jeudi 30 juin 2011

GUELMA ET SES SOURCES THERMALES

La ville numide s'appelait Malacca et fut importante sous le règne de Massinissa. Des inscriptions libyques trouvées à Guelma prouvent que la région a été civilisée bien avant l'arrivée des Carthaginois ou des Romains; des mentions latines attestent que Guelma portait déjà le nom de « Calama », bien que ce nom soit probablement d'origine phénicienne. L'histoire de Guelma est riche en évènements, et son territoire est parsemé de sites d'une étonnante originalité.
Sallustre rapportent les récits des batailles que Jugurtha y livra en 110 avant J.-C. aux troupes romaines; il aurait vaincu, non loin de la ville de Guelma, précisément dans la mystérieuse Suthul, le général romain Postinius Albinus, un de ceux qui furent à l'origine de l'antique Calama qui devint un centre urbain important au cours du Ier siècle de notre ère. Élevée au rang de municipe sous l'empereur Trajan et patronnée par Vivia Aurélia, sœur de l'empereur Commode (fin du IIème siècle) Ne fut-elle pas, avec Setifis (Sétif) et Hippo-Reggius (Annaba), un des greniers de Rome au cours des IIe et IIIe siècles après J.-C., attestant que la période du règne des Sévère fit d'elle une des régions les plus prospères ?
Thermes
Au cours de l'époque chrétienne (IVe et Ve siècles), Calama a eu comme évêque Possidius qui était aussi biographe de saint Augustin et appartenait à la province ecclésiastique de Numidie. D’ailleurs Saint-Augustin et Donatus évoquent la prospérité de cette ville. Dès l'invasion vandale qui détruisit la ville, Possidius alla se réfugier à Hippo-Reggius et Calama tomba au pouvoir de Genséric. Après la reconquête de l'Afrique du Nord par les Byzantins, Solomon, général de Justinien, y fit construire une forteresse en 533.
Vint ensuite l'époque de la civilisation arabo-musulmane qui marquera à jamais l'histoire de Calama appelée désormais « Guelma ». Selon Ibn Khaldoun, des tribus arabes, en particulier les Banu Hilal, s'étaient déjà installées au cours du IXe siècle dans cette région attractive.
L'époque ottomane, quant à elle, n'a pas connu de changements radicaux dans le paysage socioculturel de la ville. Cependant, elle a laissé aussi des traces, ne serait-ce que par quelques noms de famille qu’on retrouve aujourd’hui.
Conquise en 1834 par les Français, le maréchal Bertrand Clauzel, frappé par l'importance stratégique du site, y établit un camp permanent en 1836. C'est l'origine que le ville actuelle qui, dès lors, accueillit plusieurs générations de colons et de pieds-noirs.








IL ETAIT UNE FOIS BAB EL OUED de hubert zakine -29 -

CHAPITRE TROISIEME
L’ECONOMIE
LES TRANSPORTS
Bien avant la présence française, la Régence d’Alger utilisait le cheval, animal noble, pour la monte des soldats et de la noblesse du pays, les écuries du Dey, future Salpétrière, attenantes la plus grande caserne des janissaires. Ces soldats venus des quatre coins du globe, enlevés à leurs parents lors des razzias ottomanes, fer de lance de l’empire, cavaliers émérites, lâchaient leurs montures chaque matin le long de cette plage connue sous l’appellation de « plage des chevaux ». Appellation conservée plus tard sur le sable où s’ébattent les chevaux des Messageries de Monsieur BONNIFAY qui parcourent les lointaines contrées jusqu’à Guyotville. Les galères à chevaux transportent la pierre bleue extraite de la carrière afin de construire les fortifications de la ville suivis des aménagements extérieurs de la proche banlieue.
En 1876, les Omnibus à chevaux déplacent les passagers tout au long du littoral. Seuls les hommes du pouvoir et la bourgeoisie du pays battent la campagne environnante et les allées non pavées de Bab El Oued à bord de calèches personnelles conduites par des hommes de bonne mise. Tel le premier gouverneur des possessions françaises en Afrique du Nord, le Comte DROUET D’ERLON qui se pavane dans tout Alger accompagné du « juif DURAN », son conseiller intime dont il francise le patronyme en y ajoutant un D ; ce qui lui vaudra plus d’une inimitié.
De son côté, le bourricot est utilisé pour sa robustesse et sa rusticité au nettoyage des voiries. Moins noble que le cheval aux yeux de la Régence, il ne sert qu’aux tâches ingrates. Plus tard, il retrouvera ses lettres de noblesse en portant sur son dos les petits enfants pieds noirs au square Bresson.
Les « Corricolos »,  diligences à vapeur des premières années, montées sur rails aux noms évocateurs, « le lézard », « le berceau d’amour », « le lion du désert », les jardinières tirées par trois chevaux, les hippomobiles de construction douteuse subissent le vent du modernisme. La Compagnie des Chemins de Fer du Réseau Algérien installe les lignes parallèles aller-retour Bab El Oued - Deux Moulins empruntant la corniche souterraine du littoral creusée dans la roche. A partir de 1860, le départ s’effectue à la gare de Bab El Oued située sous le contrefort du boulevard Front de Mer à hauteur des « Bains des Familles ». Quant à la compagnie des Tramways Algériens, sa ligne traverse la ville dans le sens de la longueur mais ne pousse pas au delà.
Les autobus et les trolleys bus prennent le relais au début des années 50 en utilisant pour les trolleys bus les lignes électrifiées des Tramways. Le langage populaire ampute, alors, ce moyen de locomotion de sa deuxième syllabe pour ne plus le désigner que par l’appellation tronquée : « Trams ».
La jeunesse du faubourg malgré les multiples recommandations des parents et la colère du conducteur adore se faire transporter gratuitement en s’accrochant, telle une grappe humaine, à la dernière voiture du Tram dont les perches se détachent souvent de la ligne provoquant  des étincelles qui apeurent les passants.
Les mêmes enfants devenus adultes se souviendront toute leur vie du moyen de transport qui les déportera d’un coup d’aile sur  l’autre rive de la Méditerranée. Un voyage au long cours dont ils se seraient bien passé. Un exodus à l’envers qui éloignait de la terre promise un million de pauvres pantins patriotiques. Tous les exils sont douloureux, tous les exodes sont malheureux. Le drame des arrière-petits fils et arrière-petites filles des bâtisseurs de Bab El Oued a marqué les esprits et les cœurs au delà du supportable.
A PIED, A CHEVAL OU EN VOITURE !

A SUIVRE.....

mercredi 29 juin 2011

LE DESTIN FABULEUX DE LEON JUDA BEN DURAN de hubert zakine

David DURAN posa sur la table d'hévéa, teintée d'acajou, son verre d'absinthe dont le pied torsadé de cristal bleu renvoyait, par transparence, un rayon de soleil qui s'écrasait, multicolore, sur le mur blanc du patio de sa "djenan".
Il s'avança à pas feutrés vers le panorama scintillant d'azur d'EL DJEZAÏR qui se vautrait dans le grand lit d'une méditerranée enflammée d'une aurore rougissante.

De sa terrasse ouverte aux quatre vents, disséminées sur les collines toutes proches de la BOUZAREAH, se dévoilaient de jolies maisons de campagne, émergeant de bouquets d'arbres accrochés aux flancs des coteaux. Il se dégageait de cette vue simple, naïve et grandiose à la fois, une sérénité et un charme indéfinissables qui plongèrent David dans un doux moment d'éternité.

Le maître de maison gonfla, alors, ses poumons dans un soupir de contentement puis s'arracha à cet instant de bonheur espéré depuis neuf mois.

Une heure auparavant, sa douce Aïcha BIBAS lui avait offert au prix de mille souffrances muettes, le premier fruit de leur arbre de vie, Léon Juda BEN DURAN.

Dans un geste millénaire, la petite mémé, Esther BIBAS, trempa son petit doigt dans une fiole d'eau de fleur d'oranger pour l'offrir à la bouche en coeur du nouveau-né afin que sa vie soit douce et heureuse. Puis, elle l'emmaillota après lui avoir maquillé, selon une coutume empruntée à la mystique musulmane, le nombril de henné, promesse de fertilité. Lorsque toutes les traditions orientales et religieuses furent satisfaites, le père de famille reçut la bénédiction de la petite mémé qui le pria d'ouvrir la lourde porte de bois sculptée par Mardochée OUALID, ébéniste d'art de la "kasbah". Ensuite, elle invita son gendre à contempler la "merveille des merveilles", son petit-fils qu'elle adorait déjà.

David entra dans la chambre tamisée par de lourds rideaux de velours pourpre que la petite mémé avait refermés pour laisser reposer sa fille. Le petit Léon Juda dormait tirebouchonné dans un épais "haïk" brun, le pouce droit rivé à ses lèvres minuscules. David DURAN se recouvrit alors les épaules de son châle de prière, le "taleth", posa l'angle droit de l'étoffe ciel et blanc sur le front du nouveau-né puis, après un louange à l'Eternel, l'embrassa en guise de bénédiction. Il remercia sa douce Aïcha de lui avoir donné un fils, perpétuant ainsi, et son nom et sa race.

Puis, heureux parmi les hommes, il se versa une deuxième absinthe et trinqua avec le majestueux panorama d'EL DJEZAÏR
YYY
Descendant de " RASHBAZ ", l'illustre RAbbi SHimon BAr Zémah DURAN, David avait reçu en héritage de son célébrissime aïeul, le respect et le prestige liés à  ce brillant théologien qui débarqua sur les côtes africaines, chassé par l'inquisition médiévale de 1391 et les massacres de PALMA DE MAJORQUE où "RASHBAZ" cumulait les fonctions d'astronome et d'éminent médecin. Sitôt en EL DJEZAÏR, ce grand "Rabbanim" réunifia le judaïsme du pays en étroite collaboration avec son maître " RIBACH ", Rabbi Isaac BArfat Ben CHechet.
Premier rabbin salarié d'AFRIQUE DU NORD, il influença la vie juive grâce à la rédaction, en 1394, des "Taqqanot", ordonnances sur les lois matrimoniales, les successions et l'unification des pratiques religieuses dans toute l'Afrique du Nord. Ses "responsa", approuvées par les hautes instances du pays,  furent adoptées et firent autorité plusieurs siècles durant.

Jusqu'à la fin du XIXème siècle, ses descendants seront les leaders spirituels de la communauté israélite d'EL DJEZAÏR.

A cette époque, les DURAN, tout en poursuivant l'oeuvre de leur ancêtre, développèrent une intense activité commerciale avec de nombreux ports méditerranéens. Habiles négociants, ces juifs "espagnols" damèrent le pion aux juifs "livournais" qui s'étaient approprié le commerce de la Régence grâce à leurs relations internationales.

La libre concurrence profitant avant tout au pouvoir ottoman, le Dey d'EL DJEZAÏR encouragea la Maison DURAN en s'attachant ses services tout en flattant les Maisons BACRI, BUSNACH et consorts.

David DURAN remercia l'Eternel de lui avoir donné le fils tant espéré. Il sera son bras droit lorsqu'il aura apprivoisé la parole de Dieu et les langues étrangères, le négoce et la finance, la connaissance des hommes et des bêtes, toutes les subtilités du métier comme son père et ses oncles, avant lui.

Des projets plein le coeur et la tête, il se fit violence pour revenir à l'instant présent. Préparer la circoncision de Léon Juda, premier acte solennel de l'appartenance du nouveau-né à la communauté israélite, telle était sa priorité.

Alors, le Chef de la Nation Juive, descendant de "RASHBAZ", premier "drogman" du Dey HASSAN PACHA, reçu par la noblesse du pays, par les Beys comme par les consuls étrangers, les dignitaires civils et militaires, demanda à son fidèle serviteur, Ali BEN RAÏS, de le conduire à EL DJEZAÏR.

Ce petit homme, tout en rondeur et en courbette, le cheveu rare et la volonté anémiée, connaissait la Maison DURAN depuis des lustres. Au service de Sémah, le père de David, il avait suivi les premiers gazouillis, les premiers pas de son maître actuel dans l'ancienne maison familiale à l'orée du Fort BAB AZOUN où se tenait tous les mercredis le "tafora", marché de gros aux multiples commerces de bouche.

La campagne algéroise, ombragée de collines environnantes, exhalait une odeur de menthe sauvage délicatement relevée d'effluves d'eucalyptus dont la forêt cernait les fortifications.
YYY
A SUIVRE.........

Les chiffres qui font réfléchir…

En 1968 la population française était de 49.700.000 habitants. Les musulmans en France étaient 610.000 soit 1,23% de la population.
En
1988, la population française était de 56.000.000 d'habitants. Les musulmans en France étaient 2.000.000 soit 3,6%
de la population.
En
2009 la population française est de 67.000.000d'habitants. Les musulmans en France sont 8.000.000 soit 11,94%
de la population !
En prenant seulement ces chiffres et en suivant la même croissance, puisque tous les 
20 ans la population musulmane est multipliée par 3,5 il est probable qu'en 2030, la population française sera de 70.000.000 d'habitants. Les musulmans seront28.000.000 soit 40 %
de la population française.
Donc, dans
20 ans seulement, près d’un habitant sur deux serait musulman.Étonnant pour un pays qui n'avait aucune tradition musulmane en 1930.

Alors à quoi ressemblera la France dans
20 ans
puisque l'Islam est une religion conquérante qui refuse toute cohabitation avec d'autres religions ?
Des églises seront-elles incendiées comme on peut le voir dans certaines parties du monde ?
Verrons-nous des formations politiques de type
Hamas ou Hezbollah
s'implanter en France ?
La laïcité de l'Etat sera-t-elle remise en question ?
A partir du moment où les musulmans seront majoritaires, la charia devra s’appliquer. N’oubliez pas qu’il y a déjà des tribunaux islamiques en Angleterre et que les sanctions islamiques y sont appliquées.
Un homme peut y répudier sa femme !

L'égalité des droits homme-femme existera-elle toujours, puisqu'elle est déjà remise en cause aujourd'hui même en France dans les banlieues ?
La viande hallal sera obligatoire
, avec toutes les souffrances que cela représente pour les animaux, égorgés vivants (17 minutes d’une atroce agonie, souvenez-vous de la vidéo) ?
Une chose est certaine : la France de
2030 ne ressemblera pas à la France de 2010.Je vous laisse à votre méditation ...

Et faites suivre,
SVP, afin que personne ne puisse dire : "on ne savait pas" !
 

lundi 27 juin 2011

SQUARE GUILLEMIN de hubert zakine

(A SUIVRE)
Le lendemain, les employés de la ville y nettoient le jardin tout en sachant que la fête, elle va durer toute la semaine. Blanchette, le tuyau à la main, il inonde le jardin. Mais à la guerre comme à la guerre, on boit le calice jusqu’à la lie. (achno, le calice jusqu’à la lie ? C’est l’hallali !). Bien sûr, pas question de jouer la finale de la coupe d’Afrique du nord au jardin Guillemin alors, on prend une serviette et en avant, on descend en bas la mer. Les amis, y repensent aux petites qui leur ont tapé dans l’œil et qui leur ont donné rendez vous. Bouzouz, dés qu’on est sur le sable, y parle des gros tétés de celle qu’il a remarquée. Je demande naïvement comment elle s’appelle !
--D’où je sais !

Ma question elle a eu le don de l’énerver. Presqu’y me frappe.  Bouzouz, il est pas à prendre avec des pincettes ! Tel que je le connais, il a dû avoir honte de l’aborder. Pourtant, je croyais qu’il avait fait des progrès question timidité. Y va falloir que je lui donne des cours, c’est pas vrai ! Capo et Bozambo, déjà, y sont dans l’eau. Mani y joue sa chochotte. Il a pas envie de se déshabiller devant les petites baigneuses. Zarmah, il est trop gros. Hier, il était svelte et aujourd’hui il est gros, va comprendre. Mes amis, c’est les rois des compliqués! Je plonge pour rejoindre les pas compliqués pour un sou  qui rodent comme des indiens devant « Fort Bravo ». Devant nos serviettes, une famille entière elle vient d’arriver et grâce à Dieu, c’est une belle smala. Des enfants de partout il en sort. Y braillent, y hurlent, y courent dans tous les sens mais Les femmes, impassibles, elles se démontent pas. Elles sortent de quoi nourrir toute la plage ! Mani, il a une envie folle de se faire adopter. La batterie de cuisine de chez Xicluna, elle est prête à servir. Ca y est, Bouzouz il a fini de bouder.  Y tape une pancha extra lombem pour épater la galerie. Yaré Boisis, il est aussi fanfaron que moi ! Quand je dis que c’est un autre moi même !
Toutes les petites du jardin, elles attirent les garçons comme des aimants. Gozlan y s’attrape avec un petit des messageries qui préfère aller voir ailleurs que de se battre avec Bozambo qu’on a un mal fou à canaliser. Nicole elle a déclaré forfait. Y sont tous en train de baratiner à qui mieux mieux et moi je traîne ma peine comme un babao. J’exagère parce que le souvenir de Toututil y me soutient le moral. A savoir, si elle va vouloir y retourner ce soir, dieu seul le sait ! Je laisse les amis roucouler avec leurs petites et je monte manger chez moi. Dans ma rue, les Madame Bono y tapent un tcherklala pas possible. Ces Africains à la peau noire, vêtus de gandouras  blanches, zarmah, c’est des faiseurs de pluie.  Y descendent de leurs montagnes en chantant, en dansant et en jouant des krekrebs, sorte de grandes castagnettes en fer et en tapant sur un tambour avec une baguette recourbée. Tain, le boucan ! Ca fait une animation monstre dans le quartier surtout que les enfants y se battent pour ramasser les pièces de monnaie que les voisins y jettent par la fenêtre après les avoir enveloppées dans du papier journal.
Tous les midis, on s’installe pour déjeuner au balcon à l’abri du rideau de soleil. Le cliquetis des fourchettes et des cuillères invite le quartier à la grande parade musicale. Voyage de bonne humeur que Bab El Oued répercute à travers le faubourg. Ainsi,  sans se voir, entre deux bouchées, on déjeune chez  soi et chez les autres. Le temps de me taper une bonne salade algérienne bien fraîche et me voilà qui retourne à la plage. La surprise maousse, elle m’attend sur le sable. Nicole, elle est venue et déjeune sur le sable avec sa famille. Les amis, y me préviennent comme si que j’étais laouère. Elle me fait un sourire qui veut tout dire. Même pas, elle a remarqué que je suis ficelé comme l’as de pique. Un véritable gavatcho. Je me mets les bras torse nu (ça c’est la façon à mon cousin de dire qu’il se déshabille !) et j’encourage Nicole à nous rejoindre quand elle aura terminé son repas. Sa mère, c’est presque une copine. Plus de gros yeux, des sourires et des chuchotements comme si elle demande des renseignements à sa fille. Je la vois d’ici !
--Il est beau, ce garçon ! Et comme il a l’air intelligent ! Tu veux que j’aille voir sa mère pour demander sa main ?
--Mais manman, d’habitude c’est le garçon qui fait le premier pas !
--Il est tellement beau, musclé et intelligent que ce serait pêché de te le faire chiper !
C’est bon de rêver, hein ! Si elle savait combien Toututil, y m’inspire ! Mieux elle met sa fille dans un couvent. Ce soir, pendant le bal, on va jouer le deuxième round de « Baisers volés ». Avec Mani, la première fois, c’était un galop d’essai, ça comptait pour du beurre arabe  et du p’tit lait. Comme le couscous aux fèves à la vapeur même que ma mère, c’est la championne du monde. La deuxième fois, on s’est pris au jeu de Toututil. On a mis la langue et ma parole d’honneur, même si c’est dégueulasse, à force, à force, on y prend goût. Peut être que ce soir, ce sera encore mieux et toujours de mieux en mieux. Comme elle dit ma mère avec sa mentalité judéo-arabe : l’espoir fait vivre, mon fils !
-- On ira à Toututil ce soir ?
A SUIVRE.........

CHRISTIAN JAMBET LA PHILOSOPHIE ISLAMIQUE

Christian Jambet, né le 23 avril 1949, à Alger, est un philosophe français.
Agrégé de philosophie, professeur en classe de Première supérieure (khâgne) au lycée Jules-Ferry (Paris), il est chargé de cours sur l’islam à l’École supérieure de commerce de Paris, et en philosophie islamique à l’Institut d’études iraniennes (Université de Paris III-Sorbonne nouvelle). Après un fort engagement maoïste en 1968, sa découverte de l’œuvre du grand orientaliste Henry Corbin l’oriente vers la philosophie du shî’isme. Il connaît l’arabe et le persan. Il a publié La Logique des Orientaux, Le Seuil, 1983 ; La grande résurrection d’Alamût, Verdier, 1990 ; L’acte d’être. La philosophie de la révélation chez Mollâ Sadrâ, Fayard, 2002. Il dirige la collection « Islam spirituel » aux éditions Verdier.
Christian Jambet parle au Monde:  
Contre les extrémistes de la charia et contre le discours simpliste qui assimile l'islam au terrorisme, le philosophe tente, en explorant les textes, de faire entendre une voix dissidente.
On parle bien légèrement de l'islam, ces temps-ci. Bien dangereusement, surtout. Ici et là, l'idolâtrie terroriste s'en réclame pour semer l'effroi. Face à ce délire criminel, un breuvage grossièrement culturaliste et islamophobe envahit chaque jour un peu plus la conscience dite "occidentale". Mais en réalité, ces deux discours armés convergent vers une seule et même catastrophe : le bouclage définitif du sujet musulman en son devenir meurtrier.
Quelle chance, dans ce tumulte, de faire entendre une parole discordante ?
"Aucune, tranche d'emblée Christian Jambet. La pression est incroyable. D'un côté, Ben Laden a réussi son coup : convaincre tout le monde que la vérité de l'islam est apparue le 11 septembre. De l'autre, on assiste à un recul des Lumières en Europe, et au triomphe de ce qu'on pourrait appeler le "syllogisme d'Alexandre Adler" : islam = djihad, djihad = terrorisme, donc islam = terrorisme".
Dès lors, pour le savant en religion, la tentation est grande de faire retraite. Si bien que, à presque 54 ans, Christian Jambet cultive une sorte d'isolement salvateur. "Alors, dites-moi, que se passe-t-il dans le monde extérieur ?", lance-t-il à son visiteur, avec une moue malicieuse, au seuil de son petit sanctuaire parisien, tapissé d'ouvrages théologiques (en arabe ou en persan) et de "napoléonneries en pagaille" sur lesquelles veillent un ange de l'école de Sienne et un portrait du président Mao. Et puis, en bonne place, tout près du bureau, une photo de l'ami Foucault avec son chat, et une autre où l'on reconnaît le jeune Jambet (look seventies, style agrégé de philo) aux côtés de son "vieux maître", l'orientaliste Henry Corbin, qui l'engagea autrefois et sans retour dans l'étude des mouvements extrêmes - révolte gnostique et messianisme chiite - en islam.
A partir de cette rencontre cruciale, Jambet n'en finit plus de traduire et de commenter, pour exhiber à son tour la face voilée mais bien vivante d'un autre islam, réfractaire à toutes ses caricatures sanglantes. Intense corps-à-corps avec les textes, dans une fidélité vraie à cette décision fondamentale : l'islam est en guerre avec lui-même, déchiré entre formes de liberté et d'asservissement, entre vocation spirituelle et crispation puritaine. La victoire du fanatisme, en ce sens, n'est autre que celle des maîtres de la charia intégrale sur les rebelles de l'exégèse symbolique. Depuis ce désastre s'annonce le deuxième exil de Christian Jambet : "Nous nous retirâmes dans le désert",écrivait déjà cet ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, au milieu des années 1970, pour décrire le congé donné à ses années mao (L'Ange, avec Guy Lardreau, Grasset, 1976).
LA QUÊTE D'UNE POLITIQUE DE L'ABSOLU
Nouvelle déception, un quart de siècle plus tard, pour le professeur de khâgne incandescent : "C'est vrai, je ne me cache pas d'une certaine amertume, et j'en arrive parfois à ne plus vouloir rien combattre du tout. Car Ben Laden, c'est la deuxième mort d'Henry Corbin. Lui dont l'espérance était l'indépendance de l'islam spirituel, il verrait que le monde a choisi de faire passer en avant-scène des wahhabites coupeurs de tête, c'est-à-dire tout ce que nous avions pensé pouvoir refouler ! Un peu comme dans le cas du marxisme, où ce qui a pris le dessus, c'est Pol Pot. Mais je n'ai rien à voir avec la figure de la belle âme, je suis hégélien jusqu'au bout : si le réel est rationnel, ce qui ne l'est pas, pour moi, c'est la forme de la conscience qui l'accompagne. Le philosophe vient toujours trop tard, mais sa tâche est de mettre un coin entre le réel et la conscience."
De la révolution culturelle à la rébellion spirituelle, et de la Chine rouge à l'Orient chiite, c'était donc la même espérance, la même quête d'une politique de l'absolu, qui serait venue casser en deux le déroulement causal de l'histoire empirique : "Depuis le début, je prends le parti du plus faible, et tous mes livres portent sur des figures oubliées, jugées sans intérêt au regard de la philosophie dominante. L'ontologie de l'islam, c'est l'ontologie des faibles, des contemplatifs, des gens qui croient à des miroirs, des branquignols qui ont des noms à coucher dehors, des foutaises, quoi ! Mais je ne peux pas ne pas accorder la plus grande importance au messianisme comme doctrine du futur. Et quand je lis que la destination de l'homme, c'est sa divinisation, je ne peux pas m'empêcher d'entendre les échos de ma jeunesse. Même si ça fait rire tout le monde, au moment où on applique à l'islam les généalogies délirantes qu'on réservait autrefois au marxisme : les ismaéliens sont les précurseurs de Ben Laden, tout comme l'origine du goulag est dans les écrits de jeunesse de Karl Marx..."
Pour Christian Jambet, l'ontologie est donc insurrection. Dense et difficile, son dernier ouvrage porte sur l'"énergétique de l'être" chez Molla Sâdrâ, penseur chiite ascétique et solitaire, disparu en 1640, qui milita toute sa vie contre "les gens de l'aveuglement", c'est-à-dire ces juristes qui voulaient (déjà) rabattre l'islam sur une pure contrainte politique.
Avec L'Acte d'être, étude magistrale consacrée à la doctrine sadrienne de la révélation, il poursuit son exploration des trésors transhistoriques de la spiritualité musulmane, et montre que Sadra représente non seulement le "point conclusif" de l'ontologie en islam, mais aussi une "révolution dans le champ de la pensée philosophique" en son acception la plus universelle. Ultime effort pour briser l'homonymie funèbre de l'islam et du terrorisme ? "Il n'y a pas un mot là-dessus, mais c'est partout entre les lignes." Sans grand espoir, cependant, car, dit-il, "nous revenons à une situation de silence, où il y a scission complète entre l'esprit public et la philosophie, et où le savoir authentique devient de plus en plus une activité clandestine". D'où, encore et encore, la tentation du désert, si bien exprimée jadis par Molla Sâdrâ lui-même : "Je me retirai loin de leur société et de leur convivialité, annonçait-il, me dérobant à l'obstination des fils de ce temps."
Jean Birnbaum

BAB EL OUED LA SPORTIVE d'André Trives




A Bab el Oued la pratique du sport occupait une place importante dans la vie tout naturellement. Il suffisait de voir le regard admiratif des enfants pour les tenues de sport aux couleurs distinctives des clubs et associations du quartier pour comprendre que la relève était assurée pour des siècles. Les aînés marquaient de leurs exploits chaque époque et servaient d'exemple à tous ces gamins en espadrilles qui courraient à perdre haleine derrière une balle en papier ficelé. La consécration suprême c'était de revêtir à son tour le maillot portant l'écusson distinctif de son club chéri et faire partie de l'équipe fanion qui disputait une rencontre sur le stade Marcel Cerdan ou sur le terrain des HBM de la rue Cardinal Verdier.

 Le quartier pouvait se venter de posséder la première piscine olympique à l'eau de mer construite sur les bains militaires d'El Khettani dont les plans béton avaient été dessinés par un fils de BEO : Henri AIME.


 Si le foot était le sport le plus pratiqué avec notre vedette internationale Marcel SALVA, l'enfant du Beau Fraisier, force est de constater que BEO faisait montre d'un éclectisme remarquable : la jeunesse s'adonnait avec passion au basket, au handball, au volley-ball, au cyclisme, au cyclo cross, à la gymnastique, à la natation, au sauvetage en mer, à l'athlétisme , au motocross, à la boxe avec notre champion d'Europe Albert YVEL, à l'haltérophilie, au culturisme, au judo, à la danse, aux jeux de boules, et les associations loi 1901 dont certaines avaient fêté leur cinquante ans d'existence avaient pour nom: le Sporting Club Algérois ( SCA dit"la spardégna"), le Sport Athlétique de BEO(SABO), l'Olympique de BEO (OBO), la Joyeuse Union Algéroise (JUA), le Foot Ball Club Rochambeau (FCR), le Racing Club de Nelson (RCN), l'Association Sportive des Habitations à Bon Marché (ASHBM), la Pro Patria, la Patriote, le club de gymnastique Ste Thérèse.

Tous les jeudis voyaient les confrontations sportives des écoles et collèges de BEO aux divers championnats de l'OSSU qui se déroulaient au stade Leclerc des Tagarins. Tôt le dimanche matin alors que Bab el Oued s'éveillait lentement, de partout des groupes de jeunes, sac de sport en bandoulière, prenaient d'assaut les vestiaires où une odeur d'huile camphrée remplissait copieusement les narines. Les salles situées en sous-sol, les terrains enclavés au sein des cités HLM, le stade Cerdan que la mer inondait à chaque tempête, le Foyer Civique, le stade de St Eugène ou le Stade municipale qui disposait d'un vélodrome, accueillaient une foule de passionnés où les cris résonnaient d'enthousiasme et les applaudissements appuyés marquaient les joies de la victoire. Souvent par la fenêtre des cuisines qui surplombait le déroulement d'une partie, les mamans qui gardaient un oeil sur les marmites, ne manquaient pas de participer à la liesse collective. C'étaient de beaux moments d'allégresse ou de déception qui s'emparait de ce petit monde sensible aux valeurs que le sport essaie de transmettre: dépassement de soi, solidarité, courage, fidélité.

Faire revivre Bab el Oued la sportive, c'est remettre en mémoire des beaux moments de camaraderie et de fraternité, des périodes délicieuses de rencontre et d'amitié. Plusieurs générations à leur tour y ont cru et se sont évertuées à transmettre ces valeurs de respect et du goût de l'effort que la discipline sportive peut apporter; elles ont écrit de belles pages d'aventure humaine et donné la passion du sport aux générations qui suivaient.

Si je vous pose cette question:" quelle a été le dernier club sportif en Algérie et dans quelle discipline, a avoir été champion de France avant notre départ en 1962 ?"

Je posais la question suivante:" quelle était le club sportif d'Algérie qui pouvait se targuer d'avoir été le dernier avant juillet 1962 à avoir remporté un titre de champion de France ?" C'était me semblait-il une information intéressante et exceptionnelle de rappeler pour l'histoire, les derniers sportifs ayant inscrit au palmarès, juste avant notre départ, un titre national. Et notre ami suédois SELLAM avait vu juste: c'est le=2 0SABO (Sport Athlétique de Bab el Oued) en judo qui a obtenu en équipe ce titre de gloire; ces derniers héros s'appelaient: André UDARI, Alain PEREZ, Claude NOUCHI et Christian AMANATIOU auxquels il faut ajouter les entraîneurs Raoul DIPAS et Henri MONDUCCI.

Ce fut un véritable exploit compte tenu des circonstances inimaginables de l'époque; jugez plutôt: il faut se souvenir des évènements dramatiques qui s'étaient déroulés quelques jours auparavant dans le quartier avec le blocus de la honte et le massacre d'innocents, assassinés par l'armée française rue d'Isly alors qu'ils voulaient apporter des vivres à leurs famille et amis de Bab el Oued. Malgré l'abattement et le désespoir, la décision fut prise que le SABO serait présent à Paris pour les finales nationales. Et c'est là que nos judokas furent confrontés à la pire des situations: l'exode avait commencé et Maison Blanche étalait de longues files d'attentes pour des avions qui décollaient sans eux. Les vols étaient tous surbookés et après 48 h de palabres et d'entêtement sur le tarmac, il leur fut octroyé sur des vols différents le sésame d'embarquement. A Orly, après un rassemblement mouvementé, un taxi les amena au stade Pierre de Coubertin où ils arrivèrent à l'ultime minute des délais impartis à la pesée. Les combats étaient programmés une demi heur plus tard. Comment faire abstraction de l'aventure20qu'ils venaient de vivre, comment se débarrasser de la pression morale et évacuer la fatigue physique qui se ressentait après deux nuits passées sur le carrelage de l'aéroport d'Alger, quelle énergie pouvaient-ils retirer de la diététique des casse-croûte avalés à la hâte. Et malgré toute cette adversité qu'ils avaient vaincue, ils se présentèrent sur les tatamis avec un mental de guerrier. Combat après combat, ils prirent conscience de vivre la plus importante journée de leur vie; ils devaient se dépasser, puiser dans les réserves et vaincre pour leur famille, pour le club, pour Bab el Oued. Le dernier "IPPON" couronnant leur succès, les fit jaillir au ciel; ils sautaient de joie, les larmes étincelaient leur visage, c'était indescriptible, ils venaient d'accomplir quelque chose de grand. C'était Bab el Oued en train d'agoniser qui venait de retrouver dans un dernier sursaut de la fierté, de la dignité.

Leur retour sur Alger où la moiteur de l'été était déjà installée, se passa sans aucune difficulté: les avions revenaient à vide. La presse algéroise dans le compte rendu de l'évènement termina sur une note optimiste en signalant que tous les combattants s'étaient engagés à faire sinon mieux, du moins aussi bien l'année prochaine. La suite de l'histoire est connue de tous, et nos champions vécurent à leur tour quelques jours plus tard, l'exode avec leur famille.

Comme l'avait dit la professeur Pierre Goinard, tous les médecins rapatriés ont fait le bonheur des cliniques et hôpitaux de France alors que c'était notre pays l'Algérie qui en avait le plus besoin. Pour paraphraser cette juste affirmation, je dirai que les sportifs rapatriés formés et expérimentés ont fait le bonheur du sport français en 1962; ils auraient donné cher pour continuer de défendre les clubs d'Algérie dans lesquels ils se sentaient faire partie d'une même famille par le sang et la sueur versée.

Ainsi de nombreux PN culminèrent au sommet du sport français; dans toutes les disciplines des champions connus ou inconnus furent sélectionnés en équipe de France, seul l'accent qu'ils transportaient avec eux pouvait les distinguer. Pour ce qui me concerne, j'ai vécu en permanence le sentiment bizarre et vivace de gagner une compétition non pas seulement pour moi, mais pour la famille de Bab El Oued. Il m'est agréable de redonner vie à cette belle épopée de jeunesse avec les faits les plus marquants d'un palmarès si lointain déjà. Je m'habille de pudeur pour vous dire la fierté que j'ai ressentie au cours de 25 ans de pratique du Judo.
Mon premier titre de champion de France, remporté en équipe de ceintures marrons à Paris en 1960 est inoubliable: nous avions marqué dans le dos des kimonos en lettres rouges "BAB EL OUED"; vous imaginez le regard interloqué de nos adversaires et les railleries qui nous furent réservées au début bien sûr mais plus à la fin.
*1963- Coupe de France ceinture noire: je perds en finale.
*1964- Coupe de France en équipe ceinture noire remportée par 5 algérois: Alain GRANGAUD, Christian AMANATION, Tony TROUGNAC, Jean DE LUCA, et moi-même.
*1965- Coupe d'Europe équipe ceinture noire remportée par la France avec 2 algérois: Alain GRANGAUD et moi-même.
*1965-1968: J'ai eu l'immense honneur d'être sélectionné en équipe de France à 12 reprises et disputé 3 championnat d'Europe individuel où à Rome, j'ai été battu par décision en demi-finale par le géant de tous les temps, champion de Monde et champion Olympique,le Hollandais Anton GEESINK ( 1,98 m et 135 kg).
Je ne peux terminer sans rendre hommage aux professeurs que j'ai eu et qui ont été de véritable pionniers en introduisant le judo en Algérie vers 1945: Henri MONDUCCI et Roland HENRY (de BEO). Des noms me reviennent et me remettent en mémoire des beaux moments d'amitié vécus sur les tatamis d'ALGER : DIPAS, FIGAROLA, ASENCI, Ahmed CHABI et son frère, Gaby et Christian AMANATIOU, FICHON, STAROPOLI, MARCELLIN, DJADOUN, HAMM, KOKOUREC, CAIAZZO, TILLOUINE, CASTELLANO, NICOLAS, d'ANDREA, IMMERZOUKEN, DRIZZI, et tant d'autres qui avaient la passion du Judo et que ma mémoire a remisé dans la tirelire des oublis.
André Trives de BEO

samedi 25 juin 2011

POEME DE NOSTALGERIE-jacques Verpeaux-

Nost'Alger

Que sont-ils devenus tous mes vieux souvenirs
De cette ville blanche où dorment nos martyrs ?
Où sont-ils donc passés tous mes amis d'antan
Qui hantent tous mes rêves depuis plus de trente ans ?
J'ai voulu oublier, avoir une nouvelle vie
Mais malgré tout ce temps, le passé resurgit !
Je sens les capucines qui recouvraient la terre,
Les arômes du jardin que cultivait ma mère,
Tous ces doigts de sorcière que nous cassions en deux
Pour écrire sur la pierre la règle de nos jeux
Quand nous nous déguisions en tenue léopard
Pour faire comme les paras qui gardaient nos remparts.
Les maisons étaient blanches avec des toits terrasses
Où les filles rêvaient d'embrasser les bidasses,
Leurs murs étaient couverts par des bougainvilliers,
Elles regardaient la mer du haut de leurs piliers
Et gardaient leur fraîcheur à l'abri des volets.

C'est là que je suis né, sur les hauteurs d'Alger.
Sous les pins parasols, dans le bois de Boulogne,
Tapis dans les bosquets, nous faisions les guignols,
Sur la place d'Hydra, face au commissariat,
En patins à roulettes, jouions les fiers à bras,
Et au fond du ravin de la femme sauvage
Explorions les galeries, sans armes ni bagages.
C'était avant les bombes et les assassinats,
Mahmoud, Farid, Youssef et aussi Mustapha
Etaient les compagnons de toutes nos cabrioles
Et montaient avec nous sur les mêmes carrioles,
Faites de vieilles planches et de roulements à billes,
Pour descendre les rues et épater les filles.
Sous les eucalyptus, nous tirions au taouel
Des oiseaux qui n'avaient rien mérité de tel.
Le dimanche, nous allions à la plage du Chenoua
Où sur le sable fin dont rêvent toujours les rois
Nous faisions des châteaux entourés de fossés
Que l'eau venait baigner, tendrement enlacer.
A l'ombre d'une toile tendue sur des piquets,
La famille assemblée aimait pique-niquer
Et avec les voisins partager l'anisette,
De tous les plats pieds-noirs échanger les recettes.
Nous dégustions des prunes, abricots et raisins
Dont depuis je recherche partout le goût en vain.

Les voici qui remontent tous les vieux souvenirs
De cette ville blanche, qui vit tant de sourires,
Et où tous mes amis n'étaient que des enfants
Qui hantent tous mes rêves depuis plus de trente ans.
Impossible d'oublier, d'effacer toutes ces vies
Car quel que soit le temps, le bonheur resurgit.
C'est au Clos Salembier que j'appris à nager
Piscine de la Croix Rouge, sur les hauteurs d'Alger.
Dans le petit bassin plongeait un toboggan
Qui faisait le bonheur des petits et des grands,
Autour du grand bassin, s'élevaient des gradins,
Avec la majesté d'un théâtre romain,
Surmontés d'une pelouse où nous nous étalions
Pour compter les capsules que nous collectionnions.
Je me souviens aussi du club de Badjarah,
Des longues parties de boules chez les cousins de Rouiba,
De la grande paella des plages d'Aïn-taya
Des premiers pas en ski sur les pentes de Chréa
Du goût rare des brochettes mangées à Fort de l'eau
Et du jardin d'Essai où j'allais au zoo.


C'était avant les bombes et tous les attentats
Quand nous pouvions encore, merci à Zoubida
Manger le bon couscous et les tendres gâteaux
Qu'elle avait préparés penchée sur nos fourneaux.
On trouvait nos bonbons échoppe du Mozabit
Où les tiges de réglisse étaient bien trop petites,
Mais dans les coquillages emplis de caramel
Nous pouvions découvrir le goût de l'éternel.
A l'heure du casse-croûte, on mangeait des cocas
Et après le lycée, j'achetais des zélabias
Dont je me régalais en attendant le bus
Pourléchant tous mes doigts pour en déguster plus.
Impossible de lutter contre ces souvenirs,
Ils sont beaucoup trop beaux pour se laisser mourir,
Et même s'il me faut passer encore trente ans
Loin de cette ville blanche où je fus un enfant,
Avant de disparaître ou d'être trop âgé,
J'aimerais y retourner, sur les hauteurs d'Alger.

Jacques Verpeaux

Elena Bonner-Sakharov n’est plus. Le monde s’en tape. – Par Michel Garroté

Elena Bonner-Sakharov, est décédée, il y a peu. On ne peut pas dire que cela ait passionné nos médias. Pourtant, Elena Bonner-Sakharov a joué un rôle majeur, toute sa vie durant, dans la lutte contre les totalitarismes. Le désintérêt des médias est donc plutôt inquiétant (idem pour Nathan Sharansky dès le jour où les médias ont découvert qu’il n’était pas un Juif israélophobe et palestinophile).
Il est vrai que Elena Bonner-Sakharov a essentiellement combattu le totalitarisme du pays où elle vécut : le communisme d’URSS. Il est vrai – aussi – que Elena Bonner-Sakharov a toujours défendu Israël.
Je suppose que si elle avait vécu au Chili, combattu Pinochet et défendu le Fatah, nos médias l’auraient canonisée le jour-même de son décès et elle aurait fait – comme DSK, pour des raisons, certes, très différentes – la ‘Une’ de 150'000 magazines dans plus de 150 pays.
A ce propos, les extraits – reproduits ci-après – des propos de Elena Bonner-Sakharov, le 24 mai 2009, sont très éclairants : « Il y a maintenant un nouveau slogan à la mode (en fait, il est ancien) : ‘Deux états pour deux peuples’.
Le Quartet (comprenant les États-Unis, les Nations unies, l'Union Européenne et la Russie) et les Pays arabes, les leaders palestiniens (du Hamas et du Fatah) ont accru leurs exigences concernant Israël. Je parlerai d'une seule d’entre elles : qu'Israël accepte le retour des réfugiés palestiniens.
Selon la définition officielle des Nations unies, sont considérés comme réfugiés ceux qui ont fui la violence et les guerres, mais pas leurs descendants qui sont nés dans un autre pays. A une époque, les réfugiés palestiniens et les réfugiés juifs des pays arabes représentaient un nombre à peu près égal, environ 700 à 800 000 individus.
L’Etat d’Israël, qui venait d’être créé, a absorbé environ 600 000 de ces juifs. Ils furent officiellement reconnus comme réfugiés par la résolution 242 des Nations Unies, mais n’eurent droit à aucune assistance de l’ONU. Les Palestiniens, au contraire, sont considérés comme des réfugiés non seulement à la première génération, mais à la deuxième, la troisième, et même, maintenant, à la quatrième génération. Selon le rapport des travaux de l'organisme d'aide humanitaire de l'ONU, le nombre de réfugiés palestiniens enregistrés est passé de 914’000 en 1950, à plus de 4,6 millions en 2008, et il continue d'augmenter en raison de la croissance démographique naturelle ».
Elena Bonner-Sakharov : « Toutes ces personnes ont les droits des réfugiés palestiniens et celui de recevoir de l'aide humanitaire. La totalité de la population d'Israël compte 7,5 millions d'habitants, parmi lesquels il y a deux millions et demi d'Arabes qui se nomment eux-mêmes Palestiniens. Imaginez alors [ce qui se passerait en] Israël, si 5 millions d'Arabes de plus s'y engouffraient.
Le nombre des Arabes dépasserait considérablement celui de la population juive. Ainsi, créé à côté d’Israël, et il y aurait un État palestinien "nettoyé" de Juifs, parce qu'en plus de la demande du retour des réfugiés palestiniens en Israël, il y a aussi la demande que l'on "nettoie" la Judée et Samarie de [leurs] Juifs et qu'on la rende aux Palestiniens, tandis qu’à Gaza, aujourd'hui, il n'y a plus désormais un seul juif. Le résultat est à la fois étrange et terrifiant, parce qu'Israël sera véritablement détruit. La formule, « deux Etats pour deux peuples », c’est la création d'un État, ethniquement nettoyé de juifs et d'un deuxième Etat, candidat potentiel au même nettoyage. Une Terre Sainte Judenrein – le rêve d'Adolphe Hitler ! – se réalise enfin.
 Alors – que ceux qui sont encore capables de réfléchir le fassent : quelle est la partie qui porte en elle les germes du fascisme, aujourd'hui ? » (Elena Bonner, Jerusalem Post, 24 mai 2009, adaptation française D.E. Guez sur upjf.org).
Dans un document de RFI (qui n’a pas pratiqué l’omerta) réalisé avec Madeleine Leroyer à Moscou, on peut lire (extraits) : « Elena Bonner, militante des droits de l'homme dans l'ancienne Union soviétique, et veuve du physicien Andreï Sakharov, prix Nobel de la Paix 1975, est décédée à l'âge de 88 ans, des suites d'une longue maladie, à Boston, aux États-Unis. Farouche critique du régime communiste, elle n'avait rien perdu de sa combativité après la Chute du Mur, dénonçant les dérives autoritaristes du gouvernement russe. Vingt années de lutte commune, c’est un visage de la dissidence qui s’en va, Elena Bonner, carré de cheveux blancs, sourcils en bataille et épaisses lunettes. Pédiatre, elle était entrée en dissidence dans les années 60 en soutien aux intellectuels emprisonnés. Elena, née en 1923, a de qui tenir. Ses parents ont été tous deux arrêtés pendant les grandes purges de Joseph Staline en 1937. Sa mère, Ruth, est une militante juive communiste. Son père, Guevork Alikhanov, d'origine arménienne est une figure proéminente du parti, secrétaire du Komintern. Il est exécuté et sa femme est envoyée en camp de travail puis en exil pendant 18 ans. Infirmière dans l'armée Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, Elena Bonner en revient invalide de guerre, avec une blessure à l’œil. Elle reprend des études de médecine et devient pédiatre. En 1965, elle entre au parti communiste ».
RFI : « En 1970, elle rencontre le physicien Andreï Sakharov. Le père de la bombe H est en train de créer le Comité pour la défense des droits de l’homme et des victimes politiques. Elena Bonner l'épouse en 1971. Elle sera sa plus fidèle collaboratrice, et son porte-parole. En 1975, lorsque Sakharov, privé de visa par les autorités soviétiques ne peut se rendre à Oslo pour recevoir son prix Nobel de la Paix, Elena Bonner fait le voyage et lit un discours en son nom. En 1976, Elena Bonner-Sakharov fonde avec d'autres militants des droits de l'homme le Groupe Moscou-Helsinki. Quatre ans plus tard, son mari est exilé à Gorki (aujourd'hui Nijni-Novgorod), une ville interdite aux étrangers. Elle passe son temps entre cette ville et Moscou, avant d'être elle-même arrêtée et condamnée à 5 années d'exil à Gorki. En 1981, les deux époux font une première grève de la faim pour obtenir l'autorisation de leur bru de rejoindre leur fils aux États-Unis. En 1985, Andreï Sakharov entame une longue grève de la faim pour obtenir de Mikhaïl Gorbatchev un visa pour sa femme qui doit subir une très lourde intervention. Après la mort de son mari en 1989, elle poursuit leur combat. Elle dénonce l'autoritarisme « héritier des services de sécurité soviétique » (KGB) de Vladimir Poutine. L’année dernière, elle fut la première à signer la pétition ‘Poutine doit s’en aller’. Malade, elle se faisait soigner aux États-Unis. ‘Chaque jour où je suis encore en vie’, disait-elle, ‘j’essaie d’en faire le bilan. Cela tient en trois mots : ma vie fut originale, tragique et belle’ ».
Michel Garroté