Marc était assis sur un banc
de l’allée centrale du jardin des Tuileries, sans se soucier de la pluie fine
qui tombait sur Paris.
Les yeux dans le vague, il
tentait de fixer dans sa mémoire endeuillée l’image de sa grand-mère décédée
quelques semaines plus tôt. Depuis ce triste jour, lors de ce rendez-vous avec
le passé, il aimait s’isoler dans ce jardin qui lui rappelait son enfance. Lorsque
sa mère de substitution le promenait autour du bassin de la rue de Rivoli, le
guidant chaque jour sur le chemin de la dignité. Marc fut élevé par sa
grand-mère en lieu et place de sa maman qui offrit sa vie en le mettant au monde.
Il restait ainsi, le regard
absent, essayant de redessiner les contours du visage de la vieille dame afin
qu’il s’incruste définitivement dans sa mémoire.
Parfois, il s’arrêtait sur le
ballet des amoureux qui n’avaient que faire de la petite pluie fine qui les
isolait du reste du monde. Emu par la tendre image d’un bonheur entraperçu, il
ouvrait, alors, le livre aux souvenirs qui évoquait la dame aux cheveux blancs relevés en un
impeccable chignon. Par un amour
démesuré, elle avait su lui faire oublier sa condition d’orphelin auprès de ses
camarades de classe peu enclins à tamiser leur joie le jour de la fête des
mères. Elle répétait souvent que l’enfance se rit des chagrins d’autrui en lui
dessinant un avenir aux couleurs de l’arc en ciel.
--Ta maman se promène au milieu des nuages pour te
regarder grandir. Chaque soir, elle me parle de toi et je lui raconte ta
journée. Tu vois, tes petits copains n’ont pas la chance d’avoir deux mamans
pour veiller sur eux. Alors mon petit ange, n’écoute pas les médisants, tu
peux dormir tranquille, ta mémé veille.
En remontant le col de son
imperméable, Marc s’aperçut qu’une jolie
femme abritée sous un parapluie orangé semblait l’épier en attendant que cesse
la pluie. Elle était d’une allure élégante, plus que jolie sous les feuillages humides.
--Une touriste ! pensa-t-il.
Ses yeux se fermèrent,
éperdument. Il resta un long moment ainsi, les coudes repliés sur ses genoux, passa sa main dans ses cheveux mouillés et lorsqu’il
releva la tête, elle était devant lui, souriante.
--On se connait ? Questionna Marc, intrigué par cette apparition.
--Non, je suis américaine ! S’excusa-t-elle avec un délicieux accent
d’outre-Atlantique. Mais je vous observe
depuis un moment, J’ai l’impression que vous appelez au secours !
--Au secours, c’est beaucoup dire ! Je recherche simplement
un moment de solitude.
Malgré sa réponse qui semblait
être une fin de non-recevoir, elle demeura plantée devant lui, retira son
foulard coloré qui laissa apparaitre la blondeur de sa chevelure, elle insista.
--La solitude est synonyme de tristesse. La vie est
bien trop courte pour s’enivrer de chagrin.
Marc toisa cette jolie
américaine qui n’avait pas l’air d’avoir froid aux yeux.
--il est des instants où la vie vous entraine à
réfléchir et…………….
Elle lui coupa la parole avec douceur mais détermination.
--Je suis psychanalyste ! Je sais
reconnaitre la détresse lorsque je la croise. Cela vous ennuie si je vous
interroge ?
--Pourquoi, vous avez l’intention de me
psychanalyser ? demanda Marc en
souriant.
--Cela demanderait beaucoup plus de temps qu’un simple
entretien.
--Je peux vous dispenser de ce travail d’introspection
en vous apprenant que je viens de perdre la femme de ma vie.
--Oh…… je suis sincèrement désolée !
Les yeux d’Ava cherchèrent le
regard de Marc afin de donner plus de
force à sa compassion.
La pluie, alors, se mit à
redoubler d’intensité.
--Vous ne voulez pas que l’on se mette à l’abri ?
Proposa la jolie américaine en proposant
un petit coin de son parapluie.
Marc prit spontanément le bras que lui tendait Ava
et l’invita à marcher en silence à l’ombre d’une allée d’arbres du jardin des
tuileries.
Profitant de cette
promiscuité due au rapprochement de leurs corps sous le parapluie, ils se
présentèrent l’un à l’autre.
--Cher Marc, comment êtes-vous sûr que cette femme qui
j’en suis persuadée, a de grandes qualités, est et restera, à jamais, la femme
de votre vie ?
Il lui répondit sur le même
ton.
--Chère Ava, tout simplement, parce qu’il s’agit de ma
grand-mère……. Et dans mon cœur, elle restera à jamais la femme de ma vie………..
Soudain, il s’aperçut qu’il
se mettait à nu devant cette belle inconnue.
--Je vous ennuie peut-être ?
--Pas du tout ! C’est la psychanalyste qui vous
écoute…….et je dois le reconnaitre, la femme qui comprend tout à fait votre
désarroi.
Marc n’osa plus étaler ses sentiments. Il était
vrai qu’il s’était immédiatement senti en confiance devant cette jolie
américaine mais, pour quelles raisons obscures, s’était-il laissé aller de la
sorte ? Lui qui n’avait qu’une confiance très limitée envers ces charlatans
de la condition humaine comme il aimait qualifier les psychanalystes. Oui, pour
quelles raisons s’était-il engagé dans cette mascarade s’il n’avait besoin de
s’épancher sur lui-même et qui plus est, devant une tenante de cette profession
si elle n’était pas aussi jolie ?
--Voulez-vous continuer à me psychanalyser devant un
chocolat chaud ?
Elle ralentit son pas, le
regarda droit dans les yeux, et dans un sourire, joua les coquettes :
--Me dragueriez-vous, par hasard ?
--Loin de moi cette intention, encore que……. ….en
d’autres circonstances, j’aurais sûrement tenté ma chance……...Alors, ce
chocolat ?
Elle lui empoigna sans
façon le bras et décida dans un sourire
adorable.
--Allons-nous chocolater !
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