mercredi 16 janvier 2013

HORIZONS BLEUS de Hubert Zakine


Argento notre épicier y vend, entre autres bonnes choses, des crèmes glacées. Y nous accueille comme tous ses clients avec son  éternel sourire ajouré. Le pauvre, même ses dents du milieu, elles ont tapé la scapa.

Je sais pas à quoi c’est dû mais tout le monde y semble comprendre que Colette et bibi fricoteur, c’est pas une simple histoire de vacances. Que les Roméo et Juliette pieds noirs y sont devant eux. Que c’est écrit sur nos visages et que ça se lit comme dans un livre ouvert.

Argento, comme les autres y comprend. Tout gentil il est. Même que ça lui ressemble pas de faire cadeau quelque chose. Et ben, vous me croyez ou non, si vous faites partie du petit monde des Horizons Bleus, obligé vous me croyez, y nous offre pas les glaces ! Ma parole d’honneur, si je mens ! Purée, la classe. Ce soir, je peux aller au cinéma plein air avec ma dulcinée. Tain de vocabulaire que je me paye. On dirait du Victor Hugo !

Quand tous les babaos y sont rentrés de la Pointe Pescade, la soirée merguez elle était prête à envelopper le cabanon d’un épais nuage de fumée.

Un vieux bidon, une grille, du papier, du bois, des pommes de pin rescapées de l’incendie de la forêt de Baïnem et des allumettes. Sans oublier la tonne de merguez, achetée à Bab El Oued. Tout le cabanon sur la terrasse et le rire en majuscule. De l’anisette pour les tchitchepounes, de la khémia pour enflammer les palais et de la musique pour les assoiffés du tango.

Chacun il a allumé les lumières et la terrasse vue de la mer elle doit ressembler à un navire de croisière qui tape la barouffa. Les poissons y peuvent dormir sur leurs deux ouies, pas une barque de pêche elle va sortir ce soir.

Colette, elle est aux petits soins avec moi. Elle s’est changée en petit chaperon rouge en enfilant une petite robe écarlate soûa-soûa. Elle a pas eu besoin de se refaire une beauté avec du rouge à lèvres et du rose aux joues tellement que le naturel y lui va bien. La vérité, c’est pas pour dire mais la plus belle du cabanon, c’est elle ! Y a pas photo ! Avec ma mère bien sur ! Hé, on est pied noir ou on n’est pas pied noir.

Ma mère, on dirait qu’elle a passé un accord secret avec ma petite chinoise sur le devenir de son fils chéri. Pour ceux que la compréhension elle fait défaut, le fils chéri, c’est bibi. C’est pas que mes frères, y sont pas les mazozé de ma mère mais comme je suis le plus jeune, j’ai droit à certaines attentions du genre :« il est petit le pauvre ! », « ne lui faites pas mal, brutes épaisses que vous êtes ! », « c’est trop de travail, il est fatigué, le pauvre ! » , « le pauvre, ce cartable il est trop lourd pour lui ! ». Toujours, quand elle parle de moi, ma mère, elle me qualifie de pauvre. Jamais elle dira le riche, le musclé, l’intelligent. Pauvre je suis, pauvre je reste ! Alors tant qu’à faire, autant  j’en profites ! Qu’est ce que je suis frêle, maladif et fatigué, la purée !

--«  Tu t’occupes de Richard, hein, ma fille ! »

Ca y est ! Je vois de là ceux qui connaissent pas l’étendue de l’amour, de l’affection, de l’amitié  de chez nous. Vous vous dites : «  Qué ma fille ! ( vous êtes pied noir alors c’est normal, vous parlez pied noir ) C’est pas sa fille. Au pire c’est sa future belle-fille.

Oh ! Future belle-fille, c’est vite dit !

Avant, y faut lui offrir la bague de fiançailles devant des centaines d’invités (entre ma famille et la sienne, y faut bien compter ça et en plus c’est que des morfals ), passer la visite du docteur pour voir si j’ai pas la maladie qu’on attrape dans les maisons closes que si j’appelle un chat un chat je dis la « chaude-pisse que nous autres on qualifiait de « tchopisse », d’acheter les alliances que ma mère elle va marchander jusqu’à ce que le bijoutier il en peut plus, de choisir le traiteur que ma mère, encore elle, elle va exiger des plats judéo-arabes et critiquer à tout va parce qu’on la fait pas aux filles DURAND qu’elles descendent un peu de la cuisse de Jupiter et beaucoup de RASHBAZ, alors hein ! Et après tout ce mauvais sang, choisir la robe de mariée que ma mère, (toujours elle avec ses sœurs) elle va la vouloir comme si c’était son fils chéri qui allait la porter. Et le costume que je renonce à décrire tellement j’ai pas assez de pages pour relater le mauvais sang de mon oncle Léon le tailleur.

C’est vrai pourquoi ma mère elle appelle Colette ma fille ? Serait-ce prémonitoire ? Chof, comme je parle bien le français quand je veux ! Qué, prémonitoire ! D’abord, même pas je comprends ce mot à la six-quatre-deux. Et ensuite c’est parce que les femmes de chez nous, tellement elles sont famille-famille que une amie, une sœur, une nièce, une voisine, une épicière, elleS deviennent ses filles. Et les fils vous me direz ? Et moi je vous réponds que tous mes amis, mes copains, mes camarades, mes ennemis même  y sont les fils de ma mère. J’avais plein de frères et même pas j’étais au courant. Les femmes de mon pays, comme ça elles sont et j’espère que ma petite chinoise elle restera une fille de mon pays. En tous les cas, elle en prend le chemin pace que rien je demande et elle m’apporte un Crush, un verre de Sélecto, des tramousses comme si je suis le pacha de l’Arabie saoudite.

Luc le coulo y meurt de voir sa cousine  me manger dans la main alors qu’il a tout fait pour me niquer le moral avec son Tarzan des Groupes Laïques.

 A SUIVRE.....................

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