mardi 22 novembre 2011

Ballade intemporelle à Alger de Pierre-Charles Mazella

Pour Bernard KAISER

Si je pouvais ami vous présenter Joseph portant sa kippa, Abdell Aziz vêtu de son saroual, Alain avec son " pour sentir bon " et, ensemble avec vous parcourir mon Alger.

Nous chaparderions les blisblis de l'épicier M'BAREK, de la rue de Tanger.
Nous mangerions les épaisses tranches de pizza de chez LLORENS, le Boulanger.
Lancerions les noyaux d'olives sur l'AHMED, l'ivrogne de la rue de la Frégate.
Nous le fuirions fissa en criant " Kiiiilooo " par les escaliers de la rue D'Aumale.
Et dans cette rue, nous éviterions de nous faire calbotter par le coiffeur son ami.

Fêterions goulûment, leur Marseillaise en Kabyle, avec les triples glaces du MILK BAR,
Et devant BUGEAUD, marquerions le pas en chantant la gloire de sa casquette.
Achèterions des pétards chez RUGGIERRI, de la rue des Chevaliers de Malte.
Les ferions exploser dans la rue d'Isly et, décamperions par la rue Dumont D'Urvillle.
A Saint Augustin écouterions L'Abbé Dahmar nous conter le pays des Maures.

Rue de l'échelle ferions les cœurs exaltés du Marchand d'haaaaabiiiiits.
Marchanderions des épis de maïs grillés aux Chaouïas du marché de la Lyre.
Rue Randon, jetterions notre obole aux joueurs de darbouka pour faire chanter la pluie.
Cow-boyerions les ânes du square Bresson et au kiosque singerions les valseurs d'antan.
Du Boulevard Carnot, nous contemplerions au port les navires et la baie d'Alger.

Puis sous ses arcades, admirerions en devanture, le lion en outillage de chez PEUGEOT.
Pousserions jusqu'au TRIOMPHE lorgner, joues enflammées, les starlettes en bikini.
Et nous cracherions sur les trains jusqu'au square GUYNEMER pour boire à sa fontaine.
Nous ferions reluire nos chaussures par les Yaouleds de la Grande Poste.
Mettrions à l'heure nos montres devant l’horloge fleurie de la rue Pasteur.

Au Monument, sans distinction de croyance, lirions nos noms alphabétiquement honorés.
Sur le Forum, nous rêverions de jamais avoir ouï le premier mot de notre tragédie.
Sifflerions et hurlerions très fort le nom de nos Chimères dans le tunnel des facultés.
Descendrions la rue Warnier pour admirer les vitrines de tagliatelles colorées.
Sucerions pour mille caries, dans la rue Charras, les douces sucreries de chez CANDY.

Puis, en passant à l'ombre du boulevard Baudin, nous irions nous rincer la bouche d'une gazouze au Bar CAVAIGNAC, chez mon père ... ????
Alors ! Vous comprendriez par mes fantômes impérieux,
que j'entretiens dans l'âtre de mon cœur la nostalgie d'ALGER.
Mais vous comprendriez surtout que la réalité n'est pas notre ALGER
Et ayant trop souffert de cette tragédie, je n'y retournerai jamais.

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