vendredi 24 février 2012

LE DESTIN FABULEUX DE LEON JUDA DURAN "SIEUR DURAND D'ALGER" de hubert zakine

Hussein Pacha

Après le deuil de sept jours imposé par la religion israélite, Léon Juda quitta la demeure familiale qu'il confia à la petite mémé et à son jeune frère Eliaou.

Il s'installa au coeur de la cité éplorée et traumatisée, dans le fondouk des palefreniers, faubourg BAB AZOUN.

Centre d'affaires à multiples facettes, ce lieu pittoresque et animé qui cumulait les fonctions d'hôtellerie, de carrefour de transit pour les caravaniers et d'échanges commerciaux où l'on criait pour se faire entendre, parût un havre de paix à l'aîné des DURAN.

Fidèle de la grande synagogue, il gravissait tous les soirs les nombreux escaliers qui conduisaient ses pas vers le Temple de la rue des Numides. Là, au milieu du petit peuple de la "hara", il se sentait bien. Miséreux parmi les miséreux, il partageait, sans même le demander, son deuil et son chagrin. Dans le malheur qui, alentour l'éclaboussait, dans la dignité de ses coreligionnaires d'infortune, il parvînt à lire une formidable leçon d'espérance qu'il apprivoisa aussitôt pour repartir vers d'autres conquêtes.

Travailleur acharné, Léon Juda voyagea sans cesse, tissant un réseau d'intermédiaires et de fournisseurs à nul autre pareil à travers tout le MAGHREB.

Grâce au soutien inconditionnel et .....intéressé de MAHI ED DINE, les noms de Haïm et Léon Juda DURAN s'imposèrent dans toutes les transactions commerciales de l'Oranie, terrestres ou maritimes. Entre autres, les ports d'ARZEW et d'ORAN par lesquels transitaient les marchandises en partance pour les coins les plus reculés du Beylick de l'Ouest.

Toute médaille ayant son revers, Léon Juda négligea EL DJEZAIR offerte sur un plateau d'or et d'argent au clan BACRI par le Dey HADJ ALI. Les règnes d’ Omar BEN MOHAMEDI et ALI KHODJA renforcèrent l'image glorieuse de la Maison BACRI, "Rois d'ALGER", seuls interlocuteurs du pouvoir ottoman.

La nomination d’HUSSEIN PACHA engendra une situation nouvelle qui laissait la voie libre à une reconquête des marchés de la Régence. S'appuyant sur le centre d'affaires d'Oranie et les solides relations nouées avec tous les grands comptoirs : TRIPOLI, ALEXANDRIE, CARTHAGENE, BARCELONE, NAPLES, GIBRALTAR, ROTTERDAM et STOKHOLM, les frères DURAN et leurs associés se lançèrent avec frénésie à l'assaut de la forteresse BACRI.

Léon Juda demanda audience au nouveau Dey. Après avoir franchi la poterne principale située sous les voutes "JENINA", il fut introduit auprès du Régent d'EL DJEZAIR par un membre enturbanné et précieux du "Divan", conseil de la milice.

De belle allure quoique de petite taille, le chasse-mouches de plumes d'autruche abouti d'une poignée enlacée de cuir rouge tenu avec un rien de désinvolture, la barbe blanche, longue et moutonneuse, parsemée d'arabesques poivre et sel, coktail de sévérité et de sagesse semblable à celle des "vénérés du judaïsme", HUSSEIN PACHA impressionna fortement Léon Juda.

Son chasse-mouches en perpétuel mouvement, hochant par intermittence la tête, le PACHA parut sensible aux arguments de son invité. La diversité des produits importés par la Maison DURAN ajoutée à la "djizzya" promise, bien supérieure aux 7000 "Boudjoux" remis par le Chef de la Nation Israélite à la Régence, tous les jeudis soirs, avant le coucher du soleil allumèrent le regard du Sultan.

Cette "djizzya", dîme spéciale assurant au quartier juif de la "hara" un semblant de protection et la liberté de pratiquer un autre culte que la religion d'état, n'entrait pas dans le cadre de l'impot obligatoire dû pour toute transaction commerciale.

Le Dey, comme tous les Régents qui le précédèrent, les aghas, les beys, les caïds avaient un impérieux besoin d'argent; celà, Léon Juda le savait. Aussi, faisait-il vibrer cette corde sensible aux yeux des puissants.

HUSSEIN PACHA, en homme intelligent, décida d'entretenir les meilleures relations que lui permettait son rang, avec l'aristocratie juive. Dés sa prise de pouvoir, il encouragea par ses exigences et à son seul profît, une concurrence impitoyable entre toutes les familles israélites qui monopolisaient le commerce, l'artisanat et les sciences humaines.

Cette élite intellectuelle permettait au Maghreb d'entretenir de fructueuses relations internationales avec les cinq continents. Elle approvisionnait les villes et les villages, les campagnes et les douars gràce à l'affrêtement de monumentales caravanes ou par le biais de petits colportages qui vendaient leur marchandise dans les coins où personne n'osait s'aventurer. L'artisanat juif jouait également un rôle prépondérant pour la prospérité de la Régence. Tailleur, tanneur, orfêvre d'art, cordonnier, savetier, brodeur, ébéniste, passementier, bijoutier, fondeur de métaux précieux, aucun métier ne leur était étranger et ils excellaient dans tous les métiers. Les notables israélites s'étaient emparés de la finance de la Régence gràce à leur habileté manoeuvrière et à leur aptitude à différencier les multiples monnaies des souverains musulmans des royaumes du Maghreb. Leur intelligence, la diversité de leurs activités, leur appât du gain, la relation privilégiée qu'ils entretenaient avec l'argent en faisaient des collaborateurs de choix pour les maitres du pays.

Et peu de riches notables et dignitaires se permettaient d'ignorer leurs compétences en se passant de leurs estimés services.

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HUSSEIN PACHA était un homme fier, sûr de lui et de son pouvoir en cet été 1820. Son insolence ne connaissait pas de limites.

Les Consuls de SARDAIGNE et d'ESPAGNE subirent son courroux lors d'un entretien privé sur les taxes portuaires réclamées à leurs pays. L'arrogance de ses propos et de ses missives indisposaient tous les ministres plénipotentiaires.

Pour atteindre la Régence d'EL DJEZAIR avec son cortège de glorieuses réminiscences liées à l'auguste premier personnage du pouvoir ottoman, ce Turc né à VOURLA, près de SMYRNE, gravit tous les échelons de la promotion sociale. Engagé très jeune dans l' "ODJAC", armée ottomane, qui offrait la possibilité à ses soldats de cumuler un métier civil avec la charge militaire, HUSSEIN, toute ambition déployée, usa de cette facilité pour ouvrir une friperie dans le vieux quartier de la "Kasbah". L'écho de son succès parvint jusque dans les jardins de la "cassaubah". Aussi, le Dey d'alors, OMAR BEN MOHAMEDI, le nomma secrétaire, "drogman" de la Régence puis, satisfait de ses services, Ministre des Propriétés Nationales. Son intelligence fit des merveilles et le propulsa, quelques années plus tard, vers le trône en lieu et place de ALI KHODJA.

A présent, seul maitre d'EL DJEZAIR après ALLAH, HUSSEIN PACHA régnait sur un pays en proie au doute. La piraterie s'essouflait et la "course" ne remplissait plus guère le trésor de la Régence.

Il prit alors de mesures impopulaires, augmenta les impôts, réclama le paiement des dettes contractées envers la Régence sous d'autres monarques. Dont celle de la célébrissime "créance BACRI"

Par une habile manipulation dont il avait le secret, le "Consortium Juif Livournais" réussit à convaincre le Dey d'accepter des lettres de créance de la FRANCE pour solde de tous comptes. Hélas, le Trésor Français refusa d'honorer la totalité des obligations pour une sombre histoire de Caisse de Dépôt et Consignation.

HUSSEIN rendit, alors, responsables les Livournais, instigateurs et détonateurs de sa discorde avec la FRANCE.

Aussi, accueillit-il avec intérêt Léon Juda DURAN, ennemi déclaré des BACRI, qui devint le fournisseur officiel de la Régence. Ses qualités d'interprête ajoutées à ses connaissances en matière financière et à ses relations commerciales éblouirent le Dey qui en fit son premier secrétaire "drogman".

La Maison BACRI était à genoux. David DURAN pouvait reposer en paix dans le vieux cimetière israélite de la Porte BAB EL OUED au milieu des asphodèles sauvages.

A SUIVRE.....................

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