samedi 25 février 2012

EXTRAIT DE "JEUX DE GUERRE" de hubert zakine

EXTRAIT DE MON DERNIER OUVRAGE QUI SE DEROULE ENTRE 1939 ET LE DEBARQUEMENT AMERICAIN EN 1942

Aujourd’hui, en ce mois d’octobre 1940, Papa Atlan était bien loin d'Alger, de Padovani, de son vieil ami Omar, de son épouse, petite voisine de la rue Randon que l'amour avait placé sur son chemin un matin de printemps au marché de la lyre, de ses enfants qui avaient ensoleillé son avenir, de sa famille si chère à son cœur.

Depuis qu'il avait quitté son emploi de voyageur de commerce qui l'éloignait trop souvent des siens et qui lui avait valu le surnom usuel de Pilote auprès de ses amis et de sa famille, il avait repris la comptabilité de sa jeunesse pour travailler à son domicile et n'avait jamais été séparé de son cadre familial.

Comme tous les hommes d’Algérie, il espérait gagner la guerre très rapidement et, du même coup, la reconnaissance de la patrie.

Son épouse se réjouissait du maintien de son unité à Aumale et même si des bruits couraient sur le déplacement du 9ème zouave dans le sud tunisien, elle remerciait le ciel pour chaque jour gagné sur le transfert de son bataillon.

*****

Richard, Pierre et Norbert, c’était une amitié « à la vie, à la mort ! » et la devise des mousquetaires « Tous pour un et un pour tous » leur allait comme un gant. Ils eurent plus d’une fois l’occasion de la vérifier, Richard et ses amis se faisant un devoir de partager le produit de leur pêche. Lorsque l’un d’entre eux manquait la sortie en mer, au moment du partage, le cageot qui lui était réservé était plein et la réciproque se vérifiait à chaque occasion. Ils avaient institué une règle d’amitié où le partage tenait lieu de respiration. Ainsi, s’il conservait les quelques pièces de monnaie récompensant son travail au four, les boules de pain noir du boulanger Di Méglio faisaient l’objet d’une distribution en règle avant de songer à en tirer profit sachant que cela valait plus que de l’or pour les apprentis chef de famille.

Richard secondait sa mère du mieux qu’il pouvait mais entre ses nuitées à la boulangerie, son travail à l’épicerie et les parties de pêche nourricières, il délaissait ses études de la rue Rochambeau.

Une lettre en provenance de Gabès confirma le transfert du père de Richard et de l'unité du 9eme zouave dans le sud Tunisien. Maman Atlan encaissa cette nouvelle sans un mot mais son fils mesura l'angoisse de sa mère qu'il tenta de tamiser mais il connaissait trop sa "douce" pour s'imaginer qu'elle allait de laisser abattre.

Les enfants vivaient, par procuration, des aventures guerrières grandeur nature bien plus excitantes dans leur imaginaire que celles de Vercingétorix ou de Jeanne d’Arc, d’autant plus qu’elles étaient vécues par des membres de la famille. Plus tard, bien plus tard, quand cette folie meurtrière se sera épuisée et que les clameurs se seront tues, Papa Atlan raconterait à ses enfants, cette épopée, bien calé dans le fauteuil de cuir usé mais l’instant présent réclamait toute l'attention de son fils pour remplir parfaitement son rôle de chef de famille.

En ces temps de vaches maigres, il passait bien plus d’heures à taquiner l’oublade ou la tchelba avec ses amis qu’à se pencher sur les mathématiques ou la grammaire. Son père à la guerre et sa mère occupée à des tâches ménagères, il plongeait avec délice dans l'école buissonnière que sa scolarité lui proposait.

--A partir du moment où ma mère, elle peut compter sur moi…..

Partagé entre l’amitié de sa jeunesse et la responsabilité familiale, Richard savait très bien que si les "manqua oura" arrivaient aux oreilles de sa mère, la confiance aveugle qu’elle lui accordait ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Sans compter le souci supplémentaire que cela lui occasionnerait. Il entendait déjà les remontrances qu’il ne manquerait pas d’essuyer.

--Oui, qu’est ce qu’on va faire de toi ? Tu as pas honte ? Pendant que ton père il est à la guerre, toi tu fais le zigoto avec tes amis, les cancres !

Alors, dans ses rares moments de lucidité venue de son éducation, Richard rangeait au placard sa fainéantise avec la ferme intention d’aller en classe comme un enfant obéissant et travailleur.

*****

1 commentaire:

  1. Bonjour monsieur; Est ce que vous avez visiter l'Algérie après 1962?.

    RépondreSupprimer