lundi 19 décembre 2011

HORIZONS BLEUS "le cabanon des gens heureux"

Colette, elle s'en fiche que je sois le bandit ou le shérif. Tout c'qui l'intéresse c'est de souffler le chaud et le froid. Mainant, elle s'étire en gonflant sa poitrine et je mate ses tétés qui grossissent à vue d'œil. J'veux pas me mettre les yeux mais la vérité, même aveugle, je les verrais tellement elle les offre à mon regard larmah. Mais comme c'est vilain, je porte mon attention sur le bateau blanc qui sépare la ligne d'horizon en deux. C'est moins poétique mais c'est mieux question convenance.

Vers seize heures, le cabanon y sort de sa léthargie. Je marche à présent sur Bains Romains aux côtés de Colette accompagnée d'une bande de babaos. A savoir pourquoi j'me suis laissé convaincre d'accepter cette descente aux enfers? Serais-je masochiste? Que Dieu y m'en préserve! Et plus je m'approche de cette station balnéaire que je peux plus voir en peinture, et plus l'inquiétude, elle s'insinue en moi comme une smata. Les gens ordinaires y z'héritent de leurs parents une maison, un bateau, une valise de billets, un nez tchata ou des yeux balala; moi, l'héritage de ma mère c'est le mauvais sang et l'inquiétude, larchorèche! On peut dire que çà tire de famille. Je vais taper des recherches généalogiques pour connaître l'origine de cette angoisse perpétuelle. Si ça s'trouve, j'ai un ancêtre que les Romains y lui ont morflé l'œil, c'est pour ça que les Bains Romains, y me sortent par les yeux! Pourtant, la vérité, si Caligula il existait pas, Bains Romains ce serait une charmante localité avec ses petits cafés et sa grande place des fêtes où tout le monde y tape la fraîche le soir venu en tchortchorant un maximum. Les enfants y tapent le ballon, les vieux y tapent la pétanque et les vicieux y tapent les jetons.

Et Colette qu'elle est plus ma petite chinoise pour longtemps, elle me parle comme si on allait à notre mariage.

Mais aouah, ch'uis pas dans mon assiette! Face aux biceps de Caligula, de quoi je vais avoir l'air avec mes muscles pois-chiches, mes bras stokafitches et mon torse schlougui-gangui. La honte, elle va se régaler en me mangeant la figure!

Je prie tous les saints, le pape, le grand rabbin d’Alger et même de Tombouctou, le prélat de j’sais plus très bien de quoi, le grand Mufti de toutes les mosquées d’Algérie, de Tunisie, du Maroc et de tous les pays que vous voulez pour que le Tarzan de ces dames, il ait attrapé une grippe venue d’ailleurs. Que les docteurs y z’ont beau chercher le remède, que dalle y trouvent. Je prie même ceux qui sont pas des saints comme ce « salopris » de Maurice que sa mère la pauvre, elle se fait un de ces mauvais sang, j’vous dis pas tellement il a un poil dans la main gauche. Et comme il est manchot, même pas il a une main droite.

La place c'est le désert du Néguev. Pas un chat, pas un chien, pas un hippopotame! Encore moins de Caligula! Le roi des lapins c'est plus Bugs Bunny, c'est le Tarzan de ces dames, le musclé des Groupes Laïques, le nageur en eaux troubles! Purée, pourquoi le venin y s'est installé dans mon esprit? J'me reconnais plus. Peut-être qu'y s'est noyé et moi je plaisante! Si je continue, je mérite les mines de sel même si je préfère celles du roi Salomon comme ça je retrouve Steward Granger que j'ai perdu de vue depuis "la perle noire".

Colette, elle m'énerve. Le torticolis, elle va attraper à force de tourner la tête. Un coup à droite, un coup à gauche, devant, derrière! C'est pas une tête, c'est un gyrophare! Plus elle cherche, moins elle trouve. Et moins elle trouve et plus je jubile. Encore un peu, je joue des castagnettes, une fleur entre les dents pour exprimer ma joie. Mais aouah ça se fait pas !

--" Allez, on va pas rester comme des babaos, en plein soleil!"

Ce Jeannot, des fois, je l'adore!

--" Cours devant si tch'es pressé!" y réplique ce bâtard de Luc que ma parole y doit être amoureux de Caligula.

Colette, imperturbable, elle s'assoit sur le banc dans un geste tellement féminin que tout zombi je redeviens.

--" On fait comme Charles, on attend!" je plaisante l'air faussement décontracté.

Dans la bande, y'en a pas bezef qui comprend mon jeu de mots. Mon humour et le leur y seraient pas passés par la même porte que ça m’étonnerait qu’à moitié.

C’est à ce moment précis qu’un coup de sifflet sorti des catacombes égyptiennes y me crève le tympan. Déjà, je cherche mes revolvers pour un « duel au soleil » contre Caligula. Total, mes revolvers, y tirent que des fléchettes même que je les ai achetés après avoir vu le film avec Tab Hunter. Si au moins j’avais mon taouète sur moi qui tire des vrais pierres qu’elles font mal un maximum.

Ce bâtard de Caligula qui ressemble plus à Marc Antoine ou mieux encore à Ramsès II, il embrasse pas ma petite chinoise sur les joues ? Comme si c’était sa mère ou sa grand-mère. Reusement qu’il a pas dérapé oussinon, ni une ni deux, je vais direct à l’hopital. Y me serre la main. Je devrais dire y me casse la main. Tain de poigne ! Je laisse rien transparaître même si je vais la laisser tremper dans un bain d’eau salée pour lui redonner vie. Zarmah, ch’uis content de lui être présenté. Qué j’m’en fous de ce phénomène de foire qui m’énerve un maximum. Rien qu’y parade et ce coulo de Luc y bave comme moi devant une tablette de chocolat. Quant à Colette, j’existe plus. L’homme invisible, c’est moi. Aouah, ch’uis pas fait pour ce mauvais sang. Ma mère, la pauvre, comment elle fait pour vivre chaque jour en s’inquiétant comme ça pour ses enfants, pour son mari, pour le pantalon qu’il est pas encore repassé, pour le manger qu’il a brulé un chouïa parce que sa voisine elle lui a « tenu la jambe », pour la « musique de sauvage » que son fils il écoute, pour les devoirs et les leçons qu’il apprend trop vite pour vraiment les savoir, enfin, pour tous les instants de la vie, la pauvre.

A SUIVRE.................

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