mardi 10 mai 2011

LES AILES BLANCHES D'ALGER DE ROSALIND FERRARA

CHAPITRE 8

J’insiste sur l’importance pour moi, pour mes concitoyens, pour les familles, vivantes, mortes ou disparues, de proclamer la vérité jusqu'à ce qu'elle soit connue et reconnue, et que justice nous soit rendue. Cette vérité ne doit pas reposer seulement sur une image négative des « colons », image très partielle et très partiale. Je les ai vus, moi, ces femmes et ces hommes, tous animés d’une foi aveugle en leur pays, la France…
Je me souviens que dans la ville d’Alger, à chaque commémoration de victoires ou autres fêtes nationales, nous déployions à nos balcons le drapeau bleu blanc rouge avec fierté et liesse, je me revois, petite fille applaudissant à pleines volées, les défilés de la Légion Etrangère et les chaussures aux énormes rabats blancs m’impressionnaient grandement, tandis que les légionnaires allaient en processions solennelles, par
les grandes artères éclaboussées de lumière.
Et le rythme de la musique militaire tambourinait au rythme de nos coeurs et des engagements irréfutables qui étaient nôtres !!!

CHANT V
DOULOUREUSE SYMPHONIE D'UN NOUVEAU MONDE

Dès la déchirante traversée, dès les premiers pas sur votre sol, évidente ou cachée, celle-ci s'est imposées à moi de bien des manières. Sabordé ce trésor de ma joie de vivre, comme certains esprits hargneux l'avait projeté, au sens propre, pour le navire nous arrachant à notre terre. Pourquoi ne passe débarrasser de cette cargaison d'exploiteurs ? En d'autres temps, leurs "illustres" devanciers n’avaient-ils pas demandé le même service à la Loire, débarrassant ainsi la France d'un certain nombre d'"ennemis du peuple" ?
Nous pointer du doigt, nous abandonner ne leur suffisait donc pas ? Il leur fallait, en outre, nous précipiter dans le malheur…et même au-delà, dans la mort ! Sans doute, pour parachever leurs tirs incontrôlés sur une foule désarmée, leurs propres concitoyens !
Face à tant d’outrages, peut-on espérer d'autres lendemains ? Combien de temps m’a-t-il fallu pour oser faire triompher ce que je suis aujourd’hui et vous le crier haut et fort : « une fière petite pied-noir » ?…
Peut-on d'ailleurs parler de temps quand tant de souffrances vous écrasent, les miennes propres, celles de mes parents, celles de nous tous les expatriés d'Algérie ? Souffrances d'autant plus grandes, d'autant plus incurables qu'elles étaient, la veille, absolument inimaginables. Comment oublier un jour le préjudice porté à ma famille, à mes amis, ces " persona non grata" auxquelles les Etats et la plupart des Français ensemble ligués ont dressé embûches sur embûches, pour, finalement, les arracher à leur terre natale.
Puissent-ils porter le poids de cette responsabilité jusqu’à la fin de leurs jours !
Plus tard, à l'heure de la maturité, je pris conscience de la force de ma personnalité pluri-originelle, et je compris que loin d'avoir honte de celle-ci, je devais en être fière. Mais, avant d’arriver à ce degré de sérénité, j’ai côtoyé de mortels abîmes auxquels je n'ai échappé que par miracle. Cependant l’amour
m'habitait et me tira des griffes d'un désespoir sans retour. Poussée par l'élan vital qui me vient de la terre aimée, je porte maintenant avec bonheur, l’embryon de ma prose, exorcisant ainsi mes cris intérieurs avant de quitter cette terre que je ne considère pas vraiment comme mienne.
Malgré tout, je dois, cependant, rendre justice à Marseille qui fut ma ville d’adoption et qui m’a recueillie en son sein. : Je l'aime. Mais tous les piedsnoirs n’eurent pas la même chance. « Le coup de sirocco » quoique très caricatural, caractérise admirablement la sotte malveillance des gens d’ici : ils avaient tout fait pour que nous venions de ce côté de la Méditerranée, mais dès notre débarquement, ne se contentant pas de nous humilier, ils nous ont accusés de nous y être – par force - installés ! Fraternité, solidarité, patrie, quel triptyque impressionnant ! Et, en face, toutes ces femmes et tous hommesabandonnés à leur bien triste sort !…
Voici un souvenir terrible pour une petite fille de onze ans : avoir mangé au départ à la soupe populaire, habillée par la Croix rouge française, que je salue ici très bas !...En prime, sous les lambris paisiblement indifférents des bonnes consciences de la République, une étoile jaune ? Non tout de même, mais mon drapeau pied-noir sur le dos...
En ai-je assez dit ?...
A SUIVRE......

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