lundi 7 décembre 2009

SALOMON ASSUS - caricaturiste de la rue algéroise -

Salomon ASSUS -1850- 1919 -

(Biographie inspirée largement par l'interview donnée par Armand Assus à la télévision d'Alger en novembre 1957.)

Salomon Assus est né le 31 août 1850 à Alger. Il naquit rue Navarin, dans l'ancien " quartier de la marine ".C'est là qu'il vécut son adolescence. A cette époque c'était le centre de la ville. Alger ne s'étendait alors qu'entre la porte fortifiée de Bab-el-Oued et celle de Bab-Azoun, entre le boulevard Guillemin et la Grande Poste.Il fit ses études secondaires au grand Lycée National d'Alger. Il y eut pour condisciple et ami Charles de Galland. A la sortie du Lycée, ce fut l'Ecole des Beaux-Arts d'Alger installée alors dans la basse Casbah et que dirigeait le peintre Lazerges.En 1868 Salomon Assus a dix-huit ans et fait paraître, en collaboration, un album intitulé: " Coups de crayon et coups de plumes " charges et biographies des célébrités du moment.En mars 1877 il collabore avec de noter au " Tartempion ", journal algérois satirique, artistique et humoristique.Puis il partit compléter son éducation à Paris. ll y rencontra André Gill le caricaturiste de l'Éclipse, auteur du fameux " lapin " ornant l'enseigne du cabaret du père Frédé, rue des Saules (et connu depuis sous le nom de " Lapin Agile ").Son rêve, à Paris, était de travailler pendant une année au moins chez le dessinateur Gustave Doré. La guerre de soixante-dix et la crise qui suivit l'empêchèrent de le réaliser.L'influence d'André Gill se fit sentir dans les portraits-charges des célébrités algériennes de l'époque et qu'Assus exécuta plus tard vers les années 1895-1896 pour la première page de différentes revues, notamment " Le Turco ", " La Revue Algérienne " " Le Charivari Oranais ". On retrouve en effet, dans ces portraits les mêmes déformations que celles que présentent ceux d'André Gill: la tête, considérée comme le centre d'intérêt est l'objet d'une analyse formelle et psychologique serrée; son volume, pour la même raison, est démesurément grossi comme pour forcer l'attention sur ce qui doit être considéré comme l'essentiel alors que le corps ne semble être là que pour exprimer l'action en s'accompagnant des attributs particuliers au personnage. ll est parfois même, chez certains, remplacé par celui d'un animal pour rendre plus évident un travers ou un trait de caractère.S. Assus fut en quelque sorte le témoin de son temps, aussi bien par les personnalités qu'il dessina que par les scènes de rue qu'il décrivit avec humour et vérité. ll fit en particulier un portrait de Salomon Zermati, célèbre rabbin vénéré au XlXe siècle qui aurait porté une lettre de l'Émir Abd el-Kader au roi Louis-Philippe en 1839.Parmi tant d'autres, il fit les portraits de M. Eugène Robe, conseiller général, d'Aumerat et de nombreuses célébrités de l'époque.Ces portraits, en plus de l'attrait politique qu'ils présentaient constituaient avec les scènes et types algériens des documents d'un vif intérêt sur l'évolution de ce pays et l'atmosphère qui y régnait à une certaine époque.Venons-en maintenant à ces scènes, à ces types de la rue dans I'étude desquelles il s'est entièrement réalisé et où il a témoigné de rares dons d'observation et d'un sens pénétrant de la vie. C'est pourrait-on dire l'essence d'Alger... d'un Alger, non point tant observé de l'extérieur mais vécu, éprouvé presque, dans l'invention qui n'était qu'une restitution.La plupart de ses dessins illustraient des cartes postales, cartes postales qu'il édita lui-même; ces cartes postales humoristiques furent propagées et vendues non seulement dans tout le pourtour méditerranéen mais également dans les pays du Moyen Orient et dans des villes de la Mer Rouge comme Aden
.S. Assus parlait couramment plusieurs langues, l'arabe, l'anglais, l'espagnol...Les sujets traités sur ces cartes postales étaient accompagnés de textes humoristiques.C'est surtout S. Assus qui immortalisa " Cagayous " ce gavroche algérois,enfant de Bab-el-Oued. ll en fit l'image pour illustrer les récits picaresques, aujourd'hui à peu près introuvables, œuvres de son ami Robinet alias Musette et dont le succès s'est étendu jusqu'en territoire métropolitain (on vient d'en faire une partielle réédition. Bien des dessinateurs tentèrent à Alger de l'imiter en empruntant ses sujets mais ils y apportaient, outre le superficiel de l'observation, un esprit de moquerie tout à fait étranger à son talent En effet, on chercherait en vain dans ses dessins la moindre trace de méchanceté ou d'intolérance: la vérité y est seulement rendue évidente par I'exagération de certains traits humains, dans le sens de la drôlerie sans doute, mais toujours avec l'accent de la sympathie et l'unique et l'innocent désir d'amuser. Jamais ni critique ni dénigrement.Salomon Assus est mort à Alger en 1919 au cours de l'épidémie de grippe espagnole. Son corps est inhumé au cimetière de Saint-Eugène à AlgerUne rue d'Alger porte son nom.

2 commentaires:

  1. merci,
    Françoise Assus Juttner

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  2. je vous remercie pour cette appréciation d'une parente, peut etre la fille de ce grand artiste.

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