CHAPITRE
PREMIER
HISTORIQUE
LA
NAISSANCE
Nous
sommes en 1845. Hors les murs de la citadelle, un nommé
LICHTEINSTEIN, de nationalité allemande, possède la jouissance d’un
terrain de vingt-cinq hectares qu’il aurait acheté, pour « une
poignée de figues », à un juif superstitieux, désirant se
débarrasser de cet ancien cimetière........ israélite.
Son
intention de créer une cité en lieu et place du conglomérat
d’habitations utiles aux travailleurs qui œuvrent à l’édification
et au renforcement des remparts de la ville est soumise au Président
du Conseil, le Ministre Nicolas SOULT. Sitôt accepté, le projet
voit le jour. La cité BUGEAUD sort de terre grâce au concours de
nombreux industriels parmi lesquels quelques aventuriers, escrocs ou
spéculateurs qui quitteront le pays, l’opprobre pour seul et
unique bagage.
Bab
El Oued naît dans la douleur. Les vieilles maisons de torchis, de
bouse, de diss et de boue ne résistent pas à l’oued M’Kacel,
lors des pluies diluviennes d’octobre qui enjambent le pont BAR
CHICHA, construit sur le tombeau de ce grand Rabbin d’El Djézaïr.
Pont qui sera détruit par l’oued, reconstruit et rebaptisé « pont
de fer ».
Mais
le ciel veille sur ce quartier qui comptera plus tard jusqu’à cent
mille âmes. Au loin, se détachant sur l’azur, une masse claire se
dresse, majestueuse et tentatrice. Cette carrière qui appartient au
Procureur de la République à Constantine, Monsieur ROUBIERE, offre
le calcaire bleu de ses entrailles pour bâtir le faubourg. Ceinturée
de fours à chaux, non loin des jardins du Dey, la montagnette est
vendue aux frères JAUBERT dont le nom restera accolé à la
construction de Bab El Oued.
Les
carriers valenciens retroussent leurs manches, imités bientôt par
les maçons piémontais; les briqueteries et les fours à chaux
tournent à plein régime, Bab El Oued troque ses habitations
éphémères pour des maisons en dur. Suivent les commerces et les
professions libérales. Les fortifications sont déplacées en 1848.
Elles avancent vers le cœur de Bab El Oued, de la place MARGUERITTE
du futur Lycée BUGEAUD à l’Esplanade NELSON, à hauteur du futur
boulevard Général FARRE , à deux pas de la mer.
Bientôt,
les écoles installent le savoir au centre du faubourg. De partout
affluent des familles. La ronde des naissances ancre définitivement
cette population issue de nulle part à ce quartier mythique.
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CHAPITRE
PREMIER
HISTORIQUE
LA
MORT
Bab-El-Oued
l’Européenne meurt officiellement le jour de l’indépendance de
l’Algérie. Mais ce quartier aux mille parfums d’épices, aux
amitiés éternelles et aux fausses rancunes, aux coups de colère
légendaires et aux visages burinés par le soleil et la mer a cessé
d’exister avec le départ des premiers « exilés
involontaires pour raison d’état ».
Le
coup de grâce survient au mois de mars 1962 avec la signature des
accords d’Evian, le blocus de Bab El Oued et la fusillade de la rue
d’Isly. Dés lors, chacun s’emploie à prendre un billet d’avion
ou de bateau afin de fuir la curée. Une tristesse indicible
accompagne la descente aux enfers de ce peuple qui aurait pu donner
des leçons d’optimisme et de joie de vivre au monde entier. Les
pas des derniers promeneurs qui, par reflex d’habitude, par
inconscience aussi, effectuent l’ultime « andar et venir1 »,
le dernier « paséo2 »,
la suprême « passegiata » de l’avenue de la
Bouzaréah, se perdent dans l’assourdissante résonance d’un
silence de mort. L’avenue ouverte aux quatre vents de l’amitié
d’enfance, du voisinage des balcons, de la fureur des rues et du
fou-rire de l’insouciance renvoie l’image d’un voyage au
centre de la solitude. Les magasins aux yeux clos ont, pour la
plupart, déjà tiré leur révérence. D’autres, vitrines
exsangues et patrons sur le pas de la porte, attendent l’hypothétique
clientèle. Ce petit homme au costume fané demeure à l’intérieur
de son atelier d’horlogerie, dans cette autre maison où il a vu
défiler les heures de sa vie et de son quartier. Devant sa machine à
polir inerte, il écoute la musique insolite du silence. Comment
prendre la décision de partir pour un ailleurs impossible et
dérisoire ? Comment ?...
Le
moindre bruit fait aujourd’hui sursauter des hommes et des femmes
habitués à la fureur des pays méditerranéens où l’éclat de
rire demeure le son le plus répandu. On se retourne machinalement
pour s’assurer que personne n’a de mauvaises intentions ou dans
l’espérance de voir une dernière fois un visage ami. Au détour
d’un café dont le rideau reste désespérément baissé, la
machine à remonter le temps entraîne vers la douceur des jours
heureux lorsque la multitude envahissait ces temples de l’amitié
qui s’égaraient parfois dans un verre d’anisette. Le temps s’est
arrêté aux Trois Horloges lors du blocus de Bab El Oued. Ses
aiguilles qui tricotaient la vie d’un petit peuple fier de la sueur
des aïeux, qui battaient au rythme des chansons napolitaines, des
mélopées judéo-arabes et des mandolines espagnoles avaient partagé
les petites joies et les grandes peines de cette comédia dell’arte
permanente qui sévissait dans le quartier. Elles se sont essoufflées
à tenter de suivre la course endiablée de la jeunesse et le cœur
fatigué, elles se sont éteintes avant l’heure, avant la
déchirure, avant le grand départ. A jamais. A toujours.
Le
cimetière des balcons accompagne le dernier convoi de l’exode. Des
rangées d’épingles orphelines espèrent encore la grande parade
multicolore du linge séchant au soleil. Témoignage de vie,
témoignage de Méditerranée, les terrasses ouvertes sur la mer
assistent au chaos d’un départ salvateur. Les persiennes de bois
refermées, les immeubles semblent prolonger la sieste des fantômes
du faubourg. La vie est partie de ce grand corps inerte. Le squelette
de Bab El Oued mettra des années à se désintégrer. Les murs sont
debout mais ils ne répercutent plus les bruits et les senteurs
d’autrefois. Bab El Oued la française, Bab El Oued la tricolore,
Bab El Oued l’européenne a glissé lentement de la réalité à
l’imaginaire. Elle s’est fondue dans le moule commun du souvenir
de ses enfants,
Elle
n’est plus que NOSTALGIE.
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CHAPITRE
DEUXIEME
ACTIVITES
INTELLECTUELLES
ARTS
ET LETTRES
Il
est admis que l’une des raisons de la prise d’ALGER est due pour
une grande part au consortium BACRI-BUSNACH. A la suite d’un tour
de passe-passe dont ils avaient le secret, les deux négociants
endettés auprès de la régence, revendirent à HUSSEIN DEY une
lettre de créance que la France avait contractée envers le
consortium. Le fameux coup d’éventail fut la conséquence de cette
affaire mais non le détonateur de la conquête.
La
« course1 »
même si elle s’essoufflait considérablement et les prisonniers
chrétiens furent selon les historiens les véritables raisons de
l’engagement de la France dans cette aventure.
Toujours
est-il que la famille BACRI a marqué de son empreinte l’histoire
de l’Algérie et tous les ouvrages traitant ce sujet ne manquent
pas de mentionner le rôle de Joseph « le vieux », Jacob
qui se rendit au devant du Maréchal DE BOURMONT en tant que Chef de
la Nation Juive dont l’intelligence influença plus d’une fois la
politique française en Afrique du Nord.
Il
me paraît tout naturel, à mon tour, de faire figurer dans cette
mémoire de Bab El Oued deux descendants de cette illustre famille
qui vécut dans la casbah judéo-arabe avant de « descendre au
faubourg » rue du Roussillon.
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Le
premier, car le plus âgé, est connu de tout un chacun pour ses
calembours qui éclairèrent d’un jour nouveau « le Canard
Enchaîné » de la grande époque. Il s’amusa tout au long de
ses écrits à donner ses lettres de noblesse à sa famille, à son
quartier et à sa ville natale.
Roland
BACRI, c’est de lui qu’il s’agit, auteur entre autres de « et
alors et voilà! », « le petit poète », « la
légende des siestes », « le Roro », « l’obsédé
textuel », « Trésor des racines pataouètes »,
« Le beau temps perdu », « les Rois d’Alger ».
Il s’essaya sans se prendre au sérieux à la chanson, prétexte à
des parodies désopilantes de la chanson pataouète sous le surnom de
« RORO DE BAB EL OUED ».
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Son
frère cadet versé, dès son plus jeune âge, dans la musique, n’est
autre que Jean CLAUDRIC, pianiste, compositeur, chef d’orchestre de
renom, arrangeur et accompagnateur des plus grandes vedettes de la
chanson française. Né au 3 rue du Roussillon, à Bab El Oued en
1930, il « fait » le conservatoire d’Alger avant
d’endosser le costume de pianiste au sein des orchestres de Lucien
ATTARD et Lucky STARWAY. A 28 ans, sa virtuosité franchit la
Méditerranée. Maurice CHEVALIER le choisit pour son prochain disque
dont il sera l’arrangeur et le chef d’orchestre.
Lui
emboîtent le pas, Joséphine BAKER, FERNANDEL, Les Compagnons de la
Chanson, Marcel AMONT, Johnny HALLYDAY, Charles AZNAVOUR, Michel
POLNAREFF, Mireille MATHIEU et bien entendu Enrico MACIAS pour lequel
il compose nombre de succès tels « les filles de mon pays »,
« les gens du Nord » entre autres. Sous le pseudonyme de
Sam CLAYTON, il écrit tous les succès de SHEILA et dirige
parallèlement les orchestres symphoniques les plus prestigieux à
travers le monde, tout en participant à de nombreux shows télé,
spectacles de variétés et Eurovision. Il reçoit le grand prix de
la SACEM en 1984.
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Sous
le pseudonyme de DAXELY, Marcel BOUMENDJIL fit partie de ceux que
l’on catalogua comme les acteurs fétiches du grand Marcel PAGNOL.
Remarqué par le maître sur les planches de l’Alcazar de Marseille
dont il fut pensionnaire de 1950 à 1966, il fit merveille sous la
dégaine endiablée de Garrigou, le bedeau de la chapelle des « Trois
messes basses » l’une des « Lettres de mon moulin ».
Ses compositions de grand benêt hésitant dans la première version
de « MANON DES SOURCES » ou dans celle du concierge de
« MERLUSSE » marqua les esprits. Auprès de la capiteuse
Tilda THAMAR, il tourna « La casaque dorée » avant
d’accompagner Tino ROSSI dans « NAPLES AU BAISER DE FEU »
interprétant avec talent le rôle de faire-valoir au cours d’une
tournée qui dura…….six années.
Natif
de Bab El Oued, oncle de Jean CLAUDRIC et Roland BACRI, ce comédien
repéré par le « maître » provençal du cinéma
français aurait pu faire une plus grande carrière si une sainte
horreur des mondanités que certains prirent pour de la timidité, et
un besoin viscéral de son environnement familial ne l’avaient
ramené chez lui, à ALGER, à Bab El Oued
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Comment
évoquer les gloires de Bab El Oued sans nommer celui qui est né le
23 Aout 1927 au quartier Guillemin, rue Thuillier exactement :
Martial SOLAL.
Celui
qui figure dans le grand dictionnaire du jazz débute à six ans. Il
rejoint très jeune l’orchestre du regretté Lucky STARWAY avnt de
passer professionnel en 1945.Il officie au sein d’orchestres
prestigieux tels ceux de Aimé BARELLI ou Benny BENNETT . Mais ce
qu’il désire avant tout c’est jouer au sein d’un quartet de
jazz. Il crée sa propre formation et rencontre un énorme succès.
En 1962, il est invité au festival de Newport
où
son talent d’improvisateur génial lui vaut d’accompagner les
plus grands, de Sydney BECHET à Django REINHARDT en passant par Art
FARMER ou Stéphane GRAPELLY. Il compose quelques musiques de films
dont « A bout de souffle » et « Léon Morin
prêtre ».
Dans
les pages de leur « Dictionnaire biographique des musiciens »
les deux éminents spécialistes du jazz que sont BAKER et SLONIMSKY
parlaient de l’enfant de Bab El Oued en ces termes : « Martial
SOLAL est un musicien de génie dont le rôle dépasse largement les
frontières du jazz et de l’Europe »
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A SUIVRE
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