mardi 8 mars 2011

PETITE PAGE D'HISTOIRE SUR ALGER

Quand nous entrâmes en 1830, le 5 juillet, dans la charmante Alger, Alger la bien gardée, Alger la Blanche, Alger la Sultane, nous n’avions ni l’espoir, ni même le désir de nous répandre au loin jusqu’au Désert, jusqu’au pays de Tunis et jusqu’au Maroc, dans toute la grande contrée montagneuse et prodigieusement enviable qui obéissait de fait ou de nom à la ville du Dey. Même on eut en haut lieu la triomphante idée d’offrir ce littoral à toutes les puissances de l’Occident : Oran à l’Espagne ; Arzeu à l’Angleterre, notre « généreuse amie », qui nous menaçait de la guerre si la flotte de Toulon levait l’ancre ; Ténès au Portugal ; Bougie à la Sardaigne ; Stora aux Napolitains ; Bône à l’Autriche ; la France n’aurait gardé qu’Alger.



Mais, d’abord malgré nous, puis le voulant bien, nous marchâmes en avant.



Ce fut une guerre opiniâtre, à fortunes diverses, dix-sept longues années de fer et de feu. L’incendie s’éteignit en 1847, mais il couva longtemps encore, même il couve toujours : qu’un vent subit éparpille la cendre, comme en 1870-1871, et du brasier arabe ou kabyle s’élanceront des fusées rouges, sinon l’élément qui dévore. Musulmans sabrés, percés, enfumés, mitraillés ; Français troués dans la bataille, décapités ou mutilés dans les surprises ou les retraites ; moissons brûlées, oliviers ou dattiers coupés devant des gourbis en flammes ; le sirocco, la neige, la rosée nocturne ; les marches et contre-marches, les assauts, les razzias ; les oueds sans eau , les maquis, les palmiers, le Tell et le Sahara, l’Atlas, le Jurjura, l’Aurès, l’Ouaransénis, ce fut une mêlée antique, homme contre homme et couteau contre couteau, et non pas une de ces batailles modernes ou l’on est tué de loin, par le boulet et la balle, par le destin plus que par l’ennemi. Des deux côtés on fut brave ; mais le Jugurtha de cette autre Guerre Numide, l’Arabe Abd-el-Kader, pauvre et suivi d’une foule sans lien, pouvait-il vaincre les Français disciplinés, du maréchal périgourdin Bugeaud ?



Staouéli, Alger, le Mouzaïa, Béni-Méred, Constantine, Miliana, Tlemcen, Mazagran, l’Isly, Sidi-Brahim, Laghouat, Zaatcha, Ichériden, Palestro, de beaux noms, de vaillants capitaines, de brillants soldats, les zouaves, les turcos, les chasseurs ; trois grands peuples : le Français, riche et puissant ; le Berbère, fort dans sa montagne ; l’Arabe ayant pour lui ses marais, son désert, son soleil, la légèreté de ses tentes et la vitesse de ses chevaux : tout cela, c’est à la fois pour l’Afrique un tournant de l’histoire ; pour les Algériens une origine ; et pour la France une épopée que chaque siècle fera plus légendaire, bien qu’elle soit contemporaine d’une bourgeoisie sceptique et d’un parlement bavard.



A mesure que nous avancions vers l’orient, l’occident et le midi sur cette terre inconnue, le nom d’Algérie se répandait sur tout le territoire qui s’appelait avant 1830 la Régence d’Alger ou l’État Barbaresque.



Il y avait bien quatre États ainsi désignés : Alger, Maroc, Tunis et Tripoli ; mais Alger, nid de pirates, était le plus redouté, le plus célèbre, et il avait reçu par excellence le surnom d’État Barbaresque. Ses forbans circoncis, qui recevaient l’investiture ottomane, avaient hérité du terrible renom des Turcs ; ils ne rendaient hommage qu’au successeur des Califes, au Grand Sultan, chef de l’Islam ; ils fouettaient dans leurs bagnes des milliers d’esclaves « roumis », dont le plus grand fut Miguel Cervantès ; ils avaient battu l’empereur Charles-Quint, maître du monde, bravé le Roi-soleil, la France, l’Angleterre ; ils abhorraient et méprisaient l’Espagne, pillaient l’Italie, imposaient des cadeaux à divers rois de l’Europe et crachaient sur toute la Chrétienté.

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