « Les deux orphelines » ou « Chiens perdus sans collier » le titre du film le plus « mélo » de l’année. La séance terminée, les yeux rougis des femmes attestent de la « beauté » du film, où une mère indigne, « même pas elle mérite la corde pour la pendre, tellement elle en fait voir à son mari, le pauvre! »
--« Purée, qu’est ce qu’il est beau ce film! »
--«  Pour être beau il est beau, mais qu’est ce qu’on pleure! »
--«  Et c’est ça les beaux films, qu’est ce tu crois, ma fille! »
Les seuls films comiques qui trouvent grâce aux yeux du programmateur de cette salle se déroulent dans un petit village d’Italie et opposent Don Camillo à Peppone. FERNANDEL et Gino CERVI déclenchent l’hilarité générale dans une salle habituellement vouée à l’hégémonie du drame. Les larmes sont les mêmes mais c’est le rire qui les fait couler le long des joues des spectateurs et spectatrices.
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Le MON CINE prolonge les écoles de la rue Rochambeau et l’enfance par le choix de ses films de cow boys, de flibustiers et de gangsters au costume impeccablement cintré et à la gâchette facile grâce à son propriétaire, Jean Hannoun. Une fois par an pour les fêtes de Noël, les élèves sont invités à une séance gratuite afin d’assister à un film où les bons sentiments sont de rigueur. La leçon bien apprise, les enfants attendent le jeudi pour partager les aventures de leurs héros préférés, Hopalong Cassidy, Tom Mix, Buck Jones, le dernier des fédérés, Zorro et ses légionnaires, Errol Flynn en capitaine Blood, les Trois Corsaires, James Cagney le cogneur, l’énigmatique Edward G. Robinson, «  Le bagarreur du Kentucky », autant de voyages au pays d’une adolescence inoubliable.
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Avenue de la Bouzaréah, le TRIANON, autre possession de la famille SIARI, semble le dernier vestige d’un monde appelé à disparaître avec son style rococo, ses luminaires d’époque, ses artistes de cabaret officiant à l’entracte dans l’indifférence générale, ses comédies musicales américaines et ses opérettes filmées de Francis Lopez, Luis Mariano et Carmen Sevilla. Faute de spectateurs, le TRIANON  offre sa dernière séance aux gosses du quartier avant sa malheureuse démolition en 1956. Le modernisme engendre souvent ce genre d’opération où le rêve perd l’un de ses nuages pour l’illusoire société de consommation représentée en cette circonstance par la naissance d’un Monoprix au cœur du faubourg.
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Le MARIGNAN des frères SIARI détient le titre envié de cinéma possédant avec ses vingt mètres de long le plus grand écran des salles algéroises.A ce titre, il est le seul cinéma à offrir au public les premiers films tournés en cinémascope tels « La Tunique » ou « Capitaine King ».  Les grands classiques américains y sont diffusés en exclusivité. Très éclectique, la programmation vise tous les publics évitant toutefois le mélodrame pur et dur accaparé par les VARIETES. Cette salle est l’une des rares sinon la seule à réserver une baignoire aux personnalités de passage à Alger. Elle est également l’amphithéâtre préféré des matinées récréatives des écoles de Bab El Oued.
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Les anciens se souviennent du PALACE que supplanta LA PERLE, de l’Italien SCAFOGLIO. A quelques encablures de l’avenue de la Bouzaréah, ce cinéma frangé d’ombres propices se partage les faveurs des adolescents et des amoureux. La première jeunesse s’identifie aux Zorro, Tarzan, Robin des Bois et autre Maciste,  héros généreux qui défilent sur l’écran des jeudis après-midi tandis que les recoins offrent l’obscurité aux baisers et caresses malhabiles des amours hésitantes.
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Le RIALTO termine, avec la PERLE et le MON CINE, la trilogie des salles que s’approprie une jeunesse avide de grands espaces, de cavalcades héroïques et d’affrontements en tous genres. Au cœur même de la place Musette, donc de la Basseta, le RIALTO semble une terre étrangère aux spectateurs issus d’autres quartiers de Bab El Oued, tant les mœurs  en vigueur résistent au temps qui passe, tels les sièges en bois que les enfants s’évertuent à faire claquer lorsque le suspense est à son comble ou ce long roseau tenu par « Négro », le surveillant arabe à la peau d’ébène, qui assène quelques coups sur la tête des plus turbulents.
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Le PLAZA attire une clientèle bon enfant et bon public. Ici, dans cet amphithéâtre surchauffé, les films se succèdent sans idée directrice ou préconçue. Tous les genres sont abordés: péplums, drames, aventures mais aussi des histoires croustillantes où de jolies filles dévoilent quelques rondeurs au grand intérêt des jeunes et….des moins jeunes. Silvana MANGANO dans « Riz amer », Sophia LOREN dans « Ombres sous la mer », Gina LOLLOBRIGIDA dans « Fanfan la tulipe » marquent les esprits masculins bien au delà de leur talent de comédiennes.
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Le BIJOU, propriété des frères SIARI, est l’une des salles les plus anciennes du faubourg. Ce temple de l’art cinématographique de la  rue Rosetti est parfois pris d’assaut par les communistes espagnols après les répétitions des  cliques « musicales » dans les sous-sols des immeubles avoisinants. Dès son ouverture et lors du Ramadan, le chanteur Lili BONICHE accompagné par  l’orchestre MAHI ED DINE y produit des galas orientaux suivi par une forte communauté israélite qui fonde le succès de l’entreprise. Les films d’amour majoritaires fleurent bon la Provence, l’Espagne et l’air de Paris. Dans les années d’après-guerre, le BIJOU débaptisé, adopte l’enseigne du LYNX et sa programmation vise, elle aussi, la jeunesse avec un virage à 180 degrés. Les films d’aventures, comiques ou musicaux injectent un sang neuf dans les veines de cette petite salle où les coins d’ombres font le délice des amoureux. Dean MARTIN et Jerry LEWIS succèdent à Bud ABBOT et Lou COSTELLO, Elvis PRESLEY à Tino ROSSI, Burt LANCASTER à Douglas FAIRBANKS.
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Le SUFFREN, enfin, petite salle rénovée dans les années cinquante passe des films de série B qui font le bonheur de la jeunesse ou des deuxième voire troisième diffusion qui régalent le spectateur ayant raté la sortie en exclusivité.
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Pour fermer la boucle des cinémas de Bab El Oued, le MIGNON situé à la frontière de Notre Dame d’Afrique et du faubourg porte très bien son nom. Maison transformée par ses propriétaires, la famille FEVRE, en salle de cinéma au nombre limité de places qui accueille le voisinage et garde un côté bon enfant, le MIGNON demeura un cinéma » confidentiel ».
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Les chaînes impatientes de spectateurs, le préposé à la vérification des tickets, le jeu de 5/25 sur le trottoir, casino du pauvre qui permet d’empocher cinq fois la mise à l’aide d’un « tchic-tchic » et de gagner ainsi l’argent nécessaire à prendre sa place, les ouvreuses à l’impeccable robe rouge, l’agent de police charrié dans la pénombre par les garnements qui cessent la plaisanterie dès la lumière revenue, les « cœurs »,  ancêtres des esquimaux glacés, les petits Mickey (on ne disait pas encore dessins animés), les lancements, futures bandes-annonces, du prochain film, les actualités « GAUMONT » ou "FOX MOVIETONE", la sonnerie qui rappelle les retardataires sortis à l’entracte prendre le frais ou fumer une cigarette, les insultes qui fusent à l’adresse d’un « tousseur » impénitent, les larmes des spectatrices, le rire à gorge déployée aux facéties des FERNANDEL, BOURVIL et autres TROIS STOOGES , BUD ABBOT et LOU CASTELLO ou JERRY LEWIS, autant de moments forts de Bab El Oued qui signa des deux mains les bans de son mariage avec le cinéma.
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 A SUIVRE.........

dimanche 28 août 2011

TRES BELLE LETTRE D'UNE INCONNUE

A NOS ENFANTS ET A NOS PETITS ENFANTS.
POUR UNE HISTOIRE DES PIEDS NOIRS REMISE A L'ENDROIT.  
A CEUX QUI ONT TOUJOURS L'ALGERIE AU COEUR.
Avant toutes choses, permettez que je fasse une petite remarque sur le terme « RAPATRIEMENT ». Voilà bientôt 50 ans qu’on nous nomme « Les Rapatriés »alors que, si l’on se réfère au dictionnaire,on s’aperçoit qu’un rapatrié est«une personne ramenée dans son pays d’origine par les soins des autorités officielles». Ce qui est loin d’être notre cas !
D’abord, parce que nous avons quitté notre terre d’origine Françaisepour en rejoindre une autre que nous n’appelions pas la France,mais la Métropole, puisque là-bas nous étions déjà en France,ensuite parce que les soins des autorités officielles, à notre égard,ont été totalement inexistants …
Mais peu importe ce terme inapproprié, car je vous avouerai que,pour la plupart d’entre nous, notre Patrie d’origine étant seulement l’Algérie,nous nous sentons tout simplement exilés,ainsi que le traduit le dictionnairepetit Larousse illustré : " Personne obligée de vivre loin d’un lieu où il aurait aimé" être  Peut-il y avoir un terme plus exact et plus fidèle que celui-ci ?
Permettez aussi, que je revienne sur la date du 19 mars 1962 qui,soi-disant, aurait marqué la fin de la guerre d’Algérie ! Cela est totalement faux, puisqu’après cette date fatidique,nombre de soldats sont encore morts au combat.
 Il y a eu aussi le massacre du 26 mars 1962, à Alger,où, au cours d’une manifestation tout à fait pacifique pour apporter notre aide aux populations de Bab-el-Oued et à laquelle j’assistais avec ma Mère et ma sœur,60 Européens sont tombés sous le feu nourri de balles Françaises,souvent tirées à bout portant et où, également, 200 autres Européens ont été blessés. Si j’emploie le terme d’Européens, c’est qu’à cette époque,bien que cette appellation existait déjà bien sûr,on ne nous appelait pas encore Pieds-Noirs. La France a utilisé ce terme, à notre arrivée en Métropole, pour nous différencier des Français de France. Et c’est avec plaisir, orgueil, fierté et nostalgie que nous avons adoptéce nom, en souvenir des pionniers qui ont débarqué et construit l’Algérie.
Il y a eu aussi le 5 juillet 1962, à Oran, lors de la fête de l’indépendance, le massacre de 5.000 Européens par le FLN et l’ALNet ainsi que sur tout le territoire, l’enlèvement de 2.000 Européens,dont nous n’avons plus jamais eu aucune nouvelle et dont la France ne s’est jamais inquiétée ….
A cela, je veux ajouter le massacre de plus de 200.000 Harkis et leurs familles, dont le seul crime a été d’aimer,de croire en la France et de combattre aux côtés de cette Francequi les a lâchement abandonnés, non sans les avoir, avant cela,désarmés …
 A ce sujet, je préfère ne pas m’étendre sur cette tragédie d’un bateau rempli de Harkis qui devait gagner la France et qui a dû débarquer ces derniers, les livrant ainsi aux mains de barbares sanguinairesqui les ont tous égorgés sur le quai d’une ville dont je tairai le nom.
 J’en profiterai pour vous préciser que les Algérois n’ont réclamé de Gaulle que, parce que ce nom a été soufflé à la foule massée sur le Forum d’Alger et prête à accepter n’importe quoi et n’importe qui,pour garder l’ALGERIE FRANCAISE. Il y avait déjà belle lurette qu’à Paris les tractations avaient eu lieu dans ce but précis et que le nom de de Gaulle circulait dans les plus hautes instances …
Pied-noir de 5ème génération, j’ai eu la chance de voir le jour à Alger, dans une famille de 5 enfants. Ma mère travaillait à la bonne marche de la maison,à l’éducation de ses enfants et mon père était professeur d’anglaiset d’allemand.
Mes ancêtres, originaires de France, étaient, entre autres, de Lyon, de Castres, de Vienne, du département de l’Ain et de celui des Vosges ; Ils ont travaillé toute leur vie pour mettre ce Pays en valeur et ont participé à sa construction en asséchant les marécages, en le défrichant pour rendre sa noble terre fertile, en éradiquant les maladies, la misère, la pauvretéet en libérant les indigènes du joug des Turcs.
C’est ainsi que nos ancêtres nous ont fait le merveilleux cadeau d’un Pays magnifique, dans lequel nous vivions, Chrétiens, Juifs et Musulmans, ou Musulmans, Juifs et Chrétiens si vous préférez, côte à côte et sans conflit.
Nous ne cherchions pas à nous fondre les uns aux autres, car chacune de nos communautés était fière de sa spécificitéet avait le plus grand respect des autres communautés. Je vous préciserai d’ailleurs que je n’ai jamais entendu prononcer le mot « racisme » en Algérie.Nous avions nos coutumes, nos traditions et nous respections celles de nos compatriotes. Et si nous étions trois communautés principales, il y avait aussi parmi les Juifs et les Chrétiens, des Pieds-Noirs d’origine Italienne, Yougoslave, Portugaise, Espagnole, Mahonnaise, Sicilienne, Maltaise et d’autres encore. Chacune d’entre elles, apportait ses pierres à l’édifice,par les traditions, les coutumes, les chants, les recettes de cuisine, les plaisanteries ou les souvenirs de leurs anciens.
Enfin, le boulanger d’origine Italienne, le maçon d’origine Portugaise, la couturière d’origine Espagnole, l’épicier Arabe que nous appelions le « Moutchou » ou le « Mozabite », le coiffeur d’origine Sicilienne qui s’appelait souvent « Sauveur », le tailleur Juif ou le droguiste originaire de France composaient cette mosaïque colorée, puissante, enthousiaste, bruyante, tumultueuse, à l’accent prononcé et si caractéristique !
 Nous étions un peuple fait d’ouvriers, d’artisans, d’agriculteurs, de cultivateurs, de commerçants, d’enseignants, d’avocats, de notaires, de médecins, de pharmaciens, de petits colons (Ah ces colons ! Véritables boucs émissaires chargés de toutes les accusations mensongères et rendus responsables de tant de maux !), ces colons, disais-je, travaillaient dur la terre, entourés de leurs ouvriers arabes et pieds-noirs, pendant que les épouses des premiers soignaient les femmes et les enfants des seconds et qui, souvent, mangeaient à la table du « patron » et de sa famille.
 La poignée de riches colons, certainement moins nombreux, en proportion, que tous les riches de la Métropole, avaient déserté l’Algérie dès le début de la guerre et le peuple que nous formions n’était en rien semblable à ce que les Français de Métropole imaginaient …nous accusant de faire suer le burnous et de vivre comme des pachas !!!
Maintenant, si les droits civils n’étaient pas les mêmes pour tous, c’était auprès des autorités françaises qu’il fallait faire des réclamations. Eux seuls en portent la responsabilité. Pourquoi d’ailleurs, par souci d’égalité, ces autorités n’ont-elles pas rendu l’arabe obligatoire dans les écoles ???
Enfin, nous menions une vie simple, mais très agréable. La famille était très importante et le dimanche très régulièrement, nous allions chez nos cousins à Guyotville, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Alger, où, dans leur villa, nous nous retrouvions environ une trentaine. Il y avait les Mamies, les Mémés, les Papis, les Pépés, les Tatas, les Tontons, les Tantines, les Titounes, les Marraines, les Parrains,etc, etc ….
Les adultes, dans le salon, refaisaient le monde, jouaient aux cartes ou bien, dehors, s’adonnaient à de célèbres parties de pétanque, ou partaient à la pêche suivant le temps, tandis que nous, les enfants, au nombre d’une vingtaine, nous partions dans la campagne, des journées entières, emportant, dans un panier, notre repas qui consistait en deux tranches de pain imbibées d’huile d’olive et d’ail pilé, de tranches de saucisson et de soubressade …. En guise de dessert, nous grignotions des  pin-pignons que nous récupérions dans les pommes de pins ou cueillions dans les champs des plantes aux fleurs jaunes que nous appelions «vinaigrette» et, suivant la saison, dégustions des nèfles, des grenades ou des plaquemines (KAKI),que des arbres généreux offraient à nos yeux émerveillés. Nous en mangions parfois tant que nous finissions, le soir, par souffrir de douleurs abdominales …et pour rafraîchir notre gosier, nous avions des gargoulettes remplies d’eau que nous suspendions à une branche, afin que le vent les rafraîchisse.
Nos parents n’étaient pas inquiets, car nous ne risquions rien. Je n’ai jamais entendu parler dans ce Pays d’un crime, d’un enlèvement,d’un viol, ni même d’un vol. Nous laissions voiture et maison ouvertes et pas une seule porte d’entrée d’immeuble n’était fermée à clef. Elle restait ouverte nuit et jour, à tous les vents et ce, même pendant les évènements. Il aura fallu que je vienne en France pour découvrir le système des noms et des sonnettes à l’entrée des immeubles, fermés à double tour !!!!
 Parfois aussi, nous faisions des pique-niques monstres dans la forêt de Sidi-Ferruch, de Zéralda ou de Baïnem. Nous étions 15 ou 20 et chaque maîtresse de maison apportait une spécialité. Une tchouchouka, une tortilla, une frita, une quiche ou des œufs durset nous mettions tout cela en commun, après que les adultes se soient rafraîchis d’une bonne rasade d’anisette accompagnée de tramousses,de graines de pastèques séchées et salées et de zitounes. Sans oublier, au moment des fêtes de Pâques, pour le dessert ou le goûter, la célèbre et délicieuse «Mouna», une grosse brioche au sucre et au parfum d’orange qui nous caressait les narines et que savourions avec délice. Lorsque quelques morceaux de celle-ci avait échappé à la gourmandise des «Gargantua», notre plus grand plaisir était, le lendemain au petit déjeuner, de les déguster, après les avoir trempés dans notre café au lait !!!
Enfin, quelques années plus tard, nous avons troqué nos balades dans la campagne et nos pique-niques contre les surprises parties (qu’on appelait les bouffas) qui duraient jusqu’au lendemain matin, puisque le couvre-feu nous interdisait de sortir après 21 h 00.Mais rassurez-vous, en tout bien tout honneur, pas question d’avoir la moindre attitude équivoque !
Le 1er novembre 1954, j’allais avoir 11 ans, lors des premiers attentats dans les gorges de Palestro. Et c’est ainsi que nous avons passé notre jeunesse à entendre parlerde massacres, d’embuscades, de bombes dans nos bus,dans nos cafétéria, dans nos dancings et dans nos cinémas. Mais on finit par s’habituer au danger et on vit avec,tout en s’horrifiant d’apprendre qu’un nouvel attentat vient de faire des victimes dont on cherche à s’enquérir de suite des identités et en remerciant le Seigneur d’avoir échappé à ce drame.
Le lundi matin parfois, à l’école, une place restait vide … Deux ou trois jours plus tard, nous apprenions que notre camarade de classe, qui était pensionnaire et ne rentrait chez elle qu’en fin de semaine,et toute sa famille, vivant dans une ferme, avaient été assassinées.
 Et pourtant, à Alger, comme partout en Algérie, nous continuions à vivre en osmose avec nos frères musulmans.
En classe, j’ai fait tout mon primaire et tout mon secondaire dans une école religieuse et avec des amies musulmanes. Leïla, Ratibah, Nadia, Djamila, Ouardia, etc, etc …
La seule différence est qu’elles n’assistaient pas à nos cours de religion et croyez-moi, elles n’ont jamais été offusquées par la vue du crucifix dans les salles de classes, dans le réfectoire ou,pour celles qui étaient pensionnaires, dans les dortoirs …. Nous-mêmes,trouvions tout à fait normal d’entendre le canon qui annonçait chaque soir, pendant le ramadan, la trêve qui leur permettait enfin de se restaurer. Je me souviens, de ce moment précis,où un cri joyeux montait de la ville et par lequel, les Musulmans saluaient ce moment béni !
Malheureusement, nous n’avons plus été en classe après les évènements du 26 mars 1962 car nous avons compris à cet instant que la France nous lâchait définitivement. Mais jusqu’à ce moment-là, je vous avouerai qu’avec des camarades de classe, il nous arrivait de «taper cao», faire l’école buissonnière si vous préférez. Et où allions-nous pour ne pas nous faire surprendre par nos parents ? Rue de la Lyre, dans les quartiers arabes, tout près de la casbah. Nous n’avons jamais eu le moindre problème !
 Hélas, après 122 ans de labeur et de quiétude, il aura fallu qu’un ventde folie s’abatte sur l’Algérie avec, pendant 8 ans,la barbarie et la cruauté que l’on sait, répandant la peur dans tousles foyers et le sang dans les villes et les campagnes, par des attentats sordides, aveugles et lâches.
Et pourtant jusqu’à la fin, nous avons cru sauver notre sol natal ! Aussi, lorsque l’O.A.S a voulu, dans un légitime et dernier combat, se dresser face à la politique d’abandon de la France, nous avons cru trouver là, notre sauveur. Mais hélas, il était trop tard et le sort de notre Algérie en était déjà jeté.
Le gouvernement Français a rappelé l’Armée Française en Métropole. En Algérie, le désordre devenait total et le danger à chaque coin de rue. Les murs se couvraient d’inscriptions injurieuses et menaçantes à l’égard des Pieds-Noirs et notamment :
 « La valise ou le cercueil »…
C’est alors que nous, les Pieds-Noirs, bien que beaucoup de Musulmans nous suppliaient de ne pas quitter l’Algérie et de ne pas les abandonner, nous avons dû partir avec les deux valises auxquelles nous avions droit,en nous disant : «Bon, on va partir quelques jours, le temps que tout se calme,puis nous reviendrons».
Mais hélas, nous ne sommes jamais revenus sur la terre de nos ancêtres qui, certains, ont encore la chance de dormir en paix au sein de cette terre qu’ils ont tant chérie, alors que d’autres, exhumés par des mains barbares, n’ont, pour toute sépulture et pour tout repos, que notre mémoire fidèle et notre reconnaissance éternelle.
En ce 19 juin 1962, avec ma Mère, ma sœur et mes petits frères, j’ai connu l’attente interminable sur les quais d’Alger sous un soleil de plomb. Puis,nous sommes montés dans un bateau et tous, nos yeux pleins de larmes rivés sur Alger, nous avons regardé notre ville disparaître dans une épaisse brume de chaleur, jusqu’à s’en faire fondre les yeux.
 La traversée sur le Sidi-Okba fut mouvementée, tant le bateau était surchargé de pauvres gens qui ne cessaient de pleurer, serrant contre eux un bébé, un enfant, un parent, un chien ou même une cage d’oiseaux. Nous étions au bord de l’asphyxie, au bord du désespoir, au bord de l’abîme. C’était l’exode dans toute son horreur !
Arrivés sur les quais de Marseille, nous n’avons pas vu l’ombre d’un comité d’accueil pourtant annoncé.Non, rien ! Ah si, j’oubliais … Quelques ouvriers, au moment où nous nous sommes croisés, ont craché dans notre direction, en bredouillant quelque insulte …
 Ne trouvant aucune chambre d’hôtel pour nous accueillir, je me souviens que, ma sœur, mes petits frères et moi, nous sommes installés sur le dernier banc qui, par chance, restait inoccupé, place de la Bourse. Tout autour de nous, une multitude de Pieds-Noirs hagards, désemparés, flanqués de leurs deux valises, attendaient, comme nous, un je ne sais quoi, s’épongeant le front et essuyant d’un geste las, des larmes bien amères !!!
Maman était partie dans l’espoir de nous trouver un toit pour y passer la nuit. Et le miracle s’est produit. Nous avons été recueillis dans la sacristie d’un temple Protestant situé boulevard de la Libération. Bien souvent,dans mes prières, je remercie ce charitable Pasteur qui n’a pas eu peur de s’encombrer de ces «sales Pieds-Noirs», comme on nous a longtemps appelés …. Nous y avons passé une semaine, le temps de réaliser notre infortune,puis, suivant les conseils de ce «cher maire de Marseille», Gaston Defferre qui exigeait que «les Pieds-Noirs aillent se réadapter ailleurs ou qu’on les balance à la mer», nous sommes montés sur Lyon.
Quelques hommes politiques ont voulu jouer les « cassandre » et prédisaient que les Pieds-Noirs, ces voyous, en bandes organisées, allaient commettre des méfaits dans toutes les régions de France
Il nous aura fallu trois mois pour obtenir un appartement dans une H.L.M. Nous n’avions aucun meuble, mais, l’automne étant au rendez-vous, nous étions heureux d’avoir enfin un toit !
 Dans cette H.L.M, il n’y avait que des Pieds-Noirs. C’était pour nous une consolation, ils devenaient un peu notre famille puisque nous étions tous disséminés aux quatre coins de l’hexagone, sans famille et sans amis ! Mais je regrette une chose, c’est qu’une fois de plus,le gouvernement se soit fourvoyé ! Pourquoi n’a-t-il pas installé les Harkis avec nous, plutôt que de les parquer comme des pestiférés ? Avec eux, nous nous serions sentis encore un peu chez nous …
 Aux alentours, les Métropolitains ne nous adressaient pas la parole et à l’école de secrétariat où j’ai continué mes études, personne n’a compris pourquoi j’étais blonde aux yeux verts …
Ainsi, les Pieds-Noirs, à force de courage et faisant fi de toutes les accusations dont ils ont été victimes et auxquelles ils n’ont jamais pu répondre, parce que muselés par la classe politique et les médias, ont réussi, petit à petit à se refaire une vie. Mais, devant l’ampleur de la tâche et le chagrin du partir, nombreux sont ceux qui ont mis fin à leurs jours.
Nous sommes restés les Africains revenus de loin, après avoir laissé derrière nous, un pays superbe aux infrastructures terrestres et aériennes étonnantes, aux villages «de l’intérieur» inondés de soleil et bordés de champs de vignes,de céréales et d’arbres fruitiers, aux villes fières aussi bien de leurs immeubles Haussmanniens,que de leurs petites maisons, de leurs bâtiments imposantsde style oriental, de leurs parcs odorants et de leurs plages, caressées par une mer intensément bleue, jusqu’à se confondre avec le ciel.
 Enfin, si l’accueil et l’installation en France ont été très douloureux, le départ de mon Algérie, de mon Pays Natal aura été infiniment cruel.
 Alger me manque ! Alger est resté intact dans mon cœur. Ma Ville Natale sera, pour toujours, mon Amour, ma Douleur et mon plus beau Souvenir.
 Je n’oublierai jamais ma Terre d’Algérie, sous l’infini d’un ciel bleu,dans sa beauté, sa blancheur et son soleil …. Et la Nostalgérie m’étreindra jusqu’à mon dernier soupir.
 Aujourd’hui si l’on me demande d’où je viens,je réponds comme dans la chanson :
« Je viens d’un Pays qui n’existe plus »
Fait à Aix-en-Provence le 22 avril 2011

samedi 27 août 2011

ENRICO MACIAS ET GEORGES GUETARY

                     GEORGES GUETARY ET ENRICO MACIAS CHANTENT L 'ORIENTAL
                                                   ET  EL POROPOMPERO
                         ENRICO CHANTE LA MAMMA ACCOMPAGNE PAR GUETARY

LE DICTIONNAIRE PATAOUETE de hubert zakine

OUBLI : au singulier, ça s'écrit "oubli" et au pluriel, ça devient "zoublis" parce que le pataouète il aime les liaisons dangereuses. Un oubli c'est un cornet de glace sans glace (même qu'à Alger on disait crème) plus fin, plus grand et plusse bon.
Comment on peut  oublier les zoublis . Yaraslah!
PAÏGONE : le païgone il a aucun respect pour l'aspect.Il est fagoté comme l'as de pique et il se lave quand il lui tombe un oeil. Son grand frère, c'est le païgone hasnah
PAM : Indispensable pour jouer aux billes ou aux noyaux. Tout le monde, il en a deux sauf les manchots. C'est la distance entre l'extrémité du pouce et l'extrémité du majeur (que c'est aussi avec lui qu'on tape l'olive!) Un pam y pouvait faire gagner ou perdre une partie.
PANCHA:  la pancha que le pataouète y prononce PANTCHA, ça signifie le VENTRE. On peut se "taper une pancha de rigolade", se "taper une pancha dans la mer" quand on tape le plongeon ou "avoir une pancha de femme enceinte" quand on est gros comme une baleine. La PANTCHA à toutes les sauces, on pouvait la taper!
PAPA VINGA (FAVA VINGA) : Pourquoi papa et pas maman, dieu seul y le sait! Peut être parce que ce jeu de fous il était réservé aux garçons! A savoir!
Papa vinga ou fava vinga, c'était un jeu qu'à côté les mélées de rugby, c'est un jeu de fillettes. Deux équipes de dix mabouls. Une équipe elle fait la chenille à  la queue leu-leu en s'arrcqueboutant les uns après les autres contre un mur et l'autre équipe, aya zoumbo, à saute mouton, elle tente de grimper et de rester sur le dos des adversaires sans qu'aucun membre de l'équipe "sauteuse" retombe. Un jeu de "saute mammouth" comparé au jeu de "saute mouton! Le nombre de foulures et de bagarres, j'vous dis pas!
PATRAQUE : quand le pataouète il a pas les yeux en face des trous, quand il a la loubia qui remonte, quand il a les jambes flagadas ou quand il a pas envie d'aller à l'école, y dit qu'il est PATRAQUE.
PAREIL : qund le patos y dit "il est sage comme une image" alors que le pataouète y certifie "il est mauvais pareil une teigne!"
PELOTE : les "chitanes" de là-bas, on roulait pas sur l'or ni sur le pétrole. Mais on avait des idées! Comme on pouvait pas se payer un ballon pour jouer au foot, raïeb de nous, on se cotisait pour acheter une pelote en caoutchouc et commençait alors, le match du siècle dans le quartier!
Si on n'avait pas de sous, on se fabriquait une pelote en tissu, en papier et à la rigueur on cherchait dans la rue une boite de chique en fer blanc pour disputer un match "égout à égout". Les pelotes de notre enfance, c'est des souvenirs inoubliables!