Après, quand
tout le monde on est beaux comme si on allait à un mariage, on s’est dégusté la
tonne de petits rougets frits à la poêle (pourquoi toujours on dit frits à la
poêle ? Comme si qu’on pouvait les cuire dans une lessiveuse ! )
Comme des abeilles, et vas y que j’te manges les rougets avec les mains, en se
suçant les doigts comme des gros dégoûtants. Parce que le poisson chez nous, si
tu manges avec la fourchette et le couteau soit tch’es une tapette comme Luc le
coulo soit tch’es un mérate.
Colette,
comme une femme elle me décortique le rouget et elle me le met dans la bouche
comme si je suis unijambiste des bras. Même pas je me salis les doigts !
J’en peux plus. Si j’étais pas bien élevé, je roterais comme les arabes quand y
z’ont fait un bon repas. Et ma mère, en bonne orientale qu’elle est, elle
dirait :
--« Bessarah, mon fils ! »
En langage patos ça veut dire « Que ça te
profite ! » et en langage pied noir « Que ça te profite mon
fils, les yeux de mes yeux, la beauté à sa mère, que tu deviennes le plus grand
docteur du monde ! ».
Seulement.
ch’uis pas arabe et si je rote devant tout le monde, mon père y m’en donne une
que tous les murs du cabanon y m’en donne plein d’autres.
Je les
entends d’ici, les bien élevés : pourri, dégueulasse, tiassardo, demande pardon, j’en passe et des meilleurs. Alors,
mieux ch’uis pas arabe. N’empêche, des fois, ça doit être bon d’être arabe.
Surtout après un bon repas.
Le
mois de Juillet y termine sa course d’eau et de feu en beauté. Du soleil plein
le ciel et du bonheur plein la tête. En plus, les yeux bridés de ma petite
chinoise qui se sont posés sur mon auguste personne. Le bonus de l’été. Le gros
lot dans ma cabassette. La classe
quoi !
Comme chaque
année, le premier Août c’est la fête au cabanon. La fête des mabouls, des
Tarzan en devenir, des défis, du risque, de çuila qui imitera le mieux Johnny
Weismuller.
Je vous vous
d’ici. D’ici et même de là-bas. Vous vous dites :« En quoi, imiter
Tarzan, c’est risqué ! ».
Pousser son cri, à part casser les oreilles des voisins, la vérité y
risque pas grand chose. Mais se jeter du grand rocher des Horizons Bleus qui
culmine si j’étais un menteur à cent mètres mais comme je suis pas menteur je
dirais à quinze mètres, se taper le saut de l’ange ou le saut de carpe d’une
telle hauteur dans la mer, je dis que seuls les malades mentaux, y plongent.
D’habitude,
j’y pense même pas. D’abord parce que j’ai le vertige, ensuite pace que j’ai
une peur bleue, verte, jaune et rouge, enfin si ma mère elle l’apprend, elle
est capable de se jeter dans l’eau elle aussi pour sauver son fils d’une
possible attaque des crocodiles, et pour clore le débat, mon père y me tue de
coups. Mais là, j’apprends par inadvertance (bababa, ce mot, dé !) que
Ramsès II, alias Bobby, il est sorti de son sarcophage pour venir de Bains
Romains faire le zigoto aux Horizons Bleus. Cuilà avec ses bras musclés, je
l’avais rangé là où ma mémoire elle se rappelle de rien. Y va plonger devant
Colette. A coup sur je perds la figure ! Plonger d’une telle hauteur, même
le vrai Tarzan il hésite. Moi je suis plus du genre d’Artagnan avec une épée en
bois ou Kopa avec une balle en chiffon. Et puis, oh, je suis petit
encore ! Mes cousins y vont se jeter dans le vide mais eux y sont grands.
C’est dans
ces moments là qu’on s’aperçoit qu’on est encore un petit bébesso à sa mère.
Aujourd’hui,
y a pas, je me sens un enfant. Un nain, voilà, j’ai trouvé, un nain. Presqu’un
bébé. Encore un peu je demande le biberon à ma mère.
--« Alors,
tu vas plonger ou tu vas te dégonfler ? »
C’est Luc
qui se la ramène.
--« Tu
connais ma mère ! Tu crois vraiment qu’elle va me laisser jouer à
Tarzan ? » Quelle tapette je
fais. Non seulement ch’uis une gamate mais
en plus je rejette tout sur ma mère. Qu’est ce qu’il faut pas faire pour pas
passer pour un dégonflé.
--« Ramsès,
comme tu l’appelles, y plonge lui ! » Purée, comme il insiste sur
« lui ».
C’est là que
mon génie sans bouillir y se révèle. Je suis le disciple d’Einstein,
l’intelligence rare, le géo trouve tout des Horizons bleus, le prix Nobel de la
répartie :
--« Dis
moi ! Tu serais pas amoureux de Ramsès, par hasard. Rien que tu parles de
lui. Tu serais pas un peu tapette ! »
La mine
patibulaire de Luc, elle devient tibulaire.
(Cuila qui
comprend pas y se tape Le Journal de Mickey. Pat c’était le prénom de
Tibulaire !)
Cuila qui
comprend toujours pas, mieux y va se coucher, une bonne nuit la dessus et
demain le Bon Dieu, il est grand !)
--« Tu
crois que j’ai peur ? » j’insiste lourdement auprès de Colette
qu’elle a pas encore ajouter son grain
de sel.
--« C’est
si tu avais pas peur que je me ferais du souci ! » elle me répond
avec un détachement qui me fait un bien énorme. Elle a tout compris. C’est
vrai, intelligente comme elle est, elle peut pas fréquenter un casse cou
qui risque à tout moment de se retrouver à l’hôpital.
A SUIVRE.....................

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