vendredi 12 avril 2013

LEON JUDA BEN DURAN "SIEUR DURAND D'ALGER" de Hubert Zakine

Drouet D'erlon
Gouverneur Général

 
Le 22 juillet 1834, les "Possessions Françaises d'AFRIQUE DU NORD", terme qui supplanta la "Régence d'ALGER" le 17 mars 1834, se dotèrent d'un Gouverneur Général, le Comte DROUET D'ERLON en lieu et place du Commandant en Chef. Vieux Général d'Empire, le nouveau maître de la conquête désirait imposer ses vues sur la façon de traiter les ennemis et, particulièrement, ABD EL KADER.

Comme tous les consuls, Léon Juda fut convoqué par le nouveau pouvoir en ce mois de novembre 1834. Alors qu'il patientait dans la cour intérieure, il surprit la dictée d'une lettre par le Gouverneur Général, adressée au Ministre de la Guerre, le Maréchal GERARD, précisant sa méfiance envers le traité DESMICHELS et une possible remise en question de certaines concessions. Il prit, aussitôt, note du contenu de cette missive pour son information, gardant pour plus tard, la décision d'en révéler la portée à son ami, le Prince des Croyants, si le besoin s'en faisait sentir. Le Comte DROUET D'ERLON le reçut en dernier. Il lui exposa ses griefs envers ABD EL KADER et lui signifia l'envoi prochain de courriers à l'Emir pour désavouer le monopole d'ARZEW et son refus de toute expansion dans le Titteri.

Les transactions de haut niveau n'effrayaient pas Léon Juda. Si le profit était chez lui une seconde nature, il ne reniait jamais un engagement et s'échinait le plus souvent à gagner la partie au nom de son commanditaire. Aussi, répliqua t-il avec une grande fermeté teintée de la plus haute courtoisie:

--"Puisque la FRANCE ne peut faire régner l'ordre, ne valait-il pas mieux qu'ABD EL KADER s'en chargeât, lui, l'ami de la FRANCE!"

Lémir des arabes lui savait gré de ce comportement et sa confiance en lui était totale, même s'il jugeait la commission exigée par Léon Juda parfois exorbitante. Le souvenir de son père, MAHI ED DINE restait vivace et ses conseils toujours d'actualité:

--" Ajoutes tes qualités à celles de ce juif et le monde t'appartiendra!"

Il n'oubliait pas non plus cette affection qui unissait son père à cette famille DURAN et au Léon Juda de sa jeunesse. Pour cela, à chaque mission qui lui confiait, il répétait:  --" Nous ne sommes pas un Emir et un serviteur, nous sommes des frères. Pars! ALLAH est avec toi!"

Cette marque de confiance encourageait Léon Juda à transgresser toutes les lois et à accepter toutes les compromissions. Aussi, devant l'intransigeance de DROUET D'ERLON qui reconnaissait volontiers que le traité, bien qu'imparfait, avait permis l'économie d'une guerre, l'"oukil" d'ABD EL KADER dévoila l'existence d'un second traité. Abasourdi par cette révélation, le Gouverneur Général ne put s'empêcher de répéter:

--" un second traité ?"

--"OUI? Mr le Gouverneur! Le général DESMICHELS, après plusieurs démarches, envoya à l'Emir ses propositions qui sont le premier traité. Celui-ci y apposa son cachet en signe d'acceptation. En renvoyant cette pièce au Général DESMICHELS, l'Emir, à son tour, lui fit parvenir ses propositions qui sont le second traité dont il réclame l'exécution parce que le commandant d'ORAN l'a accepté en y mettant son cachet."

--" Et où se trouve ce second traité? "

--" Entre les mains de l'Emir et sans doute, entre celles du Général DESMICHELS, votre Excellence!"

Contrarié par cette nouvelle, le Gouverneur expédia Léon Juda à MASCARA, fief d'ABD EL KADER afin d'avoir des éclaircissements sur le traité secret. Il eût pu envoyer un courrier de son entourage, mais il fut séduit par son interlocuteur, chargé d'affaires du Prince des Croyants, qui présentait son mandant comme un homme: "qui n'exerçait son autorité sur les tribus qu'avec le but avoué de faire régner la paix française sur son territoire........ Qui était le plus efficace défenseur de la FRANCE auprès de l'indigénat et que, seule, la foi guidait ses pas, hors de toute volonté expansionniste.". Aussi, tint-il à ce que Léon Juda continuât à s'occuper de cette affaire, accompagné, toutefois, du Capitaine SAINT-HIPPOLYTE, topographe et officier de renseignement de l'armée. 
 
 YYY

 Fort du blanc-seing des autorités françaises et de l'accalmie provoquée par le traité DESMICHELS, l'Emir des Arabes voulût régler ses comptes avec TLEMCEN, MILIANA, MEDEA et les infidèles à sa loi.

Le Méchouar de TLEMCEN fut sa première cible. Il l'enlèva de haute lutte et y nomma un "khalifa". DESMICHELS crût, alors, en sa bonne étoile. Respectant les termes du traité, avec la bénédiction du gouvernement français, il livra à ABD EL KADER les obusiers demandés par Léon Juda, pensant ainsi prendre des villes par allié interposé

Début janvier 1835, le Prince des croyants leva son armée pour soumettre les cités du Chéliff, MILIANA, CHERCHELL et surtout MEDEA.

MILIANA tomba sans coup férir. Contrairement à TLEMCEN, personne ne défendit cette forteresse située sur un promontoire dominant la campagne environnante. Les Turcs avaient fui la ville, les Français ne s'y intéressaient pas encore, la cité des Orangers tendit les bras aux plus courageux et aux plus audacieux.

MEDEA sera plus capricieuse et donnera lieu à un conflit armé qui opposera ABD EL KADER au Marabout de la confrérie des "derquâwâ", BOU HAMAR, HADJ MUCA AL DARQUAWIYA, un musulman pur et dur qui accusait le Prince des Croyants d'impiété, pour avoir courtisé les infidèles et pactisé avec leur chef, le Général DESMICHELS. La bataille sera rude mais brêve. Fin avril, ABD EL KADER entrera triomphalement à MEDEA, la capitale du "beylick" du TITTERI.

 A SUIVRE..................                                            

                                             YYY
 

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