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Les amours au beau fixe, je peux me consacrer à mon enfance parce que, quoiqu’en pense Boubouz, je suis encore un enfant. Comme elle dit ma mère : « tu lui appuies sur le nez, y coule encore du lait ! » Yaré ma mère et sa philosophie issue de la casbah judéo-arabe.
Les amours au beau fixe, je peux me consacrer à mon enfance parce que, quoiqu’en pense Boubouz, je suis encore un enfant. Comme elle dit ma mère : « tu lui appuies sur le nez, y coule encore du lait ! » Yaré ma mère et sa philosophie issue de la casbah judéo-arabe.
A moi le football, les noyaux, les tchapp’s, les toupies et les carrioles. La rue, elle nous tape encore la danse du ventre pour nous ensorceler et nous entraîner dans le tourbillon de l’enfance. Aya zoumbo, cette phrase, même Victor Hugo, il est pas capable de l’écrire ! Et c’est normal, y connaît pas Aya zoumbo !
Tous les matins, la rue Thuillier elle nous appartient. Les jeux du quartier, y sont empruntés aux anciennes générations. La boléra, une balle de tennis qu’on frappe avec la paume de la main contre un mur, les tchapp’s, face imagée des boîtes d’allumettes, les noyaux pris dans le cœur des abricots, les toupies, sa guitane et son gangui, les billes secondées par le pam, la carriole à fabriquer soi-même pour taper les vingt quatre heures du Mans à Bab El Oued, des tas de jeux sortis de l’imagination des chitanes du quartier. Mais à deux, douze ou vingt deux, c’est le foot qui se taille la part du lion chez les garçons. Les filles, elles préfèrent la marelle, la corde ou les osselets qu’on récupère chez le boucher, tout en surveillant les garçons du coin de l’œil.
Au passage d’une femme, on arrête le match qu’on reprend aussitôt après. Sara, sara, on va se rafraîchir chez le teinturier industriel de la rue Thuillier et quand les policiers y débouchent sur notre terrain de jeux, on se sauve par la maison aux deux entrées, avenue Malakoff et rue Thuillier. Un deuxième immeuble à deux entrées dans les rues Rochambeau et Kœchlin, y faisait de nous les rois du dédoublement quand les policiers y tentaient de nous surprendre. La raison des immeubles à double entrée, seuls les architectes de l’époque, y la connaissent mais la vérité, elles nous rendent bien service pour prendre la poudre d’escampette. A Bab El Oued, on disait la poudre de la scapète.
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Capo, notre Elvis à nous, il a eu un accident. Un camion, il a cru qu’il était en fer forgé, il l’a envoyé valdinguer alors qu’il descendait se baigner à Padovani. Capo, on lui a mis les yeux. Raïeb, plus jamais on dira du mal sur lui. Même pas en plaisantant. Tous les jours, on va le voir. Son père, superstitieux comme une vieille juive, il lui a coupé la banane. Il est persuadé que sa coiffure elle lui a porté la schkoumoune. Ma mère, elle dirait qu’on lui a mis le karse ! Chacun il a ses mots pour dire les choses mais le résultat, c’est kif-kif bourricot. Raïeb, Capo il est tout niqué de partout. C’est le roi de l’ecchymose. Bozambo, avec son sens de la mesure coutumier, y plaisante.
--Y faut toujours que tu fasses l’intéressant !
Nous on rit jaune mais Capo il a trop mal, même pas y sourit. Ses vacances elles sont gâchées et les nôtres aussi. Sa mère, elle nous demande de venir le voir seulement de quatre à cinq heures de l’après midi. Gozlan, il en rajoute une couche, c’est normal avec la couche qu’il se tient.
--Heureusement qu’elle a précisé l’après midi parce que je me vois pas aller chez Capo à quatre heures du matin.
--Qué couillon !
Capo k.o, les vacances elles ont plus la même saveur. Chaque fois quand on est à la plage, au cinéma ou simplement quand on traîne dans l’avenue de la Bouzaréah, la folie, elle accompagne plus notre insouciance. Seules, les filles du square Guillemin, elles réussissent à nous dérider. Nicole, elle m’emmène à El Kettani pour me conter fleurette comme on compte fleurette à douze ans ou bien on reste sagement assis sur un banc à parler de tout et de rien. Quand on sera plus grand, on chantera la chanson de Georges Brassens et Patachou, les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics. Le mois de Septembre, il a pas commencé de la meilleure des façons mais comme elle dit ma mère, demain sera un autre jour !
Capo y part au cabanon de Baïnem. Là bas, y va se reposer tranquillement sans la bande de mabouls du jardin Guillemin. Y nous fait promettre d’aller le voir une journée. On promet la main sur le cœur. « Houla, sur la vie d’ma voisine ! » Gozlan, jamais y jure sur la vie de sa mère ! La rigolade elle reprend ses droits. Allez va, la vie elle est belle en ce mois de Septembre 1956.
A SUIVRE.........


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