samedi 14 avril 2012

Le bloc-notes de Philippe Bouvard

Un énarque entretenu depuis sa majorité par les contribuables...
N'ayant pas démérité je refuse d'être culpabilisé
Je ne suis pas un héritier.
Je n'ai jamais disposé d'un franc puis d'un euro que je n'aie gagné à la salive de ma langue ou à l'encre de mon stylo.
Je profite d'une aisance qu'il ne m'est possible de sauvegarder qu'en continuant à travailler - à 82 ans - dix heures par jour et 365 jours par an.
J'ai élevé de mon mieux mes enfants. J'aide mes petits-enfants à poursuivre les études qui n'ont pas été à ma portée.
J'ai toujours payé mes impôts sans un seul jour de retard et sans un mot de remerciement.
J'ai financé des porte-avions qu'on ne m'a pas admis à visiter, des bâtiments officiels à l'inauguration desquels on a omis de me convier Et ne voilà-t-il pas qu'un énarque, entretenu depuis sa majorité par les contribuables, voudrait me faire honte de ce que je gagne avant de me déposséder de ce qui a échappé à la triple érosion du fisc, de l'inflation et des emplettes inutiles !
Je suis un créateur et un mainteneur d'emplois.
Je fais vivre des proches dont certains m'accompagnent depuis plus de trente ans et que le candidat socialiste (puisque c'est de lui qu'il s'agit) projette implicitement de diriger vers les Assedic.
Or, en quoi ai-je démérité?
Ai-je volé quelque chose à quelqu’un?
N'ai-je pas donné au fur et à mesure que je recevais, persuadé que la dépense constituait le plus efficace acte social ?
J'ai perçu quelques heures supplémentaires mais aucune subvention.
Je n'ai touché d'autre argent public que la maigre solde d'un sous-officier durant mes quinze mois de service militaire.
Je n'ai jamais bamboché aux frais d'une République qui examine à la loupe les additions de restaurant de ses dignitaires mais qui continue à les régler.
Je n'ai pas fréquenté de paradis fiscaux.
On chercherait en vain la plus petite niche chez moi depuis que j'ai cessé d'avoir des chiens.
Une seule fois, je me suis délocalisé dans le cadre de la loi Pons à la coûteuse faveur d'un investissement hôtelier dans les DOM-TOM qui m'a fait perdre 100 % de ma mise.
A la distribution des bonus, des stock-options et des dividendes, j'ai toujours été oublié.
Mon casier judiciaire est vierge.
Mon courage est intact.
Je ne suis pas un damné de la terre. Mais je ne suis pas non plus un profiteur ou un esclavagiste.
Je ne suis le protégé de personne sauf celui du public auquel je dois la longueur de mon parcours.
J'ai mes opinions mais je n'ai jamais adhéré qu'au parti des amoureux de la France.
J'ai versé à la collectivité davantage que je n'en ai reçu: pas un jour de chômage et une seule nuit d'hospitalisation en six décennies.
Je me situe sans honte mais sans fierté excessive dans cette classe moyenne qu'on souhaite faire disparaître en nivelant notre société par le bas.
Je refuse autant d'être culpabilisé par un politicien (qui voudrait qu'on prenne son inexpérience pour de la normalité) que la France accorde sa confiance à un homme que l'Europe prive de la sienne et qui, bien qu'ambitionnant de devenir le gardien de la Constitution, ne paraît pas s'être préoccupé de la constitutionnalité de ses propositions.
Quant à moi, j'aurai nourri des enfants, construit des maisons, planté des arbres. Mission accomplie.

LE FIGARO MAGAZINE - 24 MARS 2012

1 commentaire:

  1. BRAVOOOOOOOOOOOOOOO !!!
    Voilà qui est bien dit !!

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