vendredi 18 décembre 2015

extrait de "LES SENTIMENTS D'AUTREFOIS" de Hubert Zakine.

extrait de "LES SENTIMENTS D'AUTREFOIS" de Hubert Zakine.
Sidney était ravi. Son petit amour avait trouvé une nounou, avec des gestes de mamie, des attentions de mamie, des baisers de mamie bien plus tendres que ceux d’une simple nounou. Il reprit son travail aux éditions Méditerranée avec plus d’entrain. Plus d’entrain mais le cœur vide. Chaque soir, il attendait qu’Eva s’envole vers le pays des songes pour converser avec Suzy dans un tourbillon doux-amer de solitude. Alors, enfermé à double tour dans sa tour d’ivoire, la nostalgie lui contait l’histoire d’un amour incomparable.
Il revit le moment délicieux où Suzy apparut dans sa vie. C’était la veille de Noël. L’avenue Jean Médecin était la caisse de résonnance de chants festifs et les retardataires pressaient le pas à la conquête du dernier cadeau. Foule joyeuse, veille de réveillon, illuminations, bousculade et Suzy. Un ange passe. Deux yeux bleus à la dérive qui s’accrochent à son noir regard. Elle semble un aimant. Sidney se laisse harponner.
--Excusez-moi, vous semblez bien embarrassée avec tous ces paquets !
--C’est le moins qu’on puisse dire mais il y a plus grave, je ne sais pas où j’ai garé ma voiture.
Méthodique et souriant, Sidney prit les affaires en mains.
--Quel modèle ?
--Une R5 bleu marine.
--Vous ne bougez pas de là ! Ordonna Sidney avec tant d’à-propos que cela fit sourire la jolie jeune fille. Il s’en rendit compte et revint sur ses pas pour s’excuser d’une mimique désolée.
Il l’aida à enfourner ses paquets, le remercia d’une franche poignée de mains mais au moment où elle s’apprêta à entrer dans la voiture, il ajouta.
--Je vous souhaite de joyeuses fêtes et si dieu veut, je croiserais votre route un jour ou l’autre.
Elle stoppa son mouvement, le regarda droit dans les yeux et demanda, avec une assurance qui le surprit.
--Vous aimeriez me revoir ?
--Vous demandez à un aveugle s’il veut voir !
--Vous croyez en Dieu ? La question surprit Sidney tant elle vint à brule-pourpoint.
--Je me suis jamais posé la question ! Mais, les juifs même s‘ils ne le crient pas sur les toits, font toujours référence à D.ieu. D.ieu bénisse, si D.ieu veut, j’ai toujours entendu ma mère l’évoquer.
--Vous êtes de là-bas ?
--De là-bas ? Vous voulez dire de…..
-- je suis née à Guyotville et je m’appelle Suzy Trigano.!
Enthousiaste, Sidney sauta sur l’occasion pour embrayer.
--Moi, à Alger ! Vous voyez, on était faits pour se rencontrer…….. Un simple regard peut changer une destinée, j’en suis persuadé!.........et en lui tendant une carte de visite… prenez mon numéro de téléphone, on ne sait jamais ! Lui proposa-t-il.
Puis sans lui laisser le temps de répondre : Sauvez-vous, vous allez attraper la crève ! Passez de bonnes fêtes ! Et surtout, Téléphonez-moi !
En regardant la voiture se faufiler dans la cohue d’une circulation joyeuse, il lui sembla qu’il avait touché le gros lot. Cette fille était son avenir. Leurs regards s’étaient croisés et tels des personnages de Walt Disney, ils s’étaient laissés guider par un metteur en scène de génie pour ouvrir les portes du rêve.
Ce furent les plus prometteuses fêtes de fin d’années que connut Sidney avec une espérance au cœur qui ne se démentit jamais. Jusqu’au jour merveilleux où il entendit SA voix chantonner :
--Bonne année, bonne santé, mets la main dans le porte-monnaie !
Il reconnut ce refrain que tout Alger reprenait en chœur le 1er janvier à l’an gui neuf.
--Bonne année, petite fée rencontrée un soir de cohue. Que D.ieu fasse, qu’elle soit pour tous les deux, une année bénie des dieux.
Ainsi commença leur histoire !
CHAPITRE II
Sidney n’avait jamais montré autant d’impatience. Considéré par ses amis comme un séducteur, il prenait la vie comme elle venait, ne s’attardant pas sur une aventure amoureuse. Une de perdue, dix de retrouvées était son crédo. Il ne se sentait nullement prêt à s’investir dans une relation sérieuse. Viendra bien le temps de ronronner pour un regard séduisant, un visage qui le bouleverserait, un avenir en rose et bleu…… de fonder un foyer tout simplement. Et aujourd’hui, dans ce coquet café de la place Magenta, il lui semblait que sa destinée se dévoilerait lors de ce rendez-vous.
Il se précipita lorsqu’elle apparut dans l’embrasure de l’établissement, ouvrit la porte et l’invita à entrer en déclinant un "bonjour, jolie demoiselle!" qui se voulut charmeur.
--Bonjour, jeune homme !
Empressé, il l’aida à retirer son manteau de renard argenté. Le simple contact de ses mains sur ses épaules le troubla plus qu’il ne le désirait.
--Vous avez passé de bonnes fêtes ?
--En famille, donc, de très bonnes fêtes ! Et vous ?
--Je n’ai pensé qu’à vous ! Je me demandais si vous alliez m’appeler car je n’avais pas vos coordonnées. Heureusement, le soleil est réapparu, vous m’avez appelé !
--Quel baratineur !
--Non, sur ma vie, c’est la première fois que je suis accroc pour une fille !
--Pourquoi, vous n’avez jamais été amoureux ?
--Des amourettes mais pas le grand amour ! Celui qui vous empêche de dormir, qui vous fait rêver tout éveillé…..
--Hou la là ! Il faut que je me méfie !
--Pourquoi parce que je vous parle d’amour ? Je ne sais pas du tout si vous êtes mon avenir mais une sensation bizarre m’envahit lorsque je pense à vous et ça ne me ressemble pas ! C’est tout !
--Mais comment vous pouvez ressentir ce trouble, on s’est vu dix minutes !
--Je sais bien. Pourtant, je suis un garçon qui a la tête sur les épaules mais là, j’ai envie de me laisser aller, j’ai envie de mieux vous connaitre, c’est mal ?
--Non ! Seulement, vous m’effrayez !
Sidney comprit qu’il lui fallait freiner son tempérament afin de calmer sa belle. Ils parlèrent de terre natale, de religion, de leurs familles respectives, le tout agrémenté de fou-rires. Parfois, ils se taisaient, se regardaient éperdument, longuement, suivant le chemin de l’éternité qui pourrait leur ouvrir les portes de l’amour.
Sans qu’il s’en rende compte, Sidney avait été, innocemment, harponné. Cette fille lui plaisait bigrement. Aussi, il fit de son mieux pour répondre à ce joli papillon qui était en train de bouleverser ces certitudes. Oubliées les aventures d’un soir, les phrases toutes faites du genre demain, il sera bien temps de penser au mariage, les soucis de sa mère de ne pas voir son fils se ranger et fonder une famille. Oubliée l’envie de profiter de sa vie de célibataire, de ses vacances au Club Méditerranée entouré d’une brochette de jolies filles, de claquer son argent sans peur du lendemain et de ses soirées à jouer au poker au Casino d’Antibes. Oublier tout cela pour les beaux yeux de Suzy, tel était le challenge qu’il se promit de remporter.
Et qu’il remporta sans mérite tant l’amour noyait le regard des tourtereaux. Quatre mois suffirent pour unir leurs destinées. Ils emménagèrent dans un appartement situé au bord de l’eau face à l’immensité bleue qui berça leur histoire magnifiée par la naissance d’Eva.
Puis ce fut l’accident stupide et le rêve se brisa.
A présent, Sidney n’était plus qu’un père. Et pourtant, il avait été un homme heureux. Un époux heureux. Partager sa vie entre son métier, son épouse adorée et son petit bout de chou, quel plus beau roman d’amour à coucher sur papier velours ! Après un mariage grandiloquent comme le désirèrent les parents, leur lune de miel fut un enchantement. La découverte de leurs corps se fit lentement, doucement, tendrement pour finir par ne plus en faire qu’un au bout de quelques jours. La beauté de Bonifacio fut tout à la fois leur paradis, leur jardin d’Eden et leur ile de solitude.
Revenu chez eux, ils vécurent en parfaite harmonie. Sidney ne pouvait s’empêcher de la toucher et d’embrasser Suzy au moindre frôlement. Il se comportait comme un mari attentionné, un fougueux amant et un confident envers son épouse qui savait se comporter en maitresse et son amie.

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