mercredi 31 août 2011

SQUARE GUILLEMIN de Hubert Zakine -21 -

Après une nuit agitée, Bouzouz y me parle de Maryvonne, la petite de la rue Mazagran qui se verrait bien marcher avec moi. Bouzouz, c’est la nouvelle marieuse du quartier ou quoi ! La petite, elle est du genre à fréquenter les bains d’El Kettani où les filles d’officiers, de gradés et compagnie, elles sont à prendre avec des pincettes.
--Mais tch’es fou, c’est pas mon genre, une fille comme ça. On dirait qu’elle va à la messe tous les jours !
--Ouais, mais elle est classe !
--Justement, je vais  l’affoler avec ma façon de parler !
--Quelle façon de parler ?
--Sara sara, je vais lui parler en arabe !
--Et alors, elle est née à Bab El Oued !
--Ouais mais pas dans la casbah judéo-arabe !
--Et bien tch’as qu’à parler français !
--Ouais, tch’us veux pas que je me fasse tapette, aussi !
Bouzouz, il insiste lourdement.
-Nicole, elle va être jalouse comme une tigresse !
Boisis y rêve la nuit. La vérité, je le préfère en John Wayne qu’en marieuse. Même pas je suis d’accord, Bouzouz il entérine le choix. On dirait qu’il a des actions sur mon avenir. Maryvonne elle croit que c’est arrivé.
--Je lui ai dit de venir cet apreum à trois heures et demie !
--Pourquoi si tôt ?
Ce bâtard, il a pensé à tout.
--Comme ça, quand Nicole elle arrivera, elle sera là !
Purée, c’est devenu un fin tacticien. C’est pas possible, y doit lire « Nous deux », « Atout coeur », « Intimité » et « Confidences » pour connaître les ruses de l’amour !
J’en mène pas large. Premièrement comment je vais abordé Maryvonne qui semble être une fille à pèpe et deuxièmement, même si vais jouer le barbot devant Nicole, j’avais pas prévu de remarcher avec une fille si tôt. Tout ça à cause de Bouzouz ! Franchement, j’étais pas plus tranquille avant quand je me prenais pas pour un  zazou !
Voila Maryvonne ! La vérité, c’est un canus pour son âge mais justement elle fait pas son âge. On dirait qu’elle a trente ans avec son air de tout savoir. Elle parle avec l’assurance d’une "messrodah" comme elle dit ma mère! Elle a l’air de se croire mais quand je l’entends parler, on devine que  c’est une vraie fille de Bab El Oued! En plus, elle est belle elle aussi. Quel dilemme si toutes les filles elles sont plus belles les unes que les autres ! Nicole, je la vois dans son jardin. C’est vrai qu’elle doit se demander pourquoi Maryvonne, elle me tourne autour comme ça. Et pourquoi, je fais pas cas d’elle ! Elle me fait de la peine. Je parle  à "messrodah" et je regarde Nicole. On dirait qu’elle est punie assise près de la bonbonnière au milieu des copines de sa mère. Elle est pas descendue jusqu’à mon jardin comme si elle avait compris que la frontière avec l’Italie, elle était située entre les deux jardins. Capo, sa banane et son peigne, y nous rejoignent. Maryvonne, elle le regarde d’une drôle de manière en le voyant se recoiffer toutes les dix secondes. Le temps y passe trop vite et Maryvonne, pas désobéissante pour deux sous, elle rentre vite chez elle à l’heure précise fixée pas sa mère. La vérité, je préfère les gros yeux de la mère de Nicole. Bouzouz, ce bâtard, y nous invite à consommer des cacahuètes kermèches chez le marchand ambulant. Comme un fait exprès, c’est juste en face de la bonbonnière de Pasquale.  Y met en pratique ses lectures. A tous les coups, le journal « A Tout Cœur » il a dû lui conseiller de rendre jalouse Nicole ! Yaré Boisis ! On s’assoit sur l’escalier surélevé de la devanture de la pharmacie Lafarge et on mate les filles qui passent et moi je mate Nicole. Elle est restée bien sage durant toute l’après midi. Pas d’Italiens des Messageries en vue. Pas d’Espagnols ni de Vénézuéliens non plus ! Peut être que la jalousie, elle est mauvaise conseillère, à savoir. Bouzouz, y doit savoir lui avec ses lectures de femmes ! (Y vaut mieux que jamais y lise ce livre ou sinon y se fâche à mort.) C’est que Bouzouz quand y se fâche, ça peut durer des années ! Un jour, en plein hiver, Capo, Mani et moi, on le rejoint au café Scotto où y tape le match du siècle au ping-foot avec son cousin Jacky. Nous, toujours on déconne. Je lève le goal de Bouzouz et il encaisse un but. Man, la crise qui nous tape ! Y prend toutes les boules, il les jette dans le but et, sans un mot, y s’en va. Avec un autre, comme certains cucu la praline y disent, ça casse pas trois pattes à un canard, mais avec Bouzouz, c’est la guerre de cent ans qui recommence mais sans anglais, seulement avec ses amis. Y nous a boudé pendant un mois et comme on est l’un à côté de l’autre en classe, imaginez l’ambiance ! Même plus on pouvait copier ! Heureusement, le Grand Pardon y connaissait. Alors, il a réfléchi à son mauvais caractère et il a fait amende honorable. Je sais pas ce qui serait arrivé si on avait été catholiques, arabes ou vénézuéliens ! Qu’est ce que j’ai avec le Vénézuéla !Même pas je sais où c’est !
A SUIVRE.......

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