LA MEMOIRE
La mort, aussi douloureuse
qu’elle soit pour ceux qui restent, n’est que le passage obligé de la vie. Le
train que les voyageurs empruntent pour
se rendre vers le pays de l’au-delà.
J’ai toujours été subjugué
par l’instinct de conservation de ce musée d’amour où l’on enferme les
souvenirs : la mémoire.
Souvenirs d’une époque, d’un être
cher, d’une ville natale, d’un pays traversé ou d’une star que la mémoire
sélectionne sans nous demander notre avis.
La mémoire n’est que la face
cachée de l’amour. Pourquoi se
souvient-on si l’amour ne le demande pas, ne l’exige pas ! Et n’oublions
pas que l’amitié n’est qu’une facette de l’amour.
Tout au long de la vie, on
emmagasine des souvenirs que la mémoire, cette gare de triage de la pensée
humaine, renvoie aux vivants afin que survivent les visages, les voix et les images d’un autre temps.
Se souvenir de sa jeunesse,
quel beau transfert que la mémoire opère afin d’embellir la vieillesse !
Quelle merveille que ce cerveau qui différencie les choses de la vie pour en
garder l’infime lumière qui brillera jusqu’à l’aube de la vingt-cinquième
heure. Sans jamais faillir !
Se souvenir d’une infime parcelle
humaine, conservée jalousement parmi tous les évènements qui composent l’arbre
de vie, quelle alchimie !
Afin que l’existence paraisse plus supportable, elle mémorise et embellit les
choses de la vie pour les rendre inoubliables.
Elle se fait, alors, une
place de choix dans le grand livre de la vie que le conservateur de ce musée
d’amour et d’amitié rangera au grenier
du souvenir.
Ce conservateur ressortira,
le moment venu, ces étapes de votre vie qui jalonnèrent votre passage sur
terre.
Ce moment semble venu pour
moi. A l’aube de mes soixante-treize ans, un petit retour en arrière s’impose. Pas si petit que ça, plus pour
trois quarts de siècle pour puiser à ma source de vie, quelques souvenirs
éparses que ma mémoire endolorie va jeter sur un cahier de nostalgie
Une nostalgie qui a pris
racine au pays de mon enfance. Elle a accompagné, voire devancé tous mes faits
et gestes de ma vie d’homme.
Tu es toujours là-bas me reprochent mes amis. Oui, mon cœur est à
cheval entre mon pays et la France…….mon
pays l’Algérie au temps d’hier, d’avant-hier et de toujours.
Algérie + Nostalgie = Nostalgérie.
Telle est l’équation que je
n’ai aucunement cherché à résoudre. Elle m’a pris par la main et le cœur pour
m’emmener jusqu’au bout de la route.
Ma mémoire a fait feu de tout
bois pour conserver intacts mes souvenirs de ce temps-là. Bien sûr, elle a fait
le vide, elle a trié, rangé, gommé, rattrapé au vol, rit, pleuré mais au bout
du compte, elle n’a gardé que cette parcelle de gloire de mon passé algérien
qui m’emportera vers la terre lointaine où je ne serai plus un homme sans pays.
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