jeudi 8 septembre 2011

HORIZONS BLEUS de Hubert Zakine

EXTRAIT
La soirée, elle s’est passée en compagnie de Bob Azzam, les Platters, Sydney Bechet et la cumparsita. Les danseurs et surtout les danseuses y s’en sont donné à cœur joie et les éclopés y sont restés sur le banc. Colette elle m’a pas quitté comme si ma mère elle lui avait passé le relais.
--« Tu fais attention, ma fille hein ! tu le laisses pas une seconde ! »
Alors ma petite chinoise, ses baisers et ses tétés y m’ont pas lâchés. Au contraire, elle s’est un plus collée contre moi et on n’a plus bougé de la soirée.
Aouah, elle est pas belle la vie !

Qui c’est ce r’mar qui a dit que le bon dieu il existe pas ? Qui que je lui morfle l’œil. Luc, le coulo qui m’a niqué le genou, le coude et partout où ça me fait mal, y grimace un maximum. La vérité, comme il est vilain qu’il en peut plus, ça le change pas tellement mais quand y m’annonce que le soleil y m’avait vengé mieux que Zorro, le vengeur masqué, rien je comprends. Alors y me tape la paracha en huit volumes. Et pour me prouver ses dires en couleurs et en cinémascope, y me tape un strip tease mieux que Brigitte Bardot elle effeuille la marguerite. Y tombe la chemise et que vois-je avec délectation ? Mon coulo de Luc, le soleil y lui a donné le compte. Rouge pire qu’une pivoine. Bronco Apache, c’est plus Burt Lancaster, c’est Luc la tapette. Avec sa peau d’ordinaire couleur lavabo, ce torrène, il avait joué tout le match de foot torse nu. Le soleil, y s’est pas fait prier pour lui taper un de ces feux de joie sur sa peau laiteuse, j’vous dis pas ! Ecrevisse il est devenu !Et moi, même si la vérité, y me fait un chouïa de la peine, je peux pas m’empêcher de jubiler un tantinet. Alors si y en a un qui réfute l’idée que le Bon Dieu il existe, qu’il aille chez sa mère ou mieux qui demande à Luc ! Lui y sait !Pace que un coup de soleil de chez nous autres, ya que chez nous autres qu’il est autant maousse.

Mais reusement pour lui, Madame Thomas, c’est elle la championne du monde et de tous les cabanons alentour pour enlever le soleil en deux temps trois mouvements. On dit aussi « faire le soleil » mais la vérité c’est blanc bonnet, bonnet blanc même si dans ce cas précis c’est le rouge écarlate qui prédomine.

Notre Madame Soleil à nous, elle a sorti tout son attirail : récipient, bol auquel y manque que la loubia, carafe d’eau, bassine, incantations, tout pour le grand spectacle en couleurs et en cinémascope. Luc, il est vert de peur en dedans et rouge  de soleil au dehors. Le contraire d’une pastèque !

Comme tous les cabanonniers, on est tous des saint Thomas en puissance. On veut le voir pour le croire tout ce qu’on raconte sur les « enleveuses de soleil ». La terrasse pire qu’une manifestation. Papa Vals, joueur comme pas un, presqu’y prend les paris. Luc, il est devenu arc en ciel. Il invente des nouvelles couleurs. Les femmes elles préparent le vinaigre des fois qu’y tombe dans les pommes, les poires et les scoubidou, ah !

Pendant ce temps, madame Thomas elle se prend pour Taureau Assis, le sorcier de « Fort invincible ». Elle est la reine des incantations. Elle tape pas la danse du scalp mais c’est tout juste. Luc, raïeb, il vire au grenat. Colette, elle va s’trouver mal pour que je lui tape le bouche à bouche. Elle est violette mais pas impériale. Le contraire de Carmen Sévilla. Luis Mariano, viens à mon secours, va !
Ma mère elle prie en arabe, ma tante en juif, mon autre tante en judéo-arabe et madame Vals en judéo-arabo-chrétien. Les autres cabanonnères, elles prient en pataouète. Vous me croyez si vous voulez ( la vérité, si vous me croyez pas çà va pas changer le monde ) madame Thomas elle est plus forte que Tony Curtis alias Houdini, le magicien. Elle tape un coup de sminfin couffin et l’eau dans le récipient elle se met pas à taper la danse du ventre ? Ma parole d’honneur ! L’eau elle se prend pour un bouillon de légume sur le feu. Et elle fait des flops, des flips, des flaps dans la marmite. Et encore, vous avez rien vu ni entendu. Madame Thomas elle  retire son costume de Taureau Assis pour se vêtir des haillons de Moise. Les Hébreux, y sont tous aux Horizons Bleus éberlués devant le miracle. La Mer Rouge elle se sépare en deux, elle déborde de partout et se répand hors de la marmite. Rien on comprend. Ramsès, y se perd en conjectures. ( voilà encore un mot qu’il est interdit à Bab El Oued tellement que personne il le comprend)
FIN DE L'EXTRAIT

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